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vendredi 27 septembre 2013

E comme...enclave (stratégie)

C'est la stratégie choisie au début de 1965 par le président Johnson et ses conseillers, à savoir limiter la présence de troupes américaines à la zone côtière. Elle avait été suggérée par l'ambassadeur américain au Viêtnam, le général Maxwell Taylor, qui était alors opposé à l'envoi d'un nombre de troupes trop important. Cette stratégie vise en fait à laisser à l'ARVN la charge de l'essentiel des opérations de combat, soutenue par les Américains : elle est notamment appuyée par le département d'Etat. Elle révèle d'ailleurs les tiraillements au sein de l'administration Johnson quant à l'intervention directe des Américains au Sud-Viêtnam. L'idée est que la République du Viêtnam doit remporter la guerre, aidée par l'armée américaine qui tiendra la zone côtière fortement peuplée. Le département d'Etat pense que les communistes n'oseront pas se découvrir pour venir se heurter aux Américains, de peur de subir des pertes en raison de leur puissance de feu, mais n'envisage pas de toute façon que les Etats-Unis puissent gagner la guerre pour le Sud-Viêtnam.

Cette stratégie de l'enclave semble être un compromis pour limiter le plus possible les pertes américaines. L'ARVN reprendra le contrôle des campagnes, tandis que le gouvernement gagnera en légitimité et en crédibilité, puisque les Américains sécuriseront les points stratégiques. En mars 1965, les 3 500 Marines débarqués à Da Nang appliquent cette stratégie : ils ne protègent que la base aérienne et les installations logistiques ou de communication. Ils ne mènent pas d'opérations offensives contre le Viêtcong. Mais le général Westmoreland n'a jamais soutenu cette stratégie. Il fait remarquer que celle-ci va "bunkeriser" la troupe et faire perdre à l'armée américaine ses avantages en terme de mobilité et de puissance de feu. Westmoreland demande donc des troupes supplémentaires. Dès le 1er avril, Johnson envoie un bataillon de Marines en plus et 20 000 hommes des services. En outre, il autorise les Marines à participer à des opérations de combat dans un rayon de 70 km autour de Da Nang en tant que réserve de l'ARVN. Mais la piètre performance de celle-ci et la multiplication des assauts communistes en juin montrent que la stratégie n'est pas adaptée. Chaque semaine, les communistes détruisent l'équivalent d'un bataillon sud-viêtnamien et s'emparent d'une capitale de district. Le 7 juin, Westmoreland demande un effectif de 44 bataillons américains sous peine de voir le Sud-Viêtnam s'effondrer en six mois. Vingt jours plus tard, les forces américaines reçoivent l'autorisation d'engager l'ennemi près de la côté et à l'intérieur des terres, vers les Hauts-Plateaux.


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Enclave Strategy", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.345-346.

jeudi 29 août 2013

L'historiographie de la guerre du Viêtnam

Aux Etats-Unis, la littérature "historienne" consacrée à la guerre du Viêtnam est sans doute l'une des plus abondantes aux côtés de celle de la guerre de Sécession, dans le genre. Il faut dire que le débat historiographique sur la guerre du Viêtnam est particulièrement vif et ne porte pas seulement sur l'interprétation de tel ou tel aspect du conflit.

Les points de désaccord se concentrent sur quelques points. Le premier est de savoir pourquoi les Etats-Unis se sont retrouvés à intervenir directement au Viêtnam. L'intervention américaine était-elle nécessaire ou, au contraire, était-elle une terrible erreur ? Le second concerne le sort de la guerre. Pourquoi, avec tous les moyens à leur disposition, les Etats-Unis n'ont-ils pas réussi à maintenir un Sud-Viêtnam indépendant ? Est-ce qu'un changement de stratégie aurait permis de l'emporter ou bien la guerre était-elle ingagnable ? Enfin, reste la question de la signification du conflit et des leçons à en tirer. L'intervention au Viêtnam montre-t-elle les limites de l'action extérieure des Etats-Unis, en particulier en matière de construction de l'Etat, ou bien souligne-t-elle plus la nécessité d'une meilleure stratégie ou d'un meilleur leadership ? Toutes ces questions entrent en collision directe avec la politique américaine depuis la chute du Viêtnam : on tente d'en tirer les leçons pour les opérations du moment.

Globalement, les historiens se divisent fondamentalement en deux camps. Le premier regroupe ceux qui pensent que la guerre du Viêtnam n'était pas justifiée et qui critiquent l'intervention américaine. Ceux-ci doutent également de la possibilité d'installer un Sud-Viêtnam anticommuniste véritablement solide. Le second camp regroupe au contraire ceux qui voient l'intervention comme légitime et qui pensent que la guerre aurait pu être gagnée par les Américains. Il y a d'importances nuances toutefois au sein des deux groupes, mais la division reste encore, aujourd'hui, assez commode pour aborder l'historiographie de la guerre du Viêtnam.

mardi 27 août 2013

Vidéo : Battlefield Vietnam (1999), épisode 8 : Siege at Khe Sanh

L'épisode 8/12 de la série documentaire Battlefield Vietnam s'intéresse au siège de Khe Sanh, l'un des épisodes phares de l'offensive du Têt. On y trouvera en particulier une présentation de la base de Khe Sanh, de ses défenses via les cartes 3D, ainsi que les différentes phases de la bataille. Il y a également une bonne description de l'opération Niagara, le soutien aérien américain au-dessus de la base. On notera aussi la bonne description des emplacements de l'artillerie nord-viêtnamienne autour de Khe Sanh. Le documentaire explique les nouvelles méthodes mises en oeuvre pour ravitailler la base et ne cache pas les conditions quotidiennes difficiles des Marines assiégés. Il rappelle aussi que Khe Sanh a largement occupé l'espace médiatique pendant l'offensive du Têt : 25% des reportages à la télévision sont consacrés au siège, selon un effet déformant bien connu. En revanche, il est beaucoup plus faible sur l'interprétation de la bataille et son débat historiographique.