Affichage des articles dont le libellé est Saïgon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Saïgon. Afficher tous les articles

mercredi 23 octobre 2013

X comme... Xa Loi (raid sur la pagode de)

L'assaut sur cette pagode de Saïgon, le 21 août 1963, a servi de catalyseur à la contestation contre le régime de Diêm, particulièrement chez les bouddhistes, au Sud-Viêtnam, mais aussi aux Etats-Unis. Les tensions s'exacerbent après que Diêm aient interdit aux leaders bouddhistes d'arborer leurs drapeaux à l'occasion des cérémonies d'anniversaire de la naissance du Bouddha. Catholique, Diêm ne s'est pourtant pas opposé au déploiement des drapeaux blancs et dorés des catholiques en l'honneur de son frère aîné Ngo Dinh Thuc, archevêque de Hué.

Le 7 mai 1963, les bouddhistes, qui par dérision arborent les drapeaux des catholiques, affrontent les forces de sécurité à Hué, et il y a plusieurs victimes. Chaque camp s'accuse d'avoir provoqué l'autre, et ne veut pas céder du terrain. Diêm craint pour son régime. Le 11 juin, un moine bouddhiste s'immole en plein milieu de Saïgon. Diêm et son frère Nhu, qui dirige la police secrète, font alors surveiller étroitement les bouddhistes.

La pagode Xa Loi est utilisée comme point de rassemblement pou des manifestations devenues quasiment quotidiennes dans la capitale. Le 21 août, les forces spéciales de Nhu font irruption dans la pagode ainsi que dans d'autres à Saïgon, prétextant d'une tentative de coup d'Etat. Les hommes de Nhu, qui portent l'uniforme militaire, mettent à sac la pagode, la pillent, et arrêtent près de 400 moines ou nonnes bouddhistes, dont le patriarche âgé de plus de 80 ans.

Un moine bouddhiste parvient à se réfugier dans l'ambassade américaine, ce qui manque d'entraîner un incident diplomatique lorsque les forces de Nhu encerclent l'édifice et exigent la remise du moine. La réaction internationale face à ces événements est désastreuse pour Diêm. Celui-ci ordonne ensuite la loi martiale et de tirer à vue sur tous ceux qui violeraient le couvre-feu. Des centaines de manifestants sont arrêtés. Cet incident renforce les Américains dans la conviction qu'un changement de régime est nécessaire. Trois mois plus tard, Diêm est renversé, avec le consentement des Etats-Unis.


Pour en savoir plus :


Ronald B. FRANKUM, "Weyand, Frederick Carlton", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1351.

dimanche 29 septembre 2013

J comme... Junction City

La deuxième opération search and destroy menée à l'échelon du corps d'armée par les Américains au Sud-Viêtnam, et l'une des opérations les plus importantes de la guerre. Elle dure du 22 février au 14 mai 1967 et implique 4 bataillons sud-viêtnamiens et 22 bataillons américains, tirés des 1st, 4th, 9th et 25th Infantry Divisions ; le 11th Armored Cavalry Regiment ; les 196th Infantry et 173rd Airborne Brigades. Junction City fait suite à Cedar Falls, mais avait été planifiée avant, dès la fin 1966. A la dernière minute, le MACV obtient des renseignements faisant état de la présence d'un QG viêtcong dans la zone du Triangle de Fer, qui sera donc visé par Cedar Falls. DePuy, le commandant de la 1st Infantry Division, s'oppose à Seaman, le chef de la IInd Field Force qui a obtenu le report, mais ce dernier est soutenu par Westmoreland. Junction City est encore retardée d'un mois pour résoudre les problèmes opérationnels qui se sont présentés durant Cedar Falls.

L'objectif de Junction City est de détruire là jusque là très évasive 9ème division viêtcong, commandée par le général nord-viêtnamien Hoang Cam, qui commandait déjà un régiment à Dien Bien Phu. La 9ème division opère dans la War Zone C, un sanctuaire viêtcong au nord-ouest de Saïgon, une zone plate et marécageuse près de la frontière cambodgienne, entrecoupée de rizières et de jungle. La montagne Nui Ba Den, qui culmine à plus de 1 000 mètres, domine le terrain ; découpée de grottes, les Américains suspectent qu'elle abrite par ailleurs le QG de l'Office Central pour le Sud-Viêtnam, autrement dit celui du Viêtcong au Sud.

La 3rd Brigade de la 4th Infantry Division et la 196th Infantry Brigade doivent prendre des positions de blocage à l'ouest. La 1st Infantry Division est à l'ouest. La 173rd Airborne Brigade et la 1st Brigade, 1st Infantry Division bloquent au nord. Le 11th Armored Cavalry Regiment à droite et la 2nd Brigade, 25th Infantry Division à gauche balaieront ensuite du sud vers le nord ce gigantesque fer à cheval inversé.

L'opération Junction City commence le 22 février 1967 par le largage du 2nd Battalion, 503th Infantry de la 173rd Airborne Brigade, le seul lâcher massif de parachutistes de toute la guerre, près de la frontière cambodgienne. Puis 249 hélicoptères déposent 8 bataillons d'infanterie sur les positions de blocage au nord, dans une des plus grandes opérations aéromobiles du conflit. Le jour suivant, les forces au sud commencent à remonter vers le nord dans la poche. Le 28 février, la 173rd Airborne Brigade découvre le bureau d'information clandestin du Viêtcong, avec un laboratoire photo souterrain. Le même jour, à l'est, la 1st Infantry Division engage un bataillon nord-viêtnamien. Le 10 mars, le 272ème régiment viêtcong attaque un bataillon de sapeurs qui construit un camp pour les Special Forces à Prek Klok, qui sont repoussés par les unités de soutien, notamment une d'artillerie qui tire au canon débouché à zéro.

Le 18 mars, la phase II de Junction City démarre pour nettoyer la zone est de la War Zone C. La 173rd Airborne Brigade est remplacée par la 1st Brigade, 9th Infantry Division. Durant les deux semaines suivantes, trois engagements majeurs vont se succéder très rapidement. Pendant la nuit du 19 mars, une Troop de cavalerie mécanisée de la 9th ID manque d'être submergée par le 273ème régiment viêtcong : les GI's restent enfermés dans leurs M113 pendant que l'artillerie tire des obus Beehive à fléchettes sur leur position contre les assaillants. A l'aube du 21 mars, sous le commandement du général Hoang Cam, le 273ème régiment de la 9ème division et le 16ème régiment nord-viêtnamien attaquent  un bataillon du 22nd Infantry, 4th ID, qui protège une unité d'artillerie à la Firebase Gold, près de Suoi Tre. Il faut deux autres bataillons américains pour déloger les assaillants et le général Hoang Cam reconnaît dans ses mémoires avoir subi de lourdes pertes. Enfin, près de la LZ George, le 1st Battalion, 26th Infantry, commandé par Alexander Haig, est assailli par le 271ème régiment viêtcong et par un bataillon du 16ème régiment nord-viêtnamien. Ceux-ci sont repoussés par l'artillerie, par les gunships et l'aviation.

Une phase III rajoutée démarre le 15 avril, avec une brigade "flottante", composée d'un bataillon de la 25th Infantry Division et d'un bataillon de l'ARVN, qui patrouillent dans la War Zone C. Les unités de la 9th Infantry Division remplacent la 196th Infantry Brigade près de la montagne Nui Ba Den. Les patrouilles ne rencontrent que peu de résistance. Sur le plan tactique, Junction City est un succès. Les Américains perdent 282 morts et 1 576 blessés, 3 chars, 4 hélicoptères, 5 canons et 21 véhicules blindés, mais revendiquent la mort de plus de 2 700 ennemis. Mais sur le plan stratégique, comme de nombreuses autres opérations search and destroy, c'est un échec : les 3 régiments de la 9ème division viêtcong, malmenés, n'en prennent pas moins part à l'offensive du Têt moins d'un an plus tard et occupent encore la War Zone C. Pire : Giap, rendu prudent par cette opération, déplace l'infrastructure du Viêtcong au Cambodge, où se trouve déjà des formations nord-viêtnamiennes. Les Américains sont contraints de continuer leur stratégie d'attrition, sans pouvoir toucher au coeur de la puissance adverse.


Pour en savoir plus :


David T. ZABECKI, "Iron Triangle", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.555-557.

I comme... Iron Triangle

Le Triangle de Fer est un sanctuaire viêtcong situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Saïgon. Il est délimité à l'est par la route nationale n°13 et la rivière Thi Thanh, et au sud-ouest par la rivière Saïgon. La zone de jungle épaisse baptisée le Trapèze, à l'ouest et au nord de Ben Cat, et la forêt de Thanh Dien sont au nord du Triangle. Le village de Ben Suc est au nord-ouest, le village de Ben Cat est au nord-est, et le village de Phu Cong est au sud-est : ils forment les pointes du triangle. Ben Suc est un temps le QG de la région militaire 4 du Viêtcong, responsable de Saïgon et de ses alentours.

L'opération Cedar Falls, en janvier 1967, est lancée pour éliminer le Triangle de Fer. Les habitants sont évacués, les villages rasés, la terre est retournée par des bulldozers et les tunnels sont détruits. Le Triangle de Fer devient une zone dévastée constamment pilonnée par l'artillerie et l'aviation américaines. Cela n'empêche pas les communistes de réinvestir le secteur.



Pour en savoir plus :


John F. VOTAW, "Iron Triangle", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.539.

jeudi 26 septembre 2013

C comme... Cao Van Vien

Cao Van Vien est un général de l'ARVN, l'armée sud-viêtnamienne, et son chef d'état-major de 1965 à 1975. Né en 1921 à Vientane, au Laos, Cao Van Vien est le fils d'un marchand viêtnamien. Vien s'engage dans l'armée française et il est lieutenant en 1949. Après avoir servi comme officier d'état-major, il est envoyé au feu dans le Nord-Viêtnam. En 1953, il commande un bataillon dans le delta de la Rivière Rouge, près de Hanoï. Son ascension lui vaut une réputation de courage et de compétence. Il continue d'ailleurs sa formation en parallèle de sa carrière militaire puisqu'il obtient une licence de lettres à l'université de Saïgon en 1966. En 1956-1957, il a suivi un stage à l'US Army Command and Staff College de Fort Leavenworth.

En 1957, revenu des Etats-Unis, il devient le chef d'état-major de Ngo Dinh Diem, le président sud-viêtnamien. Vien a beaucoup de respect pour Diem et son frère Nhu. En novembre 1960, après une tentative de coup d'Etat manquée de la brigade aéroportée qui voit son colonel fuir au Cambodge, Diem propose le poste à Vien. Vien, qui n'a jamais sauté, suit en urgence une formation de parachutiste -à 39 ans !- pour combattre avec ses hommes. En novembre 1963, il refuse de prendre part au coup d'Etat contre Diem et il est brièvement emprisonné. Libéré, il reprend la tête de la brigade aéroportée avec laquelle il est blessé au combat en 1964, ce qui lui vaut une Silver Star.

A l'automne 1965, il devient chef d'état-major de l'armée sud-viêtnamienne et commande aussi la zone tactique du IIIème corps, autour de Saïgon. Il est à la fois chef de l'état-major et ministre de la Défense. Très proche de Thieu -leurs familles vivent dans les mêmes maisons-, Vien n'a cependant qu'une faible marge de manoeuvre, car le président-général surveille de près les militaires. Son rôle diminue avec l'intervention américaine et il cherche plusieurs fois à démissionner, notamment en 1970, pour reprendre un commandement de terrain, en vain. Pendant l'offensive du Têt, il mène lui-même son état-major, avec nombre d'officiers, pour faire le coup de feu contre les assaillants. Il déclare ensuite que les Américains ont manqué l'occasion de remporter la guerre après le Têt en ne menant pas d'offensive à grande échelle. Il déplore aussi de ne pas être consulté sur la viêtnamisation, qu'il estime mal adaptée à l'armée sud-viêtnamienne, qui n'y est pas préparée.

Il se fait l'avocat enthousiaste de l'incursion au Laos de février 1971, l'opération Lam Son 719, car dès 1965, il a plaidé pour fortifier le secteur au sud de la zone démilitarisée et pou occuper le Laos et barrer ainsi la piste Hô Chi Minh, tout en débarquant au Nord-Viêtnam, à Vinh, pour compléter le barrage. Vien reste au Sud-Viêtnam jusqu'au 28 avril 1975, où, constatant que l'offensive communiste va tout emporter, il se réfugie aux Etats-Unis avec sa famille. Pour lui, l'armée sud-viêtnamienne n'a pas démérité lors de cette campagne finale. Aux Etats-Unis, Vien publie deux documents pour l'US Army Center of Military History. Devenu simple citoyen, il meurt en Virginie en 2008.


Pour en savoir plus :


HO DIEU ANH AND SPENCER C. TUCKER, "Cao Van Vien", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.170-171.

dimanche 15 septembre 2013

Le Vietnamese Marine Corps (1956-1968)

A leur départ, en 1954, les Français laissent en Indochine l'armée viêtnamienne qu'ils avaient commencé à former, notamment les forces fluviales et les commandos qui ont opéré avec eux. Ces unités avaient notamment contribué aux fameuses Dinassaut (Divisions Navales d'Assaut). Les commandos sont regroupés en deux bataillons à Nha Trang, une fois la partition du Viêtnam effectuée. Le 1er octobre 1954, ils sont désignés pour être l'infanterie de marine de la Vietnamese Navy. Le corps devient le Vietnamese Marine Corps le 1er avril 1956, avec un Marine Group fort de deux bataillons. En 1961, les Marines sud-viêtnamiens font partie de la réserve générale de l'ARVN. De plus en plus employés, l'effectif des Marines est porté à une brigade de 5 000 hommes en 1962. Le rôle politique du Vietnamese Marine Corps (VNMC) s'accroît au fur et à mesure de la participation aux coups d'Etats de 1960, 1963 et 1964.

La formation et l'entraînement des Marines ne sont pas tributaires de l'armée de terre. Les officiers et les hommes sont notamment formés aux côtés de leurs homologues américains à Quantico, en Virginie. Sur les 565 000 hommes de l'armée sud-viêtnamienne en 1965, seuls 6 500 font partie des Marines. Le total est porté à 15 000 en 1973. En 1965, la Marine Brigade comprend un QG de corps, 2 QG de Task Force (A et B), 5 bataillons d'infanterie, 1 bataillon d'artillerie, des unités du génie, de transport terrestre, de police médicale, sanitaire et de reconnaissance. Le QG est à Saïgon avec d'autres installations Song Than, Thu Duc et Vung Tau. La brigade est commandée par un colonel qui chapeaute aussi le corps des Marines. A ce moment-là ceux-ci sont séparés de la marine et sont à la disposition du haut-commandement de l'armée. Une équipe de 28 conseillers américains des Marines encadrent le corps et des conseillers sont présents au niveau du bataillon.

En 1966, les Marines créent un autre bataillon et forment d'autres unités pour améliorer la combinaison des armes intrinsèque. L'effectif passe à une division de deux brigades en 1968. En 1970, il y aura trois brigades, 9 bataillons d'infanterie et 3 d'artillerie. En 1975, au moment de l'offensive finale du Nord, une quatrième brigade sera créée avec 3 bataillons d'infanterie supplémentaires. Avant l'intervention directe des Américains en 1965, les Marines opèrent par bataillon dans les zones tactiques des IIIème et IVème corps, autour de Saïgon et dans le delta du Mékong. Ce n'est qu'à partir de 1965 qu'ils sont déplacés dans les zones tactiques du Ier et du IIème corps, où les combats gagnent en intensité. Les Marines opèrent désormais avec plusieurs bataillons en coordination. Ils combattent par exemple dans la province côtière de Binh Dinh en avril 1965. Entre 1966 et 1968, les Marines sont surtout dans la zone tactique du Ier corps, aux côtés de leurs camarades américains. Ils sont en première ligne pendant 75% du temps, ce qui confirme leur statut de troupes d'élite : d'ailleurs ils jouent un grand rôle dans l'offensive du Têt à Saïgon ou Hué.


Pour en savoir plus :


Charles D. MELSON et Paul HANNON, Vietnam Marines 1965-73, Elite 43, Osprey, 1992.

lundi 9 septembre 2013

Les blindés de l'ARVN (1955-1963)

La branche blindée de l'armée sud-viêtnamienne, pendant la guerre du Viêtnam est issue d'une création des Français, en 1950. Une petite unité d'automitrailleuses est formée et une section d'entraînement sur les blindés est instaurée à l'école militaire de Dalat, avec une compagnie de reconnaissance sur automitrailleuses M-8, servie par des officiers français et des soldats viêtnamiens. En 1952, l'école des blindés est installée à Thu Duc, près de Saïgon, pour entraîner les futurs officiers. L'entraînement se déroule sur les vieilles Panhard. Un entraînement complémentaire est délivré à l'école des blindés de Saumur. Le 3ème régiment blindé viêtnamien est opérationnel en 1953. Il dispose d'une compagnie d'état-major et de trois compagnies de reconnaissance avec des M-8, des halftracks M3, des scout-cars M3 et des transports de troupe M8 Howitzer. 4 squadrons indépendants de reconnaissance blindée sont également constitués, avec des automitrailleuses M-8 et des scout-cars M3. Les blindés viêtnamiens sont surtout employés pour assurer la sécurité des routes et en appui de la lutte anti-guérilla.

1952, Thu Duc : des tankistes viêtnamiens à l'entraînement sur automitrailleuse Panhard.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/Panhard_armored_car_in_Vietnam.jpg


Fin 1955, après la partition du Viêtnam, la composante blindée de la nouvelle ARVN est accrue : un régiment blindé est formé dans chacune des quatre régions militaires. Un commandement de l'arme blindée voit le jour le 1 avril 1955. L'équipement laissé par les Français comprend notamment les M-8 et environ 75 chars M-24 Chaffee. Avec l'arrivée des premiers conseillers américains début 1956, les unités blindées sont réorganisées selon le modèle des Armored Cavalry Regiments, avec deux squadrons de reconnaissance sur M-8, half-tracks et scout-cars et un sur M-24. La désignation française des unités est conservée : celle-ci correspond plus à la puissance de feu qu'à l'effectif, contrairement au modèle américain. Un régiment relève donc plus du bataillon ou du squadron.

De 1957 à 1962, les unités blindées de l'ARVN sont dispersées pour assurer la protection des routes et ne jouent pas un rôle important. Seuls les équipages de M-24 sont entraînés pour repousser une invasion conventionnelle du Nord-Viêtnam par la zone démilitarisée. Fin 1961, la situation commence à se dégrader au Sud-Viêtnam et les Etats-Unis augmentent leur aide matérielle. L'arrivée de M-113 permet de former deux compagnies mécanisées. 32 véhicules arrivent en avril 1962 et sont octroyées au 7th et 21th Infantry Divisions. Chaque compagnie comprend trois sections de fusiliers avec 3 M-113 par section ; une compagnie de soutien avec 4 M-113, 3 mortiers de 60 mm et 3 bazookas de 3,5 pouces ; et une section de commandement avec 2 M-113. Chaque M-113 est armé d'une mitrailleuse cal.50 et pas moins de 18 BAR sont distribués à chaque compagnie.

Un M-113 de l'ARVN fait feu pendant un exercice avec sa mitrailleuse cal.50. Celle-ci n'a pas encore de bouclier de protection. On distingue une mitrailleuse cal.30 derrière la cal.50.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cf/M113.jpg


Les premiers engagements au feu montrent un manque d'expérience, mais la situation ne tarde pas à s'améliorer. Entre juin et septembre 1962, les deux compagnies tuent plus de 500 adversaires et en capturent près de 200 au prix de 4 tués et 9 blessés. En septembre, dans la plaine des Joncs, la compagnie de la 7th Infantry Division ne fait pas démonter ses fantassins embarqués mais les fait tirer depuis les véhicules, une tactique qui sera reprise par les Américains. Pour renforcer les deux compagnies, des véhicules de reconnaissance M-114 sont livrés ainsi que d'autres M-113. Tous les véhicules blindés sont finalement soumis à l'autorité de la branche de l'ARVN et les deux compagnies sont renommées 4th et 5th Mechanized Rifle Squadrons du 2nd ACR, dans la zone tactique du IVème Corps, c'est à dire le delta du Mékong.


Des M-24 Chaffee et des M-113 à Saïgon pendant le coup d'Etat contre Diêm, le 1er novembre 1963.-Source : http://farm9.static.flickr.com/8005/7104347623_34f1343dd9.jpg


Les ACR sont réorganisés fin 1962 : on leur ajoute un squadron de reconnaisance blindée et deux autres d'infanterie mécanisée. Les M-113 arrivent progressivement et les squadrons deviennent opérationnels au fur et à mesure de la formation à l'école des blindés. En mai 1963, la nouvelle organisation est en place : seul le 2nd ACR n'a pas son squadron de M-24 mais un escadron de M-113 supplémentaire. Le M-114, qui ne donne pas satisfaction, est finalement délaissé au profit du M-113 en novembre 1964. Les half-tracks et scout-cars sont relégués en deuxième ligne. Les M-113 reçoivent un bouclier de protection pour leur mitrailleuse de cal.50, d'abord fabriqué de manière artisanale, puis adopté de manière standard. Des mitrailleuses cal.30 supplémentaires sont embarquées ; parfois l'une remplace celle de cal.50. Pourtant, l'ARVN reste handicapée par des problèmes structurels. Lors de la bataille d'Ap Bac, en janvier 1963, deux compagnies renforcées du Viêtcong tiennent contre des forces sud-viêtnamiennes très supérieures en nombre, appuyées par l'aviation, les hélicoptères et les M-113. Ceux-ci n'opèrent pas de manière agressive et plusieurs sont détruits par une résistance bien organisée. 14 mitrailleurs sont tués, d'où l'installation de boucliers de protection. En outre, les unités blindés prennent part aux aléas politiques qui secouent le Sud-Viêtnam. Le 1er novembre 1963, le 1st ACR et les blindés de l'école de Thu Duc sont du coup d'Etat qui renverse Diêm. Les chars deviennent des armes politiques de poids, une situation qui se maintient jusqu'au tournant des années 70.


Pour en savoir plus : 


Albert GRANDOLINI, Armor at the Vietnam War (2) Asian forces, Armor at War 7017, Concord Publications, 1998.

samedi 24 août 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (1)

Un billet aujourd'hui pour aborder l'un des problèmes qui se posent aux auteurs de livres d'histoire militaire : celui des cartes. Je suis toujours attentif dans mes recensions d'ouvrages à relever le nombre suffisant ou non de cartes et leur placement judicieux dans l'ouvrage. Pour mon premier livre, je m'étais dit que je me ferai un point d'honneur à en mettre beaucoup, afin de ne pas critiquer en vain les autres -charité bien ordonnée commence par soi-même...

C'est ainsi que j'avais proposé, initialement, 15 à 20 cartes (!) pour L'offensive du Têt. Malheureusement, les contraintes éditoriales ont fait que seules 5 ont été retenues, ce qui est à mon avis bien insuffisant pour visualiser l'ensemble des opérations... je me propose donc de disposer aussi, au fur et à mesure, les cartes utiles à la lecture, de façon à ce que le public puisse s'y reporter si besoin.

Les 5 cartes qui sont déjà présentes sont les suivantes (table des cartes p.11) : 

- Les zones tactiques au Sud-Viêtnam (p.36).
- La partie nord de la zone tactique du Ier corps (p.108).
- Carte générale de l'offensive du Têt (p.122).
- L'assaut sur Saïgon (p.130).
- La bataille de Hué (p.154).

La première carte hors-ouvrage que j'inclus ici est une adaptation de celle d'un ouvrage qui montre la présence militaire américaine dans les différentes provinces du Sud-Viêtnam pendant le conflit (faible, moyenne et forte). On distingue immédiatement les principaux champs de bataille du conflit : la partie nord, la zone tactique du Ier corps, près de la zone démilitarisée (où se trouvent Khe Sanh et Hué, par exemple) ; la partie nord-ouest de la zone tactique du IIème corps, les Hauts-Plateaux, avec notamment la province de Pleiku, où l'armée nord-viêtnamienne est présente en force dès 1965 (bataille de Ia Drang), et la province de Binh Dinh, côtière, une place forte du Viêtcong ; enfin, les environs de la capitale, Saïgon (zone tactique du IIIème corps) et en particulier les provinces de Tay Ninh et de Hau Nghia). Ces trois secteurs ont concentré la plupart des affrontements d'envergure de la guerre du Viêtnam.