Affichage des articles dont le libellé est offensive du Têt. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est offensive du Têt. Afficher tous les articles

mercredi 23 octobre 2013

W comme... Weyand (Frédérick Carlton)

Général de l'US Army, commandant de la II Field Force et surtout dernier commandant un peu oublié du MACV au Viêtnam. Né en 1916, Weyand sort de l'université de Berkeley en 1939 et passe par le Reserve Officers Training Corps. En 1940, il est appelé dans le 6th Artillery. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert comme officier de renseignements en Birmanie, puis il est muté après 1945 dans l'infanterie. En 1950-1951, il est lieutenant-colonel et commandant d'un bataillon du 7th Infantry pendant la guerre de Corée et officier opérations de la 3rd Division. Il enseigne à l'école d'infanterie de Fort Benning en 1952-1953 avant d'être assistant militaire d'un bureau du secrétaire de l'Armée. Il est promu colonel en 1955. Il sort diplômé de l'Army War College en 1958, puis sert en Europe jusqu'en 1961, devenant général en 1960. De 1961 à 1964, il est assistant puis dirigeant de la mission de liaison législative du département de l'Army.

En 1964, devenu Major General deux ans plus tôt, il prend la tête de la 25th Infantry Divison à Hawaï. Il est avec elle lorsqu'elle est dépêchée au Viêtnam en 1966 et il la mène pendant les opérations Cedar Falls et Junction City en 1967. En mars 1967, il devient commandant adjoint de la II Field Force puis la dirige de juillet 1967 à août 1968. Il est responsable des forces dans et autour de Saïgon pendant l'offensive du Têt, en janvier 1968. Inquiet de voir ses forces déployées près des frontières du Cambodge, alors que les communistes semblent se concentrer près de Saïgon, comme son conseiller civil John Paul Vann, il obtient le 10 janvier de Westmoreland l'autorisation de porter à 27 bataillons (au lieu de 14) les troupes américaines autour de la capitale. Cela a évidemment un impact important sur le déroulement des combats que Weyand dirige à partir de son PC de Long Binh.

Weyand quitte le Viêtnam en 1968. En 1969-1970, il est conseiller militaire lors des négociations à Paris. Commandant adjoint du MACV en avril 1970, il remplace Abrams à ce poste en juillet 1972. C'est lui qui préside au retrait américain jusqu'à la descente du drapeau, le 29 mars 1973. Il est ensuite vice chef d'état-major de l'US Army en 1973, puis devient lui-même chef d'état-major en octobre 1974. Juste avant la chute du Sud-Viêtnam, le président Ford envoie Weyand sur place pour évaluer la situation. Le 27 mars 1975, Weyand confirme au président Thieu que les Américains ne reviendront pas au Viêtnam. De retour aux Etats-Unis, il prédit la chute du Sud-Viêtnam si l'armée américaine n'intervient pas. Par la suite, il prend sa part à la reconstruction d'une US Army traumatisée mais qui cherche aussi à oublier l'expérience viêtnamienne. Il prend sa retraite en octobre 1976. Weyand est mort à Hawaï le 10 février 2010.


Pour en savoir plus :


David T. ZABECKI, "Weyand, Frederick Carlton", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1336-1337.

lundi 21 octobre 2013

U comme... U Minh (forêt de)

Une zone densément boisée et marécageuse au sud-ouest du delta du Mékong, située à la frontière entre les provinces An Xuyen et Kien Giang au Sud-Viêtnam. En plus d'être recouverte de jungle et de marais, la forêt U Minh et très chaude et humide. Traditionnellement un refuge pour les contrebandiers, les pirates et les bandits, la forêt est un sanctuaire communiste, appelée zone 483, depuis au moins la guerre d'Indochine. Toutes les voies d'eau environnantes sont contrôlées par le Viêtcong avant l'offensive du Têt de 1968. Durant la période 1962-1965, les armes et les munitions venant du Nord sont transportés via des navires de pêche camouflés qui débarquent leur chargement de nuit sur la péninsule de Ca Mau. Plus tard, le ravitaillement et les armes transitent via le Cambodge et l'île de Phu Quoc, puis la province de Kien Giang jusqu'à la forêt elle-même. Les hommes arrivent généralement par voie de terre.

Les unités viêtcong qui opèrent dans le secteur comprennent le 309ème bataillon des forces régulières, le 2ème bataillon U Minh des forces locales et le 10ème bataillon U Minh. En face, la 21st Infantry Division de l'ARVN est responsable du secteur. A partir de la fin 1968, l'armée américaine commence à mener des opérations dans la forêt après que plusieurs incendies aient brûlé un certain nombre d'arbres. En décembre 1968, le lieutenant Nicholas Rowe, des Special Forces, détenu depuis 1963, réussit une évasion spectaculaire de la forêt U Minh. Dans l'année suivant l'offensive du Têt, le Viêtcong perd sur place une bonne partie de sa base d'opération fort ancienne au profit de l'ARVN. Mais il s'y réinstalle notamment à la faveur de l'offensive de Pâques 1972, pour ne plus la quitter.


Pour en savoir plus :


Glenn E. HELM, "U Minh Forest", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1155.

vendredi 11 octobre 2013

T comme... Tay Ninh

Une province, et une capitale provinciale, du Sud-Viêtnam, située à 80 km au nord-ouest de Saïgon. La province est bordée au nord et à l'ouest par le Cambodge, et à l'est et au sud par les provinces de Binh Long, Binh Duong et Hau Nghia. L'essentiel du terrain est plat et la province est régulièrement sous les eaux pendant la période des pluies, de mai à décembre. Au-dessus des plaines agricoles s'élève la montagne Nui Da Ben (la montagne de la Vierge Noire), dont le sommet est recouvert de nuages. Au nord, on trouve des forêts denses.


Source : http://www.history.army.mil/books/AMH-V2/AMH%20V2/map13.jpg


La province est dominée par la secte des Cao Dai dont le centre religieux, Thanh Dia, est près de Tay Ninh. Au départ rattachée au Cambodge, elle est conquise par les Viêtnamiens au XVIIIème siècle. Pendant la guerre d'Indochine, c'est une place forte du Viêtminh et des milices du Cao Dai farouchement opposées à la présence française. Pendant la guerre du Viêtnam, la région au nord de Nui Da Ben est un bastion communiste. En mai 1964, les Américains occupent la montagne et installent au sommet un poste d'observation. Celui-ci doit être ravitaillé par hélicoptère car le Viêtcong occupe toujours des grottes sur le flanc de la montagne.

La War Zone C est située dans la province, qui connaît donc un certain nombre d'opérations search and destroy : Attleboro, Junction City, Yellowstone. Pendant l'offensive du Têt, les communistes échouent à s'emparer de la ville de Tay Ninh. Pendant l'offensive de Pâques 1972, une attaque de diversion a lieu dans la province pour camoufler une attaque sur la province de Binh Luong. Le 6 janvier 1975, les restes d'une compagnie des forces régionales sud-viêtnamiennes évacuent le sommet de Nui Ba Den, provoquant l'exode de 25 000 habitants de Tay Ninh vers Saïgon. Une contre-offensive de l'ARVN échoue. Pendant l'attaque finale du Nord contre Saïgon, en avril 1975, la province est défendue par la 25th Infantry Division qui forme une partie de périmètre de défense extérieur de la capitale.

La province de Tay Ninh compte parmi les trois premières provinces du Sud-Viêtnam où les morts américains au combat ont été les plus nombreux.


Pour en savoir plus :


Glenn E. HELM, "Tay Ninh", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1096-1097.

jeudi 26 septembre 2013

C comme... Cao Van Vien

Cao Van Vien est un général de l'ARVN, l'armée sud-viêtnamienne, et son chef d'état-major de 1965 à 1975. Né en 1921 à Vientane, au Laos, Cao Van Vien est le fils d'un marchand viêtnamien. Vien s'engage dans l'armée française et il est lieutenant en 1949. Après avoir servi comme officier d'état-major, il est envoyé au feu dans le Nord-Viêtnam. En 1953, il commande un bataillon dans le delta de la Rivière Rouge, près de Hanoï. Son ascension lui vaut une réputation de courage et de compétence. Il continue d'ailleurs sa formation en parallèle de sa carrière militaire puisqu'il obtient une licence de lettres à l'université de Saïgon en 1966. En 1956-1957, il a suivi un stage à l'US Army Command and Staff College de Fort Leavenworth.

En 1957, revenu des Etats-Unis, il devient le chef d'état-major de Ngo Dinh Diem, le président sud-viêtnamien. Vien a beaucoup de respect pour Diem et son frère Nhu. En novembre 1960, après une tentative de coup d'Etat manquée de la brigade aéroportée qui voit son colonel fuir au Cambodge, Diem propose le poste à Vien. Vien, qui n'a jamais sauté, suit en urgence une formation de parachutiste -à 39 ans !- pour combattre avec ses hommes. En novembre 1963, il refuse de prendre part au coup d'Etat contre Diem et il est brièvement emprisonné. Libéré, il reprend la tête de la brigade aéroportée avec laquelle il est blessé au combat en 1964, ce qui lui vaut une Silver Star.

A l'automne 1965, il devient chef d'état-major de l'armée sud-viêtnamienne et commande aussi la zone tactique du IIIème corps, autour de Saïgon. Il est à la fois chef de l'état-major et ministre de la Défense. Très proche de Thieu -leurs familles vivent dans les mêmes maisons-, Vien n'a cependant qu'une faible marge de manoeuvre, car le président-général surveille de près les militaires. Son rôle diminue avec l'intervention américaine et il cherche plusieurs fois à démissionner, notamment en 1970, pour reprendre un commandement de terrain, en vain. Pendant l'offensive du Têt, il mène lui-même son état-major, avec nombre d'officiers, pour faire le coup de feu contre les assaillants. Il déclare ensuite que les Américains ont manqué l'occasion de remporter la guerre après le Têt en ne menant pas d'offensive à grande échelle. Il déplore aussi de ne pas être consulté sur la viêtnamisation, qu'il estime mal adaptée à l'armée sud-viêtnamienne, qui n'y est pas préparée.

Il se fait l'avocat enthousiaste de l'incursion au Laos de février 1971, l'opération Lam Son 719, car dès 1965, il a plaidé pour fortifier le secteur au sud de la zone démilitarisée et pou occuper le Laos et barrer ainsi la piste Hô Chi Minh, tout en débarquant au Nord-Viêtnam, à Vinh, pour compléter le barrage. Vien reste au Sud-Viêtnam jusqu'au 28 avril 1975, où, constatant que l'offensive communiste va tout emporter, il se réfugie aux Etats-Unis avec sa famille. Pour lui, l'armée sud-viêtnamienne n'a pas démérité lors de cette campagne finale. Aux Etats-Unis, Vien publie deux documents pour l'US Army Center of Military History. Devenu simple citoyen, il meurt en Virginie en 2008.


Pour en savoir plus :


HO DIEU ANH AND SPENCER C. TUCKER, "Cao Van Vien", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.170-171.

vendredi 13 septembre 2013

Eric HAMMEL, Marines in Hue City. A Portrait of Urban Combat, Tet, 1968, Zenith Press, 2007, 168 p.

On ne présente plus Eric Hammel, journaliste de formation, devenu écrivain d'histoire militaire, et qui produit des récits des grandes campagnes américaines de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée ou de la guerre du Viêtnam, essentiellement. J'avais d'ailleurs fiché ici-même son ouvrage consacré à la reconquête de Hué vue par les Marines.

En 2007, Eric Hammel publie chez Zenith Press ce volume en forme d'album illustré sur les combats de Hué. Pour ainsi dire, c'est purement et simplement, comme il le dit lui-même dans la préface, le complément iconographique de Fire in the Streets.

Les 6 cartes de localisation sont placées en tête d'ouvrage. Le plan du livre est classique. Dans un premier chapitre, Eric Hammel revient sur l'expérience des Marines en termes de combat urbain -à partir de la Seconde Guerre mondiale toutefois, car il n'évoque pas les expériences précédentes. Il semble sous-estimer la dureté des combats à Séoul, en 1950, où il y eut de vrais combats de rues : c'est d'ailleurs l'expérience la plus récente avant Hué, probablement, et qui n'est pas transmise pendant longtemps -syndrôme classique du retour d'expérience sur le combat urbain. Le deuxième chapitre explique le plan nord-viêtnamien et la tâche dévolue aux régiments qui assaillent la ville. Dans le troisième chapitre, il dépeint l'assaut initial sur Hué. Des photographies aérienne avec les bâtiments ou points importants surlignés ou encadrés en jaune permettent de se repérer facilement. La double page de photographies viêtcong ou nord-viêtnamiennes (p.36-37), en revanche, est assez pauvre : les photos ne sont même pas légendées, et le commentaire est a minima.

Comme dans Fire in the Streets, Hammel s'attache surtout, en fait, à décrire la reconquête de la partie sud -moderne- de Hué par les Marines à partir du 31 janvier. Le premier jour est marqué par une grave sous-estimation de la menace ennemie. Une fois celle-ci prise véritablement au sérieux, les Marines vont d'abord consolider leurs têtes de pont au sud de Hué les 1er-2 février avant de passer au nettoyage des 6 pâtés de maisons importants entre les 3 et 6 février 1968. C'est le temps qu'il faut au 2/5 et au 1/1 Marines pour briser les reins du 4ème régiment nord-viêtnamien dans le secteur. Hammel propose un récit au jour le jour des combats, mais les photographies aériennes sont déjà moins nombreuses pour suivre correctement la progression américaine. Il passe ensuite à la description du nettoyage au sud, entre le 7 février et le 8 mars. Le 804ème bataillon nord-viêtnamien, en effet, n'a pas été engagé ou presque dans les premiers combats et continue à se battre même après la destruction du 4ème régiment. C'est pourquoi les accrochages continuent alors que le combat s'est déplacé dans la partie nord de Hué, dans et autour de la Citadelle.

Ce n'est donc qu'aux deux-tiers du livre qu'Hammel en vient aux affrontements dans le vieux Hué, autour de la Citadelle, qui sont au départ assumé complètement par l'armée sud-viêtnamienne, l'ARVN. Du 31 janvier au 9 février, les Sud-Viêtnamiens conservent également des têtes de pont (notamment le QG de la 1st Infantry Division) et acheminent des renforts (unités de cette division et bataillon aéroportés, dans un premier temps) pour repousser les Nord-Viêtnamiens. Entre les 10 et 12 février, ce sont finalement un bataillon de Marines américains (1/5th Marines) et plusieurs batailles de Marines sud-viêtnamiens réunis dans un Battle Group qui gagnent le nord de Hué. Jusqu'au 20 février, les Marines américains, qui ont déjà dû réapprendre le combat urbain dans la partie sud de la ville, se heurtent à un ennemi déterminé et bien retranché. La bataille est terrible. Enfin, le 24 février, ce sont les Sud-Viêtnamiens qui investissent le Palais Impérial et jettent à bas le drapeau viêtcong hissé le 31 janvier sur le mât de la Citadelle. La bataille est terminée le 2 mars 1968, mais les combats continuent encore autour de la ville pendant plusieurs semaines. Hué est réduite en ruines et ne sera pas entièrement reconstruire lors de la chute du Sud-Viêtnam en 1975. En outre, les communistes laissent derrière probablement plus de 2 000 personnes exécutées au début de leur mainmise sur la ville et juste avant leur défaite.

Au final, le propos laisse un peu la même impression que Fire in the Streets. Si Hammel décrit avec précision, à grand renfort de témoignages, la bataille menée par les Marines américains dans la ville de Hué (au nord et au sud), il peine à s'élever au-dessus de la simple description, sauf au regard du combat urbain, où il y a des lignes intéressantes. Surtout, à l'image de bon nombre d'auteurs américains mais désormais à rebours de l'historiographie récente de la guerre du Viêtnam, Eric Hammel ne cherche pas vraiment à s'intéresser à l'armée sud-viêtnamienne qui assume pourtant au moins la moitié des combats, au même titre que les Marines. En témoignent les photos où l'on voit rarement les hommes de l'ARVN, sauf pour les moments symboliques comme la descente du drapeau viêtcong le 24 février et la levée des couleurs du Sud-Viêtnam. Ne parlons pas de l'adversaire communiste qui ne bénéficie, lui, quasiment d'aucune attention. Un travail iconographiquement intéressant mais singulièrement limité, donc, en termes d'approche.

samedi 7 septembre 2013

Bernard C. NALTY, Air Power and the Fight for Khe Sanh, University Press of the Pacific, 2005 (1ère éd. 1986), 134 p.

Cet ouvrage fait partie de l'histoire officielle de l'armée américaine à propos de l'utilisation de la puissance aérienne pendant le siège de Khe Sanh. Le général Westmoreland, le commandant en chef américain au Viêtnam, pressent en effet que le Nord-Viêtnam va tenter un second Dien Bien Phu autour de la base. En conséquence, il prévoit d'écraser les troupes adverses autour de la base sous un déluge de bombes, d'autant plus que Khe Sanh se trouve dans une région isolée, peu peuplée. Au final, la puissance aérienne américaine déverse 100 000 tonnes de bombes sur les assiégeants tout en étant capable de ravitailler Khe Sanh pendant toutle siège, ainsi que ses avant-postes.

Le premier chapitre du livre présente les lieux de la bataille et ses enjeux. L'auteur insiste en particulier sur les mauvaises conditions climatiques du début de l'année qui noient la piste de Khe Sanh dans un brouillard persistant. Les 834th et 315th Air Divisions fournissent les appareils de transport C-7, C-123 et C-130 et la 3rd Air Division les B-52. Westmoreland est persuadé que les Nord-Viêtnamiens vont chercher à emporter la décision à Khe Sanh. Son plan aérien s'inspire de l'expérience du siège de Con Thien, en septembre 1967 (opération Neutralize). Le président Johnson attache lui aussi de plus en plus d'importance à la base à partir de décembre 1967.

Le deuxième chapitre revient sur le précédent de Dien Bien Phu et fait la comparaison avec Khe Sanh. Dans le premier cas, les Français ont engagé en moyenne 200 appareils par jour. Les Américains, eux, disposent alors en Asie du Sud-Est de 2 000 avions et de plus de 3 000 hélicoptères !

Dès le début de la bataille, les 20-21 janvier, l'aviation américaine intervient massivement pour soutenir les Marines. La destruction du principal dépôt de munitions dès le début du pilonnage nord-viêtnamien oblige à des ballets d'appareils de transport pour reconstituer le stock. Après le déclenchement de l'offensive du Têt, Westmoreland reste convaincu que le sort de la guerre continue de se jouer autour de la base. Le mois de février sera le plus dur : l'aviation ne peut empêcher la chute du camp des Special Forces à Lang Vei. Le 11 février, un KC-130F chargé de kérosène, touché par la DCA, s'écrase sur la piste. Les C-7 et C-123 assurent alors l'essentiel du ravitaillement ; le 23 février, Khe Sanh reçoit 1 300 obus, le plus haut total pendant le siège. La presse américaine s'enflamme et s'interroger sur la capacité de l'armée à tenir effectivement le camp.

Ce sont en tout plus de 240 appareils de transport qui sont engagés dans le pont aérien. Les C-7 et C-123 atterrissent et décollent sous le feu : un système est mis en place pour décharger au plus vite les avions de façon à minimiser les risques. Plusieurs appareils sont néanmoins détruits. Les C-130, eux, procèdent à des parachutages, guidés ensuite par radar. Pour améliorer le ravitaillement et limiter la casse et la dispersion, on met également au point des systèmes de largage et d'extraction à basse altitude, le C-130 frôlant ou touchant la piste pour lâcher par parachute ou non sa cargaison sur le tarmac. Un petit détachement de l'Air Force, aidé par une Marine Party Shore Company, assure, non sans dangers, la réception des cargaisons. Les avant-postes, sur les collines environnant Khe Sanh, ne peuvent être ravitaillés en revanche que par les hélicoptères. Pour les protéger d'une DCA puissante, les Américains mettent en place le système Super Gaggles, dans la dernière semaine de février : des A-4 attaquent les positions de DCA et les noient sous les fumigènes, puis les CH-46 se posent couvert par des hélicoptères gunships.

En ce qui concerne l'appui aérien rapproché, la coopération interservices au sein de l'armée américaine n'est pas toujours facile, mais fonctionne. Les A-6 Intruders, grâce à leur capacité tout temps et de nuit, sont particulièrement appréciés. La Navy fournit d'ailleurs un plus gros effort au-dessus de Khe Sanh qu'elle ne l'avait fait à Con Thien. Les appareils escortent les transports du ravitaillement. Les contrôleurs aériens de l'Air Force utilisent plusieurs radars  différents pour guider les appareils.

Westmoreland aura pourtant les plus grandes peines du monde à désigner un responsable pour l'effort aérien. Les Marines ne veulent pas être subordonnés à l'Air Force et le font savoir. Le général Momyer, qui dirige la 7th Air Force, doit assumer ce rôle d'après l'accord du 22 janvier, mais celui-ci ne devient vraiment effectif qu'en mars. Le système ne prouvera son efficacité qu'après la bataille de Khe Sanh.

Les B-52 ont joué un rôle de poids pendant le siège. Ils interviennent dès janvier 1968 ; après le déclenchement de la bataille, une cellule de 3 B-52 survole le camp toutes les 90 minutes. Plus tard, ce seront 6 B-52 qui se relaieront toutes les trois heures. A la fin février, les B-52 peuvent opérer à moins de 1 km des troupes amies, l'ancienne limite de 3 km ayant été mise à profit par l'adversaire. Les résultats des frappes sont difficiles à évaluer. Les B-52 de la 3rd Air Division ont largué au moins 60 000 tonnes de bombes (!) et les prisonniers nord-viêtnamiens confirment leur importance psychologique.

La collecte des renseignements, par utilisation de senseurs sismiques et accoustiques dispersés préalablement autour de Khe Sanh, est l'oeuvre d'un centre électronique de regroupement. Celui-ci permet d'effectuer des missions Mini ou Micro-Arc Light avec l'aviation et l'artillerie pour saturer une zone suspecte de bombes ou d'obus. Les Américains utilisent aussi des mines Gravel qui produisent des sons capables de blesser un homme ou de faire éclater les pneus des véhicules, mais les risques de tirs fratricides conduisent à abandonner cette arme.

Khe Sanh est finalement dégagée par l'opération Pegasus, montée par la 1st Cavalry, les Marines et l'ARVN, qui débouche le 8 avril 1968. Les combats durent encore une semaine autour de Khe Sanh pour reprendre le terrain perdu. Un C-130 s'écrase le 13 avril. La base est finalement abandonnée en juin 1968. Aux 100 000 tonnes de bombes larguées pendant la bataille s'ajoute de 150 000 à 200 000 obus tirés par l'artillerie. Les Marines ont perdu près de 200 tués et 1 600 blessés pendant le siège. Ils estiment avoir tué au moins 10 000 soldats nord-viêtnamiens, ce qui représenterait pas loin d'un tiers des morts estimés du Têt. Nalty souligne pourtant combien les déclarations optimistes des responsables américains ont été fracassés par l'offensive et le siège de Khe Sanh.

Une bonne base, donc, pour qui s'intéresse à ce thème très précis, à complet par d'autres lectures très savantes. L'analyse du conflit et du siège lui-même, en revanche, est un peu datée et laisse parfois à désirer.