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lundi 21 octobre 2013

V comme...Vang Pao

Chef militaire des Hmongs anti-communistes, passé du rang de simple soldat à celui de général, et qui tient en échec certains des meilleurs stratèges nord-viêtnamiens au Laos. Vang Pao, né au Laos en 1931, a fait office de courrier pour les Français contre les Japonais en Indochine. En 1947, il est recruté dans les forces irrégulières au Laos, avant d'être envoyé en mars 1948 à l'école des sous-officiers de Luang Prabang dont il sort caporal et premier de sa classe. En janvier 1949, après être passé par l'école de Gendarmerie Nationale, il est à nouveau en tête de promotion et finit sergent major. Il passe adjudant en octobre 1950.

Vang Pao se distingue dans les embuscades et les petites actions militaires contre le Viêtminh dans la plaine des Jarres. Il comprend très vite l'intérêt de se rallier la population civil. En mars 1952, seul Hmong à l'école d'officiers, il termine 7ème sur 56. Il est nommé lieutenant de la 14ème compagnie d'infanterie de l'armée royale laotienne, à Muong Hiem, à la frontière des provinces de Luang Prabang et Sam Neua. A l'époque de Dien Bien Phu, Vang Pao commande sa propre unité irrégulière. Il est nommé capitaine en décembre 1954.

En janvier 1961, alors que l'aide américaine au Sud-Viêtnam se précise davantage, Vang Pao est lieutenant-colonel. Il propose aux Américains et aux Thaïlandais d'armer ses 7 000 Hmongs pour en faire une armée irrégulière. Vang Pao mène ainsi son armée secrète, ou clandestine, contre le Pathet Lao et les Nord-Viêtnamiens. Il surprend la routine opérationnelle de ces derniers en déplaçant très rapidement ses petites unités mobiles, et ce pendant des années. En 1973, il est général et commande la deuxième région militaire, quand le cessez-le-feu est proclamé. Deux ans plus tard, au moment de la chute du régime, Vang Pao est évacué dans un petit avion sur la Thaïlande. Il s'installe ensuite aux Etats-Unis et prend une part active à la vie de la communauté hmong en exil.

En 2007, il est arrêté avec 9 autres personnes, essentiellement des exilés laotiens vivant en Californie. Ils sont accusés d'avoir conspiré pour renverser le régime laotien, en violation du U.S. Neutrality Act. Vang Pao aurait voulu acquérir des armes et les faire passer par la Thaïlande pour organiser un soulèvement au Laos. Il est brièvement incarcéré avant que sa caution de 1,5 millions de dollars ne soit payée. Les supporters de Vang Pao, en Californie et au Minnesota, plaident pour que les charges soient abandonnées, ce qui n'intervient qu'en septembre 2009. Vang Pao meurt à Fresno, en Californie, le 6 janvier 2011.


Pour en savoir plus :


Arthur J. DOMMEN, "Vang Pao", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1227.




jeudi 3 octobre 2013

Pierre BROCHEUX, Hô Chi Minh. Du révolutionnaire à l'icône, Biographie Payot, Paris, Payot, 2003, 338 p.

 
 
 
 
Pierre Brocheux, enseignant et historien à la retraite désormais, a livré en 2003 cette biographie d'Hô Chi Minh, qui a même été traduite en 2007 par la Cambridge University Press. Difficile d'écrire une biographie d'Hô Chi Minh, relégué depuis la fin du communisme dans la galerie des tyrans rouges, avec Mao ou Staline. Pourtant le personnage reste encensé et pas seulement au Viêtnam, mais aussi en Thaïlande, par exemple. Il avait pourtant refusé que son corps soit embaumé, comme il l'a été. On manque encore d'accès au archives, soviétiques ou viêtnamiennes notamment, pour répondre à toutes les questions.

Nguyen Sinh Cung, devenu Nguyen Tat Tanh à l'âge de dix ans, est né en 1890 dans une famille paysanne de la province de Nghe An, alors que s'achève la colonisation française du Viêtnam. Son père est un paysan qui a accédé au mandarinat, qui fait de la prison pour avoir défendu des convictions. Le jeune fils, livré à lui-même par la mort précoce de sa mère, gagne bientôt Saïgon : après la culture chinoise, il se frotte à l'européanéité. Il gagne Marseille et Le Havre en servant sur les navires qui font la liaison avec la métropole. Après un passage à Londres, il s'installe à Paris en 1917. Anticolonialiste, lié aux milieux viêtnamiens en France qui rejettent la domination du colonisateur, il se radicalise progressivement, autour de 1920, après avoir été déçu de la position de la SFIO sur la question coloniale. Il rallie le nouveau Parti Communiste au Congrès de Tours, où il est intervenu, parce que celui-ci a mis à l'ordre du jour la libération des peuples coloniaux. Il publie, il écrit dans les journaux, il fait de la propagande, et tient déjà beaucoup à la notion d'égalité. Echappant à la surveillance de la police, il gagne l'URSS en 1923.

Il reste un an en URSS où il veut rencontrer Lénine, par lequel il s'est initié au communisme (il n'a jamais réussi à finir Le Capital de Marx...). Mais celui-ci meurt peu de temps après son arrivé. Nguyen Ai Quoc est considéré sur place comme un spécialiste de la question coloniale. Il allie étroitement nationalisme et révolution et insiste sur l'importance des paysans. Il est en fait peu sensible à la rhétorique communiste de la lutte des classes. En 1924, il gagne Canton et rejoint le Kuomintang de Sun Yat Sen, dans une Chine en guerre civile depuis 1911. Devenu Ly Thuy, il jette les bases de la révolution en Indochine en organisant les prémices d'un parti mais en initiant aussi ses compatriotes à une culture politique à la fois asiatique et européenne. L'écrasement des communistes par Tchang Kaï Shek en 1927 est pour lui une leçon. Il faut associer révolution nationale et sociale, s'appuyer sur les paysans, conserver une certaine autonomie. Revenu en Europe, puis renvoyé en Asie, il parcourt le Siam et la Malaisie et imprime déjà sa façon de faire dans ces voyages. Il doit ensuite fonder le Parti Communiste Indochinois, en 1930, alors même que les révolutionnaires et nationalistes sont très divisés. La révolte de Yen Bai et le soulèvement organisé ensuite par les communistes sont violemment réprimés.

Arrêté en 1931, Nguyen Ai Coc est finalement relâché et gagne Moscou en 1934. Il constate que l'URSS a bien avancé la reconstruction par rapport à son premier jour, mais la chape de plomb de Staline s'est aussi abattue sur la population. Critiqué pour allier un peu trop en avance l'alliance entre stratégie nationale et sociale, il demeure en URSS, marginalisé, jusqu'en 1938 et la fin des purges. Il gagne le Guanxi, dans le sud de la Chine, à la frontière avec le Viêtnam, où il rejoint les communistes chinois. Après la défaite de la France et les pressions de plus en plus fortes du Japon sur l'Indochine, Nguyen Ai Quoc juge le moment propice et regagne le Tonkin en janvier 1941. Installé à Pac Bo, près de la frontière avec la Chine, il y vit  avec ses camarades communistes dans des conditions spartiates. C'est là qu'il fonde le Viêtminh, parti qui va mener la lutte de libération armée du Viêtnam. Retournant en Chine en 1942, il est arrêté et emprisonné par les nationalistes chinois, mais il va savoir se les concilier pour contrer les Viêtnamiens soutenus par ces derniers. Quand il revient au Tonkin, le Viêtminh et ses premiers groupes armés se sont gagnés une bonne partie de la population du nord-Tonkin, malgré des revers en 1944. Raccompagnant un pilote américain abattu au-dessus de la zone contrôlée par le Viêtminh, Hô rencontre à Kunming le général Chennault et obtient de lui une photo dédicacée dont il saura se servir pour montrer le soutien américain. Le coup de force japonais du 9 mars 1945 établir "l"American Connection", puisque les Américains ont besoin de renseignements. Une équipe est parachutée en juillet et sauve peut-être Hô  du paludisme avec ses médicaments. Il est rapidement au courant de la capitulation japonaise et prend les devants, à Hanoï, pour proclamer l'indépendance, profitant du vide du pouvoir qui s'est installé.

Hô joue la carte de l'indépendance et de l'unité nationale. Jusqu'en décembre 1946, il signe décret sur décret, se rallie la jeunesse et la bourgeoisie "capacitaire", fait une place aux minorités montagnards sur lesquelles s'est appuyé, au départ le Viêtminh, combat les opposants qui ne veulent pas se rallier par les armes, si besoin. Il accepte l'occupation chinoise réglée à Postdam, fait des concessions mais montre aussi de la fermeté quand c'est nécessaire. Les Français, eux, ont repris pied dans le sud en octobre 1945. Leclerc comprend vite que la reconquête du nord ne sera pas facile. Hô signe un accord avec les Français en mars 1946. Mais les Français tente de restaurer leur souveraineté et ne veulent pas accorder l'indépendance. Venu en France pour négocier, Hô constate que les deux positions sont irréconciliables. Les combats d'Haïphong, en novembre 1946, jettent progressivement les deux camps vers la guerre. Le 19 décembre, les communistes attaquent les Français à Hanoï. La guerre a commencé. Le Viêtminh peut compter, à partir de 1949, sur la Chine devenue communiste. Hô incarne à la fois le chef de guerre et le chef d'Etat. Avec le tournant chinois, la dimension sociale prend de plus en plus le pas sur la dimension nationale. Hô rencontre Mao, puis Staline, qui le presse de mettre en oeuvre la réforme agraire. Il est patent que le Viêtminh est dès lors fortement influencé par le communisme chinois et la présence des conseillers de ce pays.

Après Dien Bien Phu, les accords de Genève coupent le Viêtnam en deux, au niveau du 17ème parallèle. Les Chinois préfèrent probablement une présence française affaiblie à la présence américaine trop près de leur territoire, et le Viêtminh est épuisé. La réforme agraire, finalement lancée en 1956, entraîne de nombreux abus et conduit à faire plusieurs dizaines de milliers de victimes (les chiffres sont disputés). Sur le plan culturel, le Nord-Viêtnam, qui s'assimile de plus en plus à un régime staline, suit l'orientation chinoise. Hô a longtemps cru que les élections prévues par les accords de Genève permettraient une réunification en sa faveur. Mais le régime de Diêm s'enracine, refuse les élections, alors qu'une faction des communistes au pouvoir au nord, menée par Le Duan, prépare activement le renouveau de la guerre au sud. En 1959-1960, avec la création de la piste Hô Chi Minh et du Front National de Libération, le Nord s'engage sur la voie de la confrontation avec les Etats-Unis. A ce moment-là, alors que Le Duan devient premier secrétaire du parti, Hô n'assume plus, pour Pierre Brocheux, qu'une fonction symbolique et diplomatique. Il essaie en particulier de jouer les conciliateurs alors que la Chine et l'URSS se déchirent après 1956. Résultat : le Nord-Viêtnam est soutenu par les deux puissances pendant le conflit. Mort en septembre 1969, avant la fin de la guerre du Viêtnam, Hô a ensuite été l'objet d'un culte de la personnalité qui visait à la fois à fédérer les Viêtnamiens et à l'isoler.

Hô Chi Minh, d'abord partisan de l'indépendance, se rallie au marxisme-léninisme parce que celui-ci semble lui fournir les outils pour le faire. Mais avec son éducation confucéenne et son contact précoce avec l'Europe, il est loin d'un dogmatisme affiché. "Pour faire le socialisme, il faut des socialistes", se plaisait-il à répéter. Ce qui ne l'a pas empêcher d'accepter le modèle soviétique socialiste.

Une biographie solide d'un personnage important du XXème siècle, peut-être malheureusement un peu trop légère sur la fin, pour la période post-guerre d'Indochine. Néanmoins la bibliographie fournie peut servir à creuser et l'on trouvera aussi en début d'ouvrage un tableau synoptique pour suivre les pérégrinations de Hô Chi Minh.

mercredi 2 octobre 2013

The Big Picture : First Cavalry Division (Airmobile) in Vietnam

Un documentaire officiel du Département de la Défense américain sur la 1st Cavalry au Viêtnam. Comme toujours, un type de sources à prendre avec du recul. La guerre aéromobile et les capacités de la 1st Cavalry sont bien montrées, mais le film n'évoque pas les échecs subis ou les difficultés auxquelles se heurtent la division -guerre d'attrition qui ne réussit pas, désastre de la LZ Albany minoré, lourdes pertes subies par la division pendant son engagement, pas de mention du "bataillon perdu" pendant le Têt. D'ailleurs le propos se concentre surtout sur les années 1965-1966 là encore vues par le prisme de la vision de l'armée américaine, qui n'a manifestement pas tiré toutes les leçons de sa défaite.


samedi 28 septembre 2013

H comme... Hamburger Hill

L'un des plus sanglants combats de la guerre du Viêtnam. La bataille de la montagne Dong Ap Bia, connue sous le nom de Hamburger Hill, a lieu entre le 11 et le 20 mai 1969, pendant l'opération Apache Snow (10 mai-7 juin 1969). Les Américains se heurtent à des réguliers nord-viêtnamiens particulièrement bien retranchés et qui, contrairement à leur habitude, vont tenir sur place face à de multiples assauts frontaux américains. C'est pourquoi la bataille prend un tour particulièrement sanglant et que la montagne reçoit le surnom de "Hamburger Hill". Se déroulant au moment où les premiers retraits de troupes américains sont annoncés au public américain, la bataille suscite la controverse et le débat sur les tactiques et les objectifs de l'armée au Viêtnam.

La montagne Dong Ap Bia se situe dans la vallée de A Shau, à l'ouest de la zone tactique du Ier corps, au sud-ouest de Hué, près de la frontière laotienne. Contrairement à plupart des éminences à l'ouest de la vallée, qui forment une chaîne, Ap Bia se dresse seule, à plus de 1 000 mètres d'altitude, découpée par des ravins, recouverte par une canopée double ou triple de jungle. Elle est composée de plusieurs collines, la 937 au nord, la 916 au sud-ouest. L'opération Apache Snow vise à maintenir la pression sur la vallée d'A Shau, à la fois lieu de repos et terminus pour les infiltrations nord-viêtnamiennes sur la piste Hô Chi Minh. L'opération implique la 3rd Brigade de la 101st Airborne Division, le 9th Marines, et le 3rd Infantry Regiment de la 1st Infantry Division de l'ARVN.


Source : Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.



Le deuxième jour, la compagnie B du 3rd Battalion, 187th Infantry (les Rakassans), subissent des tirs de mitrailleuses et de RPG sur la colline 937. Il s'agit des 7ème et 8ème bataillons du 29ème régiment nord-viêtnamien, enterrés dans des bunkers sur la colline. Après une série d'assaut sur la colline, les Rakassans sont renforcés par deux autres bataillons de deux régiments de la 101st Airborne et par un bataillon du 3rd Infantry Regiment de l'ARVN. Le 18 mai, un assaut monté avec deux bataillons manquent d'emporter le sommet mais des pluies torrentielles contraignent les Américains à la retraite. Le 20 mai, après dix tentatives infructueuses, un dernier  effort chasse les Nord-Viêtnamiens de la montagne vers leurs sanctuaires au Laos.

L'objectif étant de tuer les soldats ennemis et de provoquer une rupture dans le flux à l'intérieur de la vallée, les Américains et les Sud-Viêtnamiens se retirent une fois le régiment nord-viêtnamien délogé. Comme de coutume ou presque, les Nord-Viêtnamiens réinvestissent bientôt les lieux. Les pertes sont de 56 Américains et 5 Sud-Viêtnamiens tués officiellement, mais Samuel Zaffiri, dans son ouvrage sur la bataille, donne 70 morts américains et 372 blessés, contre un total estimé de 640 morts ennemis. Les médias américains s'emparent de la bataille, vue comme le symbole d'un gaspillage de vies américaines pour des objectifs qui ne sont même pas conservés. Le débat prend une ampleur telle que le commandement américain, en plein retrait et alors qu'est enclenchée la viêtnamisation, doit limiter les opérations de combat.


Pour en savoir plus :



Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.

dimanche 15 septembre 2013

Le Vietnamese Marine Corps (1956-1968)

A leur départ, en 1954, les Français laissent en Indochine l'armée viêtnamienne qu'ils avaient commencé à former, notamment les forces fluviales et les commandos qui ont opéré avec eux. Ces unités avaient notamment contribué aux fameuses Dinassaut (Divisions Navales d'Assaut). Les commandos sont regroupés en deux bataillons à Nha Trang, une fois la partition du Viêtnam effectuée. Le 1er octobre 1954, ils sont désignés pour être l'infanterie de marine de la Vietnamese Navy. Le corps devient le Vietnamese Marine Corps le 1er avril 1956, avec un Marine Group fort de deux bataillons. En 1961, les Marines sud-viêtnamiens font partie de la réserve générale de l'ARVN. De plus en plus employés, l'effectif des Marines est porté à une brigade de 5 000 hommes en 1962. Le rôle politique du Vietnamese Marine Corps (VNMC) s'accroît au fur et à mesure de la participation aux coups d'Etats de 1960, 1963 et 1964.

La formation et l'entraînement des Marines ne sont pas tributaires de l'armée de terre. Les officiers et les hommes sont notamment formés aux côtés de leurs homologues américains à Quantico, en Virginie. Sur les 565 000 hommes de l'armée sud-viêtnamienne en 1965, seuls 6 500 font partie des Marines. Le total est porté à 15 000 en 1973. En 1965, la Marine Brigade comprend un QG de corps, 2 QG de Task Force (A et B), 5 bataillons d'infanterie, 1 bataillon d'artillerie, des unités du génie, de transport terrestre, de police médicale, sanitaire et de reconnaissance. Le QG est à Saïgon avec d'autres installations Song Than, Thu Duc et Vung Tau. La brigade est commandée par un colonel qui chapeaute aussi le corps des Marines. A ce moment-là ceux-ci sont séparés de la marine et sont à la disposition du haut-commandement de l'armée. Une équipe de 28 conseillers américains des Marines encadrent le corps et des conseillers sont présents au niveau du bataillon.

En 1966, les Marines créent un autre bataillon et forment d'autres unités pour améliorer la combinaison des armes intrinsèque. L'effectif passe à une division de deux brigades en 1968. En 1970, il y aura trois brigades, 9 bataillons d'infanterie et 3 d'artillerie. En 1975, au moment de l'offensive finale du Nord, une quatrième brigade sera créée avec 3 bataillons d'infanterie supplémentaires. Avant l'intervention directe des Américains en 1965, les Marines opèrent par bataillon dans les zones tactiques des IIIème et IVème corps, autour de Saïgon et dans le delta du Mékong. Ce n'est qu'à partir de 1965 qu'ils sont déplacés dans les zones tactiques du Ier et du IIème corps, où les combats gagnent en intensité. Les Marines opèrent désormais avec plusieurs bataillons en coordination. Ils combattent par exemple dans la province côtière de Binh Dinh en avril 1965. Entre 1966 et 1968, les Marines sont surtout dans la zone tactique du Ier corps, aux côtés de leurs camarades américains. Ils sont en première ligne pendant 75% du temps, ce qui confirme leur statut de troupes d'élite : d'ailleurs ils jouent un grand rôle dans l'offensive du Têt à Saïgon ou Hué.


Pour en savoir plus :


Charles D. MELSON et Paul HANNON, Vietnam Marines 1965-73, Elite 43, Osprey, 1992.

samedi 7 septembre 2013

Bernard C. NALTY, Air Power and the Fight for Khe Sanh, University Press of the Pacific, 2005 (1ère éd. 1986), 134 p.

Cet ouvrage fait partie de l'histoire officielle de l'armée américaine à propos de l'utilisation de la puissance aérienne pendant le siège de Khe Sanh. Le général Westmoreland, le commandant en chef américain au Viêtnam, pressent en effet que le Nord-Viêtnam va tenter un second Dien Bien Phu autour de la base. En conséquence, il prévoit d'écraser les troupes adverses autour de la base sous un déluge de bombes, d'autant plus que Khe Sanh se trouve dans une région isolée, peu peuplée. Au final, la puissance aérienne américaine déverse 100 000 tonnes de bombes sur les assiégeants tout en étant capable de ravitailler Khe Sanh pendant toutle siège, ainsi que ses avant-postes.

Le premier chapitre du livre présente les lieux de la bataille et ses enjeux. L'auteur insiste en particulier sur les mauvaises conditions climatiques du début de l'année qui noient la piste de Khe Sanh dans un brouillard persistant. Les 834th et 315th Air Divisions fournissent les appareils de transport C-7, C-123 et C-130 et la 3rd Air Division les B-52. Westmoreland est persuadé que les Nord-Viêtnamiens vont chercher à emporter la décision à Khe Sanh. Son plan aérien s'inspire de l'expérience du siège de Con Thien, en septembre 1967 (opération Neutralize). Le président Johnson attache lui aussi de plus en plus d'importance à la base à partir de décembre 1967.

Le deuxième chapitre revient sur le précédent de Dien Bien Phu et fait la comparaison avec Khe Sanh. Dans le premier cas, les Français ont engagé en moyenne 200 appareils par jour. Les Américains, eux, disposent alors en Asie du Sud-Est de 2 000 avions et de plus de 3 000 hélicoptères !

Dès le début de la bataille, les 20-21 janvier, l'aviation américaine intervient massivement pour soutenir les Marines. La destruction du principal dépôt de munitions dès le début du pilonnage nord-viêtnamien oblige à des ballets d'appareils de transport pour reconstituer le stock. Après le déclenchement de l'offensive du Têt, Westmoreland reste convaincu que le sort de la guerre continue de se jouer autour de la base. Le mois de février sera le plus dur : l'aviation ne peut empêcher la chute du camp des Special Forces à Lang Vei. Le 11 février, un KC-130F chargé de kérosène, touché par la DCA, s'écrase sur la piste. Les C-7 et C-123 assurent alors l'essentiel du ravitaillement ; le 23 février, Khe Sanh reçoit 1 300 obus, le plus haut total pendant le siège. La presse américaine s'enflamme et s'interroger sur la capacité de l'armée à tenir effectivement le camp.

Ce sont en tout plus de 240 appareils de transport qui sont engagés dans le pont aérien. Les C-7 et C-123 atterrissent et décollent sous le feu : un système est mis en place pour décharger au plus vite les avions de façon à minimiser les risques. Plusieurs appareils sont néanmoins détruits. Les C-130, eux, procèdent à des parachutages, guidés ensuite par radar. Pour améliorer le ravitaillement et limiter la casse et la dispersion, on met également au point des systèmes de largage et d'extraction à basse altitude, le C-130 frôlant ou touchant la piste pour lâcher par parachute ou non sa cargaison sur le tarmac. Un petit détachement de l'Air Force, aidé par une Marine Party Shore Company, assure, non sans dangers, la réception des cargaisons. Les avant-postes, sur les collines environnant Khe Sanh, ne peuvent être ravitaillés en revanche que par les hélicoptères. Pour les protéger d'une DCA puissante, les Américains mettent en place le système Super Gaggles, dans la dernière semaine de février : des A-4 attaquent les positions de DCA et les noient sous les fumigènes, puis les CH-46 se posent couvert par des hélicoptères gunships.

En ce qui concerne l'appui aérien rapproché, la coopération interservices au sein de l'armée américaine n'est pas toujours facile, mais fonctionne. Les A-6 Intruders, grâce à leur capacité tout temps et de nuit, sont particulièrement appréciés. La Navy fournit d'ailleurs un plus gros effort au-dessus de Khe Sanh qu'elle ne l'avait fait à Con Thien. Les appareils escortent les transports du ravitaillement. Les contrôleurs aériens de l'Air Force utilisent plusieurs radars  différents pour guider les appareils.

Westmoreland aura pourtant les plus grandes peines du monde à désigner un responsable pour l'effort aérien. Les Marines ne veulent pas être subordonnés à l'Air Force et le font savoir. Le général Momyer, qui dirige la 7th Air Force, doit assumer ce rôle d'après l'accord du 22 janvier, mais celui-ci ne devient vraiment effectif qu'en mars. Le système ne prouvera son efficacité qu'après la bataille de Khe Sanh.

Les B-52 ont joué un rôle de poids pendant le siège. Ils interviennent dès janvier 1968 ; après le déclenchement de la bataille, une cellule de 3 B-52 survole le camp toutes les 90 minutes. Plus tard, ce seront 6 B-52 qui se relaieront toutes les trois heures. A la fin février, les B-52 peuvent opérer à moins de 1 km des troupes amies, l'ancienne limite de 3 km ayant été mise à profit par l'adversaire. Les résultats des frappes sont difficiles à évaluer. Les B-52 de la 3rd Air Division ont largué au moins 60 000 tonnes de bombes (!) et les prisonniers nord-viêtnamiens confirment leur importance psychologique.

La collecte des renseignements, par utilisation de senseurs sismiques et accoustiques dispersés préalablement autour de Khe Sanh, est l'oeuvre d'un centre électronique de regroupement. Celui-ci permet d'effectuer des missions Mini ou Micro-Arc Light avec l'aviation et l'artillerie pour saturer une zone suspecte de bombes ou d'obus. Les Américains utilisent aussi des mines Gravel qui produisent des sons capables de blesser un homme ou de faire éclater les pneus des véhicules, mais les risques de tirs fratricides conduisent à abandonner cette arme.

Khe Sanh est finalement dégagée par l'opération Pegasus, montée par la 1st Cavalry, les Marines et l'ARVN, qui débouche le 8 avril 1968. Les combats durent encore une semaine autour de Khe Sanh pour reprendre le terrain perdu. Un C-130 s'écrase le 13 avril. La base est finalement abandonnée en juin 1968. Aux 100 000 tonnes de bombes larguées pendant la bataille s'ajoute de 150 000 à 200 000 obus tirés par l'artillerie. Les Marines ont perdu près de 200 tués et 1 600 blessés pendant le siège. Ils estiment avoir tué au moins 10 000 soldats nord-viêtnamiens, ce qui représenterait pas loin d'un tiers des morts estimés du Têt. Nalty souligne pourtant combien les déclarations optimistes des responsables américains ont été fracassés par l'offensive et le siège de Khe Sanh.

Une bonne base, donc, pour qui s'intéresse à ce thème très précis, à complet par d'autres lectures très savantes. L'analyse du conflit et du siège lui-même, en revanche, est un peu datée et laisse parfois à désirer.



mercredi 4 septembre 2013

L'enfer du devoir (Tour of Duty) : une analyse sur la représentation de la guerre du Viêtnam à la télévision

L'enfer du devoir (Tour of Duty) reste à ce jour la seule série télévisée américaine entièrement consacrée à la guerre du Viêtnam. Diffusée à partir de septembre 1987, quelques mois après la sortie du film Platoon d'Oliver Stone, elle a comme ce dernier reçu bien des éloges : on lui accorde de retranscrire fidèlement la réalité du conflit et de "soigner", en quelque sorte, les blessures mal refermées des vétérans. Comme Platoon, la série se déroule en 1967 (pour la première saison), au moment de l'engagement américain maximum au Sud-Viêtnam, juste avant l'offensive du Têt, qui va ôter ses dernières illusions à la population américaine et conduire au retrait des Etats-Unis.

La série se prête particulièrement bien à l'analyse : elle aborde bien des aspects du conflit, mais on peut aussi l'analyser sous l'angle de la représentation de la guerre en images, ou des débats à propos de l'intervention américaine au Viêtnam, des droits des minorités ou de la représentation des minorités dans les médias. Les producteurs de la série à CBS ont d'ailleurs reçu le soutien de nombreux vétérans du Viêtnam. La floraison, à l'époque, de films ou de séries ayant trait à la guerre du Viêtnam a conduit à une revalorisation du combattant et parfois, même, à une héroïsation. La rhétorique guerrière et nationaliste de l'ère Reagan n'est pas pour rien dans ce revirement.

jeudi 29 août 2013

L'historiographie de la guerre du Viêtnam

Aux Etats-Unis, la littérature "historienne" consacrée à la guerre du Viêtnam est sans doute l'une des plus abondantes aux côtés de celle de la guerre de Sécession, dans le genre. Il faut dire que le débat historiographique sur la guerre du Viêtnam est particulièrement vif et ne porte pas seulement sur l'interprétation de tel ou tel aspect du conflit.

Les points de désaccord se concentrent sur quelques points. Le premier est de savoir pourquoi les Etats-Unis se sont retrouvés à intervenir directement au Viêtnam. L'intervention américaine était-elle nécessaire ou, au contraire, était-elle une terrible erreur ? Le second concerne le sort de la guerre. Pourquoi, avec tous les moyens à leur disposition, les Etats-Unis n'ont-ils pas réussi à maintenir un Sud-Viêtnam indépendant ? Est-ce qu'un changement de stratégie aurait permis de l'emporter ou bien la guerre était-elle ingagnable ? Enfin, reste la question de la signification du conflit et des leçons à en tirer. L'intervention au Viêtnam montre-t-elle les limites de l'action extérieure des Etats-Unis, en particulier en matière de construction de l'Etat, ou bien souligne-t-elle plus la nécessité d'une meilleure stratégie ou d'un meilleur leadership ? Toutes ces questions entrent en collision directe avec la politique américaine depuis la chute du Viêtnam : on tente d'en tirer les leçons pour les opérations du moment.

Globalement, les historiens se divisent fondamentalement en deux camps. Le premier regroupe ceux qui pensent que la guerre du Viêtnam n'était pas justifiée et qui critiquent l'intervention américaine. Ceux-ci doutent également de la possibilité d'installer un Sud-Viêtnam anticommuniste véritablement solide. Le second camp regroupe au contraire ceux qui voient l'intervention comme légitime et qui pensent que la guerre aurait pu être gagnée par les Américains. Il y a d'importances nuances toutefois au sein des deux groupes, mais la division reste encore, aujourd'hui, assez commode pour aborder l'historiographie de la guerre du Viêtnam.

lundi 26 août 2013

La Chine et la guerre du Viêtnam (1964-1969)

La guerre du Viêtnam est un conflit de la guerre froide. A ce titre, elle est marquée par l'intervention des Etats-Unis, qui s'engagent massivement au Sud-Viêtnam en 1965, mais aussi par celle de la Chine et de l'URSS. Les historiens ont longtemps pensé que la Chine avait joué un rôle important dans le conflit, sans forcément pouvoir soutenir leurs hypothèses par les sources adéquates. Les documents parus depuis 1989 permettent d'en savoir un peu plus sur le rôle exact de la Chine pendant la guerre du Viêtnam.

Pékin avait été l'un des soutiens et l'un des principaux bénéficiaires des accords de Genève, en août 1954, qui mettaient fin à la guerre d'Indochine et consacraient la partition du Viêtnam. La Chine cherche alors à se tourner vers ses problèmes intérieurs après la fin de la guerre de Corée et à éviter que les Etats-Unis ne prennent pied en Indochine, afin d'éviter un conflit possible avec eux. Les dirigeants chinois n'encouragent pas les Nord-Viêtnamiens à relancer la guérilla au sud et ne soutiennent pas leur effort jusqu'en 1962. Au contraire, ils les incitent à accepter la partition du Viêtnam et à renforcer leur mainmise sur le Nord-Viêtnam. En décembre 1955, le groupe des conseillers militaires chinois, présents depuis juillet 1950, est même retiré du pays, le retrait étant effectif en mars 1956. A l'été 1958, quand Hanoï demande conseil à Pékin à propos de la "révolution au Sud", les Chinois restent sur la même ligne. Lorsque Zhou Enlai rencontre Hô Chi Minh et Pham Van Dong (le Premier Ministre nord-viêtnamien) à Hanoï, en mai 1960, il leur conseille d'adopter une posture flexible en combinant les luttes politique et militaire. Le redémarrage de la guérilla au Sud en 1959-1960 est donc bien réalisé à l'initiative des Nord-Viêtnamiens, sans l'appui des Chinois.

jeudi 22 août 2013

Article : la bataille de Xuan Loc (9-21 avril 1975)

Pour entamer les compléments à mon ouvrage, ci-joint le lien vers un article que j'ai récemment mis en ligne à propos de la bataille de Xuan Loc (1975), sur le blog collectif L'autre côté de la colline. Xuan Loc est la dernière grande bataille rangée de la guerre du Viêtnam au moment de l'offensive finale du Nord contre le Sud. Cette bataille, importante mais méconnue, est revenue récemment au premier plan en raison du lobbying particulièrement intense des vétérans de la 18th Infantry Division de l'ARVN, l'unité sud-viêtnamienne qui combat pour l'essentiel à Xuan Loc, depuis leur exil américain. Les articles se sont multipliés et l'historien G. Veith a consacré récemment un important ouvrage sur les dernières années du Sud-Viêtnam au plan militaire, du retrait américain à la chute de Saïgon. En un sens, cette bataille est l'une des conclusions du tournant occasionné par le Têt. Bonne lecture !

Bienvenue sur L'offensive du Têt !

Bonjour et bienvenue sur ce blog, qui se veut un support Web 2.0 complétant l'ouvrage L'offensive du Têt, paru dans la collection L'histoire en batailles, chez Tallandier.

En tant qu'auteur du livre, je vous propose de découvrir ici des articles complémentaires au contenu de l'ouvrage, des liens utiles pour en savoir plus sur la guerre du Viêtnam et sur l'offensive du Têt, des vidéos explicatives à propos du livre et du sujet traité, et je l'espère bien d'autres choses encore...

Bienvenue donc dans cet espace de production et d'échanges autour de l'offensive du Têt, de la guerre du Viêtnam, de leur histoire, de leurs mémoires, de leur historiographie !



Des Rangers de l'ARVN (Army of the Republic of Vietnam, l'armée sud-viêtnamienne) au combat dans Saïgon, pendant l'offensive du Têt. Source : http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/65/ARVN_Rangers_defend_Saigon,_Tet_Offensive.jpg