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vendredi 14 février 2014

Parachutistes ! Histoire de la brigade 305 de l'armée nord-viêtnamienne

La brigade 305 a été la seule unité parachutiste de l'armée nord-viêtnamienne. Son existence a été très courte puisqu'elle naît en 1961 et disparaît 7 ans plus tard, dans la guerre contre les Etats-Unis.

Début 1961, Nguyen Nam Khanh et le lieutenant-colonel Nguyen Chi Diem rencontrent l'adjoint au chef d'état-major, Le Trong Tan, pour se voir attribuer une nouvelle mission. Il s'agit de créer une unité parachutiste pour défendre le Nord-Viêtnam et soutenir la guerre au sud. Les préparatifs de création de la brigade commencent en 1958 : des douzaines de volontaires sont sélectionnés par l'Institut Médical militaire 108 de Hanoï et envoyés en Chine pour s'entraîner. Khanh a été le premier commissaire politique de la brigade 305. Les officiers sont des vétérans de la guerre d'Indochine ou de la guérilla au Sud-Viêtnam.

41 soldats viêtnamiens sont envoyés sur une base aérienne du Henan, en Chine, dès mars 1959, dans le plus grand secret. Ils prennent le train à Lang Son. En Chine, le groupe est rebaptisé "équipe du Hunan" et intégré à la division 2721. Pour tester les Viêtnamiens, les Chinois font sauter depuis un ballon, à 400 m d'altitude, des femmes parachutistes, puis demandent à un des Viêtnamiens, Dang Nhon, de faire de même. La première période d'entraînement dure de mars à octobre 1959, et la seconde d'août 1960 à février 1961. Encadrés par 10 Chinois, les Viêtnamiens apprennent à sauter correctement à partir de 1,50 m, 3 m puis d'une tour métallique de 9 m. Puis ils s'entraînent à sauter avec le vent, comme à la porte d'un appareil, et d'une tour de 40 m de haut. Ils sautent ensuite d'un ballon à 400-500 m d'altitude, et enfin d'un avion An-2. A la fin de l'entraînement, les Chinois offrent aux Viêtnamiens des parachutes et des armes.

Source : http://r.tuoitre.vn/i/s500/2013/10/Q7CIk45d.jpg


De retour à l'aérodrome de Gia Loi, à Hanoï, le 5 février 1961, l'équipe est mobilisée pour parachuter des armes, des vivres et des munitions au Laos, à destination des soldats viêtnamiens et du Pathet Lao qui combattent sur place. L'URSS fournit 10 Li-2, la copie du C-47/DC-3 américain. Chaque para dissimule deux couteaux dans ses manches et porte deux pistolets avec 24 balles. Pour éviter la détection par les radars américains, les appareils volent entre 300 et 500 m. Tous les vols ont lieu de nuit ou par mauvais temps la journée. Certains appareils s'écrasent dans les montagnes.

Source : http://r.tuoitre.vn/i/s500/2013/10/fOJ9RVDY.jpg


Pour former d'autres parachutistes, l'équipe est déplacée dans la province de Bac Giang, où des centres d'entraînement sont établis près des aérodromes de Kep, Chu et Buom. Les Soviétiques fournissent les parachutes, 5 instructeurs et des pilotes pour les avions. Les paras apprennent à sauter par tous les temps, sur des types différents de terrains. En 1962, la brigade 305 comprend 1 400 hommes, mais seulement deux bataillons de paras en sous-effectifs. Elle pratique néanmoins des largages avec des mitrailleuses lourdes de 12,7 mm et des mortiers de 82 mm. A partir de 1964, la plus grande partie de l'effectif est versée dans les unités de sapeurs, troupes d'élite en pointe des attaques contre les Américains.

Pour piéger les appareils américains qui évoluent à basse altitude, les paras apprennent à utiliser des ballons pour créer des "champs de mines aéroportés", d'après des films soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. Des ballons peints en bleu, pour se confondre avec le ciel, sont remplis d'explosifs, et disposés entre 50 et 400 m d'altitude, sur les voies d'approche des avions américains, en particulier à l'ouest et au nord-est du pays. Les petits barrages comprennent de 200 à 300 ballons et les plus gros jusqu'à 700. Un premier appareil américain en aurait été victime en janvier 1967. Les Nord-Viêtnamiens installent ensuite des mines Claymore dans les ballons pour augmenter leur efficacité.

Source : http://r.tuoitre.vn/i/s500/2013/10/yaiwKHhh.jpg


Le 24 mars 1967, la brigade 205 est rattachée aux commandos et passe sous les ordres du colonel Nguyen Chi Diem. Un an plus tard, la formation contribue à l'offensive du Têt, alors que des bataillons nord-viêtnamiens sont assiégés dans la citadelle de Hué. Pour larguer du ravitaillement, les avions décollent de Hanoï jusqu'à Thanh Hoa, puis font un crochet vers Tchepone, au Laos, avant de se diriger sur Hué. Le premier vol de ravitaillement décolle à 18h00, le 7 février 1968, avec 2 paras et 5 pilotes. Le Li-2 approche en zigzaguant de la citadelle de Hué, à 250 m d'altitude, pour repérer un triangle de 3 flammes et de bandes blanches installé par les défenseurs. L'avion fait des passes à 30-40 m d'altitude pour larguer le ravitaillement, pendant une heure si besoin. Une mission normale revient à Hanoï vers 2h00 du matin. Mais toutes les missions ne se déroulent pas aussi bien. Lors d'un largage près d'un village à proximité de Khe Sanh, qui mobilise 4 Il-14 et Li-2 (le Li-2 est en tête, chacun des 3 Li-14 embarque 124 paras et 5 pilotes à 16 minutes derrière), le Li-2 de tête, qui doit dégager la zone de largage, se crashe, tuant tout son équipage. La brigade est ensuite dissoute, en 1968.


Pour en savoir plus :


Kenneth CONBOY, South-East Asian Special Forces, Elite 33, Osprey, 1991, p.52.

http://tuoitrenews.vn/features/14436/the-first-and-only-paratroop-unit-of-the-vietnam-army
http://tuoitrenews.vn/features/14506/vietnam-paratroops-train-in-china-work-in-laos
http://tuoitrenews.vn/features/14549/paratroop-unit-defends-the-sky-of-vietnam
http://tuoitrenews.vn/features/14589/airdropping-supplies-during-a-dangerous-mission-in-hue

mardi 24 septembre 2013

La piste Hô Chi Minh

Une course contre la montre. C'est ainsi que John Prados voit l'histoire de la piste Hô Chi Minh, entre les Nord-Viêtnamiens qui la bâtissent pour ravitailler l'insurrection au Sud-Viêtnam, et les Américains qui cherchent à la détruire.

Le 19 mai 1959, le colonel Bo Vam, ingénieur du département de l'agriculture de l'armée nord-viêtnamienne spécialisé dans les questions logistiques, reçoit l'ordre de former le bataillon 301. Celui-ci comprend plusieurs centaines d'hommes armés de vieilles armes françaises de la guerre d'Indochine, qui sont envoyés à Vinh Linh, juste au nord de la zone démilitarisée, pour commencer à explorer les zones de passage possibles au Sud. Utilisant des paysans montagnards des collines à l'ouest de Vinh Binh, Bo Vam réalise un premier test en juin 1959. En août, un premier lot d'armes atteint les zones côtières de la guérilla au nord du Sud-Viêtnam, dans la province de Quang Ngai.

L'activité ne passe pas inaperçue des Sud-Viêtnamiens et des Américains. Le chemin emprunte en effet une portion du Sud-Viêtnam, autour de Khe Sanh, à la rencontre de la zone démilitarisée, du Nord-Viêtnam et du Laos. Un bataillon renforcé de l'ARVN stationne à Khe Sanh et patrouille le secteur. Malgré les précautions des Nord-Viêtnamiens, les Sud-Viêtnamiens comprennent vite qu'un flot commence à se déverser dans leur pays. L'administration Kennedy, à partir de 1961, très axée sur la contre-insurrection, va chercher à bloquer les infiltrations par terre et par mer.

Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/80/Ho_Chi_Minh_Trail_network_map.jpg


Les Nord-Viêtnamiens, qui créent le Groupe 559 (mois et année du premier groupe formé pour ce faire) pour s'installer au Laos et développer la piste, doivent faire face, par mer, à une force de jonques viêtnamiennes armées par les Américains. Au sol, ceux-ci vont commencer à créer les fameux camps de montagnards (Civil Irregular Defense Groups) avec les Special Forces qui sont notamment chargés de surveiller l'activité de la piste et de l'empêcher, si possible. Mais les Nord-Viêtnamiens renforcent le système, développent son réseau, affectent un régiment entier de sapeurs (le 70ème en fait le 301ème bataillon gonflé). Walt Rostow, conseiller à la sécurité nationale de Kennedy, propose dès ce moment-là d'occuper la partie du Laos correspondant au passage de la piste pour la couper. Les Marines déployés au Laos en 1962 lors des accords de paix doivent d'ailleurs collecter des renseignements pour ce faire. Mais l'état-major de l'armée américaine refuse ce plan car il estime qu'il faudrait plus de 100 000 hommes pour bloquer effectivement la piste, et Kennedy ne veut alors pas envoyer de troupes au sol au Sud-Viêtnam. Dès la fin 1961, le 3ème groupe de transport motorisé de l'armée nord-viêtnamienne, avec ses camions, livre de l'approvisonnement jusqu'à Tchepone, au Laos, qui devient bientôt un centre important de la piste.

Hanoï, face au programme des hameaux stratégiques mis en place par le Sud, porte à 4 000 le nombre d'hommes travaillant à la piste en 1964. Cette année-là, plus de 12 000 combattants empruntent la piste. Côté américain, le 5th Special Forces Group mène les premières incursions contre le réseau en juin 1964, en attendant que le Studies and Observation Group (SOG) du MACV, qui prend en charge toutes les opérations non conventionnelles, soit prêt à opérer. Les commandos sud-viêtnamiens parachutés en premier sont décimés. En août 1964, la première unité constituée de l'armée nord-viêtnamienne, le 808ème bataillon, passe par la piste, suivi à l'automne et à l'hiver par les 95ème et 101ème régiments. Les appareils de l'US Navy frappent pour la première fois la passe de Mu Gia, un des points d'entrée de la piste, le 28 février 1965.

A la fin de l'année, ce sont 10 à 12 000 combattants qui en assurent le développement et l'entretien, dont de nombreuses femmes. Le Groupe 665 coordonne le mouvement des unités au Sud et s'occupe des soldats grièvement blessés à rapatrier au Nord. Il y a une demi-douzaine de bataillons de camions, deux bataillons de bicylettes et un bataillon naval. Un groupe de transport développe la piste vers le Cambodge, un autre vers le Sud-Viêtnam. En juin 1966, les Nord-Viêtnamiens débouchent déjà dans la vallée de A Shau et arrivent au Cambodge. Le réseau est de plus en plus complexe avec des stations, des unités antiaériennes, etc.

Avec l'intervention directe des Américains, les frappes contre la piste se renforcent. L'opération Steel Tiger implique des appareils laotiens qui bombardent le réseau. A partir de Khe Sanh, l'Air Force mène les missions Tiger Hound de même nature. Au sol, le SOG se développe considérablement avec le programme CIDG, le projet Delta et les commandos sud-viêtnamiens. Dès la fin 1965, le colonel Blackburn, qui mène le SOG, conduit les premières missions Shining Brass pour détruire les installations de la piste ou les repérer pour des frappes aériennes. A la fin de 1966, le SOG compte déjà plus de 3 500 hommes, insérés par hélicoptère, ce qui reste problématique, ou parfois parachutés à plus longue distance. Singlaub, qui remplace Blackburn, favorise le parachutage, améliore les communications et ajoute l'emploi du gaz non létal pour sécuriser les zones d'insertion. Les Nord-Viêtnamiens ont l'avantage sur ce point car ils dominent le terrain, il leur est facile de repérer les infiltrations et par ailleurs ils cherchent à prendre les bases qui peuvent servir de point d'acheminement de ces équipes spéciales : l'assaut contre le camp des Special Forces dans la vallée d'A Shau, dès février 1966, mais aussi le siège de Khe Sanh. En 1966, ce sont 17 régiments réguliers nord-viêtnamiens qui descendent au Sud via la piste Hô Chi Minh, sans compter les unités spécialisées. Autant dire que l'effort américain est un échec.

Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cd/HoCMT.png


Les Américains, qui se refusent à envahir le Laos neutre et qui ne peuvent obtenir l'accord de la Thaïlande, vont alors bâtir une ligne fortifiée de postes allant de Khe Sanh à la côte, au Sud-Viêtnam, pour tenter de barrer l'infiltration. En vain, là encore. La ligne McNamara, bâtie en 1967, est mise en échec par l'ampleur de l'offensive du Têt, qui montre qu'elle n'a pu empêcher les passages. Westmoreland a envisagé plusieurs plans pour envahir le Laos et couper la piste, de même, d'ailleurs, que l'état-major sud-viêtnamien. Celui-ci aura l'occasion de le faire avec la malheureuse opération Lam Son 719, en février 1971, où l'incursion au Laos, engageant parmi les meilleures unités de l'ARVN, se termine en fiasco. La piste reste en l'état, se développe, et alimente l'offensive de Pâques 1972. Après le retrait américain, entre 1974 et avril 1975, ce sont plus de 800 000 tonnes d'apprivisionnement qui y transitent pour préparer l'offensive finale contre le Sud.

La piste était-elle véritablement une nécessité pour Hanoï ? A l'époque de la guérilla, probablement pas. Mais la décision d'intervenir au Sud et l'engagement de formations régulières en 1965 la rendent incontournable. Le transport maritime via la côte ou le transit par le Cambodge restent moins importants, car offrant moins de possibilités.


Pour en savoir plus :


John PRADOS, "The Road South. The Ho Chi Minh Trail", in Andrew WIEST (ed.), Rolling Thunder in a Gentle Land. Vietnam War Revisited, Osprey, 2006, p.74-96.

samedi 7 septembre 2013

Bernard C. NALTY, Air Power and the Fight for Khe Sanh, University Press of the Pacific, 2005 (1ère éd. 1986), 134 p.

Cet ouvrage fait partie de l'histoire officielle de l'armée américaine à propos de l'utilisation de la puissance aérienne pendant le siège de Khe Sanh. Le général Westmoreland, le commandant en chef américain au Viêtnam, pressent en effet que le Nord-Viêtnam va tenter un second Dien Bien Phu autour de la base. En conséquence, il prévoit d'écraser les troupes adverses autour de la base sous un déluge de bombes, d'autant plus que Khe Sanh se trouve dans une région isolée, peu peuplée. Au final, la puissance aérienne américaine déverse 100 000 tonnes de bombes sur les assiégeants tout en étant capable de ravitailler Khe Sanh pendant toutle siège, ainsi que ses avant-postes.

Le premier chapitre du livre présente les lieux de la bataille et ses enjeux. L'auteur insiste en particulier sur les mauvaises conditions climatiques du début de l'année qui noient la piste de Khe Sanh dans un brouillard persistant. Les 834th et 315th Air Divisions fournissent les appareils de transport C-7, C-123 et C-130 et la 3rd Air Division les B-52. Westmoreland est persuadé que les Nord-Viêtnamiens vont chercher à emporter la décision à Khe Sanh. Son plan aérien s'inspire de l'expérience du siège de Con Thien, en septembre 1967 (opération Neutralize). Le président Johnson attache lui aussi de plus en plus d'importance à la base à partir de décembre 1967.

Le deuxième chapitre revient sur le précédent de Dien Bien Phu et fait la comparaison avec Khe Sanh. Dans le premier cas, les Français ont engagé en moyenne 200 appareils par jour. Les Américains, eux, disposent alors en Asie du Sud-Est de 2 000 avions et de plus de 3 000 hélicoptères !

Dès le début de la bataille, les 20-21 janvier, l'aviation américaine intervient massivement pour soutenir les Marines. La destruction du principal dépôt de munitions dès le début du pilonnage nord-viêtnamien oblige à des ballets d'appareils de transport pour reconstituer le stock. Après le déclenchement de l'offensive du Têt, Westmoreland reste convaincu que le sort de la guerre continue de se jouer autour de la base. Le mois de février sera le plus dur : l'aviation ne peut empêcher la chute du camp des Special Forces à Lang Vei. Le 11 février, un KC-130F chargé de kérosène, touché par la DCA, s'écrase sur la piste. Les C-7 et C-123 assurent alors l'essentiel du ravitaillement ; le 23 février, Khe Sanh reçoit 1 300 obus, le plus haut total pendant le siège. La presse américaine s'enflamme et s'interroger sur la capacité de l'armée à tenir effectivement le camp.

Ce sont en tout plus de 240 appareils de transport qui sont engagés dans le pont aérien. Les C-7 et C-123 atterrissent et décollent sous le feu : un système est mis en place pour décharger au plus vite les avions de façon à minimiser les risques. Plusieurs appareils sont néanmoins détruits. Les C-130, eux, procèdent à des parachutages, guidés ensuite par radar. Pour améliorer le ravitaillement et limiter la casse et la dispersion, on met également au point des systèmes de largage et d'extraction à basse altitude, le C-130 frôlant ou touchant la piste pour lâcher par parachute ou non sa cargaison sur le tarmac. Un petit détachement de l'Air Force, aidé par une Marine Party Shore Company, assure, non sans dangers, la réception des cargaisons. Les avant-postes, sur les collines environnant Khe Sanh, ne peuvent être ravitaillés en revanche que par les hélicoptères. Pour les protéger d'une DCA puissante, les Américains mettent en place le système Super Gaggles, dans la dernière semaine de février : des A-4 attaquent les positions de DCA et les noient sous les fumigènes, puis les CH-46 se posent couvert par des hélicoptères gunships.

En ce qui concerne l'appui aérien rapproché, la coopération interservices au sein de l'armée américaine n'est pas toujours facile, mais fonctionne. Les A-6 Intruders, grâce à leur capacité tout temps et de nuit, sont particulièrement appréciés. La Navy fournit d'ailleurs un plus gros effort au-dessus de Khe Sanh qu'elle ne l'avait fait à Con Thien. Les appareils escortent les transports du ravitaillement. Les contrôleurs aériens de l'Air Force utilisent plusieurs radars  différents pour guider les appareils.

Westmoreland aura pourtant les plus grandes peines du monde à désigner un responsable pour l'effort aérien. Les Marines ne veulent pas être subordonnés à l'Air Force et le font savoir. Le général Momyer, qui dirige la 7th Air Force, doit assumer ce rôle d'après l'accord du 22 janvier, mais celui-ci ne devient vraiment effectif qu'en mars. Le système ne prouvera son efficacité qu'après la bataille de Khe Sanh.

Les B-52 ont joué un rôle de poids pendant le siège. Ils interviennent dès janvier 1968 ; après le déclenchement de la bataille, une cellule de 3 B-52 survole le camp toutes les 90 minutes. Plus tard, ce seront 6 B-52 qui se relaieront toutes les trois heures. A la fin février, les B-52 peuvent opérer à moins de 1 km des troupes amies, l'ancienne limite de 3 km ayant été mise à profit par l'adversaire. Les résultats des frappes sont difficiles à évaluer. Les B-52 de la 3rd Air Division ont largué au moins 60 000 tonnes de bombes (!) et les prisonniers nord-viêtnamiens confirment leur importance psychologique.

La collecte des renseignements, par utilisation de senseurs sismiques et accoustiques dispersés préalablement autour de Khe Sanh, est l'oeuvre d'un centre électronique de regroupement. Celui-ci permet d'effectuer des missions Mini ou Micro-Arc Light avec l'aviation et l'artillerie pour saturer une zone suspecte de bombes ou d'obus. Les Américains utilisent aussi des mines Gravel qui produisent des sons capables de blesser un homme ou de faire éclater les pneus des véhicules, mais les risques de tirs fratricides conduisent à abandonner cette arme.

Khe Sanh est finalement dégagée par l'opération Pegasus, montée par la 1st Cavalry, les Marines et l'ARVN, qui débouche le 8 avril 1968. Les combats durent encore une semaine autour de Khe Sanh pour reprendre le terrain perdu. Un C-130 s'écrase le 13 avril. La base est finalement abandonnée en juin 1968. Aux 100 000 tonnes de bombes larguées pendant la bataille s'ajoute de 150 000 à 200 000 obus tirés par l'artillerie. Les Marines ont perdu près de 200 tués et 1 600 blessés pendant le siège. Ils estiment avoir tué au moins 10 000 soldats nord-viêtnamiens, ce qui représenterait pas loin d'un tiers des morts estimés du Têt. Nalty souligne pourtant combien les déclarations optimistes des responsables américains ont été fracassés par l'offensive et le siège de Khe Sanh.

Une bonne base, donc, pour qui s'intéresse à ce thème très précis, à complet par d'autres lectures très savantes. L'analyse du conflit et du siège lui-même, en revanche, est un peu datée et laisse parfois à désirer.



mardi 3 septembre 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (3)

Je vous propose ce matin une troisième carte parmi celles ne figurant malheureusement pas dans mon ouvrage. Celle-ci est à mon avis un manque important car il s'agit d'une carte sommaire des environs de la base de Khe Sanh.



Je consacre en effet un chapitre entier au siège, sans parler des préliminaires : il est donc regrettable que le lecteur ne puisse pas repérer les éléments principaux du terrain, souvent cités, pour s'y retrouver. On distingue donc sur la carte la route n°9, qui longe le chapelet de positions fortifiées américaines au sud de la zone démilitarisée : c'est la fameuse "ligne McNamara", censée empêcher les infiltrations de Nord-Viêtnamiens au sud. Khe Sanh est à l'extrêmité ouest du dispositif : on distingue d'ailleurs la frontière avec le Laos près de Lang Vei.

La base de Khe Sanh est située sur un plateau au nord du village lui-même. La rivière Rao Quan constitue la seule source en eau potable et coule à travers une vallée environnée de hauteurs, au nord et au nord-ouest de la base, que les Marines vont s'efforcer de conserver. Les collines 881 Nord et Sud et 861 ont fait l'objet de la fameuse "bataille des collines", en avril-mai 1967.

Les Special Forces qui tenaient initialement Khe Sanh ont déménagé à Lang Vei, où un camp de CIDG (Civil Irregular Defense Group) a été bâti à proximité du village du même nom. Le camp est pris par les Nord-Viêtnamiens dans la nuit du 6 au 7 février 1968 grâce à l'utilisation de chars légers amphibie PT-76 soviétiques, la première utilisation de chars par Hanoï durant le conflit.

mardi 27 août 2013

Vidéo : Battlefield Vietnam (1999), épisode 8 : Siege at Khe Sanh

L'épisode 8/12 de la série documentaire Battlefield Vietnam s'intéresse au siège de Khe Sanh, l'un des épisodes phares de l'offensive du Têt. On y trouvera en particulier une présentation de la base de Khe Sanh, de ses défenses via les cartes 3D, ainsi que les différentes phases de la bataille. Il y a également une bonne description de l'opération Niagara, le soutien aérien américain au-dessus de la base. On notera aussi la bonne description des emplacements de l'artillerie nord-viêtnamienne autour de Khe Sanh. Le documentaire explique les nouvelles méthodes mises en oeuvre pour ravitailler la base et ne cache pas les conditions quotidiennes difficiles des Marines assiégés. Il rappelle aussi que Khe Sanh a largement occupé l'espace médiatique pendant l'offensive du Têt : 25% des reportages à la télévision sont consacrés au siège, selon un effet déformant bien connu. En revanche, il est beaucoup plus faible sur l'interprétation de la bataille et son débat historiographique.


samedi 24 août 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (1)

Un billet aujourd'hui pour aborder l'un des problèmes qui se posent aux auteurs de livres d'histoire militaire : celui des cartes. Je suis toujours attentif dans mes recensions d'ouvrages à relever le nombre suffisant ou non de cartes et leur placement judicieux dans l'ouvrage. Pour mon premier livre, je m'étais dit que je me ferai un point d'honneur à en mettre beaucoup, afin de ne pas critiquer en vain les autres -charité bien ordonnée commence par soi-même...

C'est ainsi que j'avais proposé, initialement, 15 à 20 cartes (!) pour L'offensive du Têt. Malheureusement, les contraintes éditoriales ont fait que seules 5 ont été retenues, ce qui est à mon avis bien insuffisant pour visualiser l'ensemble des opérations... je me propose donc de disposer aussi, au fur et à mesure, les cartes utiles à la lecture, de façon à ce que le public puisse s'y reporter si besoin.

Les 5 cartes qui sont déjà présentes sont les suivantes (table des cartes p.11) : 

- Les zones tactiques au Sud-Viêtnam (p.36).
- La partie nord de la zone tactique du Ier corps (p.108).
- Carte générale de l'offensive du Têt (p.122).
- L'assaut sur Saïgon (p.130).
- La bataille de Hué (p.154).

La première carte hors-ouvrage que j'inclus ici est une adaptation de celle d'un ouvrage qui montre la présence militaire américaine dans les différentes provinces du Sud-Viêtnam pendant le conflit (faible, moyenne et forte). On distingue immédiatement les principaux champs de bataille du conflit : la partie nord, la zone tactique du Ier corps, près de la zone démilitarisée (où se trouvent Khe Sanh et Hué, par exemple) ; la partie nord-ouest de la zone tactique du IIème corps, les Hauts-Plateaux, avec notamment la province de Pleiku, où l'armée nord-viêtnamienne est présente en force dès 1965 (bataille de Ia Drang), et la province de Binh Dinh, côtière, une place forte du Viêtcong ; enfin, les environs de la capitale, Saïgon (zone tactique du IIIème corps) et en particulier les provinces de Tay Ninh et de Hau Nghia). Ces trois secteurs ont concentré la plupart des affrontements d'envergure de la guerre du Viêtnam.