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mercredi 9 octobre 2013

S comme... Search and Destroy

La tactique d'attrition employée au Sud-Viêtnam entre 1965 et 1968. Elle est conçue par le commandant en chef du MACV, Westmoreland, et son G-3, le général DePuy. Cette tactique n'est pas issue de réflexions de comités militaires, de think-tanks ou du US Army Command and General Staff College. Elle est fonction des capacités militaires du moment. C'est une approche empirique issue des discussions entre Westmoreland et DePuy, qui aurait donné son nom à la tactique en question.

Bien que Westmoreland niera par la suite que le search and destroy soit une procédure tactique, il n'en reste pas moins que c'est celle mise en oeuvre par la majorité des unités américaines au Viêtnam. Elle suppose que la supériorité de puissance de feu et technologique des Américains leur permet d'écraser l'adversaire si jamais il est engagé au contact. C'est une tactique agressive où les troupes américaines, véhiculées par hélicoptère, recherchent l'engagement pour détruire l'ennemi, et éventuellement ses camps de base. Elle vise à tuer des hommes plutôt qu'à conquérir du terrain : les soldats sont débarqués, engagent l'ennemi et repartent de là où ils sont venus jusqu'à la prochaine opération.

Tous les militaires américains ne sont pas forcément d'accord avec cette approche, en particulier le commandant de l'USAF et celui des Marines. Le général Gavin suggère de limiter l'intervention américaine à des enclaves, qui seront sécurisées, laissant le gros des combats à l'ARVN. Edward Lansdale préconise d'insister sur la pacification et la contre-insurrection dans les campagnes plutôt que sur l'engagement de bataillons de combat. Mais Westmoreland ne veut pas d'une stratégie défensive et rejette les enclaves. On le voit dès le mois de juin 1965 lorsque la 173rd Airborne Brigade, première unité de l'US Army déployée sur place, dans la province de Phuoc Long, au nord de Saïgon, est appelée en renfort pour soutenir l'ARVN à Dong Xoai. Le 26 juin, le Pentagone autorise Westmoreland à mener des opérations de combat. Deux jours plus tard, 3 000 hommes de la 173rd Airborne Brigade se lancent dans la War Zone D.

Westmoreland emploie en fait l'outil à sa disposition, conçu pour combattre les Soviétiques en Europe centrale et orientale, via la trouée de Fulda ou le corridor de Hof. Les planificateurs qui se chargent du transfert des unités au Sud-Viêtnam pensent qu'elles viendront facilement à bout d'unités irrégulières de guérilla. Westmoreland, influencé par son expérience de la Seconde Guerre mondiale et de la Corée, a cru pouvoir infliger aux communistes suffisamment de pertes pour les faire plier, tout en limitant les pertes américaines. Mais, en réalité, le Nord-Viêtnam peut produire 200 000 nouvelles recrues chaque année. Les Américains n'ont jamais été capables d'éliminer autant de soldats ennemis en une seule année. En outre, les communistes ont l'initiative et choisissent fréquemment le lieu du combat, s'évadant facilement au moment opportun. Après l'offensive du Têt, le terme search and destroy est remplacé par celui de "reconnaissance in force". Mais la tactique, elle, reste la même, quoiqu'en dise les détracteurs de Westmoreland.



Pour en savoir plus :


Cecil B. CURREY, "Search and Destroy", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1030-1031.

lundi 7 octobre 2013

Q comme... Quang Tri (bataille de)

L'une des trois pinces de l'offensive nord-viêtnamienne de Pâques 1972. L'assaut sur Quang Tri est préparé par les tirs de canons de 130 et 152 mm placés juste au nord de la zone démilitarisée. Le 30 mars 1972, l'armée nord-viêtnamienne monte à l'assaut avec plus de 200 blindés, essentiellement des chars T-54 et PT-76, à travers la zone démilitarisée et via l'ouest, par Khe Sanh. 4 divisions déferlent dans la province de Quang Tri.

La 3rd Infantry Division de l'ARVN, nouvellement formée, qui couvre la province, est mise en déroute par l'attaque et beaucoup d'hommes se débandent. En outre, des frictions ont lieu entre les fantassins de l'ARVN et les Marines sud-viêtnamiens qui opèrent dans le secteur. La défense de la province de Quang Tri est fragile dès le départ. En outre, les deux premières semaines de l'offensive voient un temps bouché qui empêchent le soutien aérien rapproché américain. Par contre, à la mi-avril, les B-52 interviennent en force.

Mais les Nord-Viêtnamiens traversent en force la rivière Cam Lo-Cua Viêt et attaquent Quang Tri City de trois côtés, tandis qu'une puissante artillerie matraque l'ARVN au sud de la ville. Le 27 avril, la météo se dégrade et la division nord-viêtnamienne 304 repart à l'attaque. Des milliers de réfugiés sud-viêtnamiens fuient sur la route n°1, vers Hué. L'artillerie nord-viêtnamienne pilonne la ville et la route. Les morts sont si nombreux que les Sud-Viêtnamiens baptisent une portion de la route "la route des horreurs". Les Nord-Viêtnamiens s'emparent de Dong Ha le 28 avril et, finalement, de Quang Tri City le 1er mai 1972, et du reste de la province deux jours plus tard.

L'offensive nord-viêtnamienne se trouve ensuite dans l'impasse. A la fin de l'été, appuyé par les B-52 et avec un commandement supérieur renouvelé, les Sud-Viêtnamiens partent à la contre-offensive. Il faut des semaines de combats de rues pour reprendre Quang Tri City, le 15 septembre. Le lendemain, le drapeau sud-viêtnamien est hissé sur la Citadelle. La ville a été ravagée par les combats. L'ARVN a perdu près de 1 000 tués et plus de 4 000 blessés, et estime avoir tué plus de 8 000 Nord-Viêtnamiens. La bataille de Quang Tri et les succès remportés à Kontum et An Loc brisent l'offensive de Pâques de Hanoï. Les Nord-Viêtnamiens ont perdu en tout plus de 10 000 tués dans la province de Quang Tri, l'ARVN y laissant 2 000 morts et 9 000 blessés.


Pour en savoir plus :



James H. WILLBANKS, "Quang Tri City", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.952-953.

lundi 30 septembre 2013

K comme... Kit Carson Scouts

Les Kit Carson Scouts sont d'anciens communistes, cadres politiques ou militaires souvent, qui ont fait défection, et qui acceptent de participer au combat à côté de soldats américains, australiens ou thaïlandais, souvent comme éclaireurs mais aussi parfois comme soldats, interprètes ou agents de renseignement. Les Américains procèdent ainsi à partir de mai 1966, lorsqu'un groupe du Viêtcong fait défection dans le secteur du 9th Marines. Les communistes répandent alors une rumeur selon laquelle Ngo Van Bay, un des défecteurs, a été horriblement torturé avant d'être exécuté. Le commandant du régiment envoie Bay et deux de ses camarades dans les villages pour rassurer les paysans. L'effet est tel que les Américains décident d'employer les défecteurs viêtcong du programme sud-viêtnamien Chieu Hoi ("Bras Ouverts") pour aider leurs opérations militaires ou de pacification. Bientôt, toutes les unités de Marines ou presque dans la zone tactique du Ier corps utilisent des Viêtcongs retournés.

Le programme des Kit Carson Scouts naît officiellement en octobre 1966 : le nom aurait été proposé par le général Nickerson, commandant la 1st Marine Division, qui a des ascendances indiennes et qui se trouve être un "mordu" de l'histoire de la conquête de l'ouest américain. Le nom Kit Carson rappelle cet aventurier américain du XIXème siècle, à la fois homme de la frontière, agent indien et soldat américain. D'octobre à décembre 1966, la IIIrd Marine Amphibious Force crédite ses unités Kit Carson Scouts de la mort de 47 Viêtcongs, de la prise de 16 armes et de la découverte de 18 mines ou tunnels. Westmoreland encourage bientôt l'initiative pour toutes les forces américaines au Viêtnam. A la mi-1968, ce sont plus de 700 Viêtcongs retournés qui servent avec les troupes sur le terrain. Beaucoup d'entre eux opèrent avec les patrouilles longue distance des Special Forces, ou conduisent les Américains vers les caches, tunnels ou dépôts viêtcong ou nrod-viêtnamiens. Les Kit Carson Scouts sont également utiles pour le programme de pacification car ils sont plus écoutés des paysans que les agents du gouvernement sud-viêtnamien... après le retrait américain, la plupart demande à rester auprès des unités de l'ARVN. Après la chute du Sud en 1975, beaucoup, capturés, sont exécutés ou emprisonnés par les vainqueurs. 


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Kit Carson Scouts", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.596.

samedi 28 septembre 2013

H comme... Hamburger Hill

L'un des plus sanglants combats de la guerre du Viêtnam. La bataille de la montagne Dong Ap Bia, connue sous le nom de Hamburger Hill, a lieu entre le 11 et le 20 mai 1969, pendant l'opération Apache Snow (10 mai-7 juin 1969). Les Américains se heurtent à des réguliers nord-viêtnamiens particulièrement bien retranchés et qui, contrairement à leur habitude, vont tenir sur place face à de multiples assauts frontaux américains. C'est pourquoi la bataille prend un tour particulièrement sanglant et que la montagne reçoit le surnom de "Hamburger Hill". Se déroulant au moment où les premiers retraits de troupes américains sont annoncés au public américain, la bataille suscite la controverse et le débat sur les tactiques et les objectifs de l'armée au Viêtnam.

La montagne Dong Ap Bia se situe dans la vallée de A Shau, à l'ouest de la zone tactique du Ier corps, au sud-ouest de Hué, près de la frontière laotienne. Contrairement à plupart des éminences à l'ouest de la vallée, qui forment une chaîne, Ap Bia se dresse seule, à plus de 1 000 mètres d'altitude, découpée par des ravins, recouverte par une canopée double ou triple de jungle. Elle est composée de plusieurs collines, la 937 au nord, la 916 au sud-ouest. L'opération Apache Snow vise à maintenir la pression sur la vallée d'A Shau, à la fois lieu de repos et terminus pour les infiltrations nord-viêtnamiennes sur la piste Hô Chi Minh. L'opération implique la 3rd Brigade de la 101st Airborne Division, le 9th Marines, et le 3rd Infantry Regiment de la 1st Infantry Division de l'ARVN.


Source : Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.



Le deuxième jour, la compagnie B du 3rd Battalion, 187th Infantry (les Rakassans), subissent des tirs de mitrailleuses et de RPG sur la colline 937. Il s'agit des 7ème et 8ème bataillons du 29ème régiment nord-viêtnamien, enterrés dans des bunkers sur la colline. Après une série d'assaut sur la colline, les Rakassans sont renforcés par deux autres bataillons de deux régiments de la 101st Airborne et par un bataillon du 3rd Infantry Regiment de l'ARVN. Le 18 mai, un assaut monté avec deux bataillons manquent d'emporter le sommet mais des pluies torrentielles contraignent les Américains à la retraite. Le 20 mai, après dix tentatives infructueuses, un dernier  effort chasse les Nord-Viêtnamiens de la montagne vers leurs sanctuaires au Laos.

L'objectif étant de tuer les soldats ennemis et de provoquer une rupture dans le flux à l'intérieur de la vallée, les Américains et les Sud-Viêtnamiens se retirent une fois le régiment nord-viêtnamien délogé. Comme de coutume ou presque, les Nord-Viêtnamiens réinvestissent bientôt les lieux. Les pertes sont de 56 Américains et 5 Sud-Viêtnamiens tués officiellement, mais Samuel Zaffiri, dans son ouvrage sur la bataille, donne 70 morts américains et 372 blessés, contre un total estimé de 640 morts ennemis. Les médias américains s'emparent de la bataille, vue comme le symbole d'un gaspillage de vies américaines pour des objectifs qui ne sont même pas conservés. Le débat prend une ampleur telle que le commandement américain, en plein retrait et alors qu'est enclenchée la viêtnamisation, doit limiter les opérations de combat.


Pour en savoir plus :



Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.

jeudi 26 septembre 2013

C comme... Cao Van Vien

Cao Van Vien est un général de l'ARVN, l'armée sud-viêtnamienne, et son chef d'état-major de 1965 à 1975. Né en 1921 à Vientane, au Laos, Cao Van Vien est le fils d'un marchand viêtnamien. Vien s'engage dans l'armée française et il est lieutenant en 1949. Après avoir servi comme officier d'état-major, il est envoyé au feu dans le Nord-Viêtnam. En 1953, il commande un bataillon dans le delta de la Rivière Rouge, près de Hanoï. Son ascension lui vaut une réputation de courage et de compétence. Il continue d'ailleurs sa formation en parallèle de sa carrière militaire puisqu'il obtient une licence de lettres à l'université de Saïgon en 1966. En 1956-1957, il a suivi un stage à l'US Army Command and Staff College de Fort Leavenworth.

En 1957, revenu des Etats-Unis, il devient le chef d'état-major de Ngo Dinh Diem, le président sud-viêtnamien. Vien a beaucoup de respect pour Diem et son frère Nhu. En novembre 1960, après une tentative de coup d'Etat manquée de la brigade aéroportée qui voit son colonel fuir au Cambodge, Diem propose le poste à Vien. Vien, qui n'a jamais sauté, suit en urgence une formation de parachutiste -à 39 ans !- pour combattre avec ses hommes. En novembre 1963, il refuse de prendre part au coup d'Etat contre Diem et il est brièvement emprisonné. Libéré, il reprend la tête de la brigade aéroportée avec laquelle il est blessé au combat en 1964, ce qui lui vaut une Silver Star.

A l'automne 1965, il devient chef d'état-major de l'armée sud-viêtnamienne et commande aussi la zone tactique du IIIème corps, autour de Saïgon. Il est à la fois chef de l'état-major et ministre de la Défense. Très proche de Thieu -leurs familles vivent dans les mêmes maisons-, Vien n'a cependant qu'une faible marge de manoeuvre, car le président-général surveille de près les militaires. Son rôle diminue avec l'intervention américaine et il cherche plusieurs fois à démissionner, notamment en 1970, pour reprendre un commandement de terrain, en vain. Pendant l'offensive du Têt, il mène lui-même son état-major, avec nombre d'officiers, pour faire le coup de feu contre les assaillants. Il déclare ensuite que les Américains ont manqué l'occasion de remporter la guerre après le Têt en ne menant pas d'offensive à grande échelle. Il déplore aussi de ne pas être consulté sur la viêtnamisation, qu'il estime mal adaptée à l'armée sud-viêtnamienne, qui n'y est pas préparée.

Il se fait l'avocat enthousiaste de l'incursion au Laos de février 1971, l'opération Lam Son 719, car dès 1965, il a plaidé pour fortifier le secteur au sud de la zone démilitarisée et pou occuper le Laos et barrer ainsi la piste Hô Chi Minh, tout en débarquant au Nord-Viêtnam, à Vinh, pour compléter le barrage. Vien reste au Sud-Viêtnam jusqu'au 28 avril 1975, où, constatant que l'offensive communiste va tout emporter, il se réfugie aux Etats-Unis avec sa famille. Pour lui, l'armée sud-viêtnamienne n'a pas démérité lors de cette campagne finale. Aux Etats-Unis, Vien publie deux documents pour l'US Army Center of Military History. Devenu simple citoyen, il meurt en Virginie en 2008.


Pour en savoir plus :


HO DIEU ANH AND SPENCER C. TUCKER, "Cao Van Vien", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.170-171.

dimanche 15 septembre 2013

Le Vietnamese Marine Corps (1956-1968)

A leur départ, en 1954, les Français laissent en Indochine l'armée viêtnamienne qu'ils avaient commencé à former, notamment les forces fluviales et les commandos qui ont opéré avec eux. Ces unités avaient notamment contribué aux fameuses Dinassaut (Divisions Navales d'Assaut). Les commandos sont regroupés en deux bataillons à Nha Trang, une fois la partition du Viêtnam effectuée. Le 1er octobre 1954, ils sont désignés pour être l'infanterie de marine de la Vietnamese Navy. Le corps devient le Vietnamese Marine Corps le 1er avril 1956, avec un Marine Group fort de deux bataillons. En 1961, les Marines sud-viêtnamiens font partie de la réserve générale de l'ARVN. De plus en plus employés, l'effectif des Marines est porté à une brigade de 5 000 hommes en 1962. Le rôle politique du Vietnamese Marine Corps (VNMC) s'accroît au fur et à mesure de la participation aux coups d'Etats de 1960, 1963 et 1964.

La formation et l'entraînement des Marines ne sont pas tributaires de l'armée de terre. Les officiers et les hommes sont notamment formés aux côtés de leurs homologues américains à Quantico, en Virginie. Sur les 565 000 hommes de l'armée sud-viêtnamienne en 1965, seuls 6 500 font partie des Marines. Le total est porté à 15 000 en 1973. En 1965, la Marine Brigade comprend un QG de corps, 2 QG de Task Force (A et B), 5 bataillons d'infanterie, 1 bataillon d'artillerie, des unités du génie, de transport terrestre, de police médicale, sanitaire et de reconnaissance. Le QG est à Saïgon avec d'autres installations Song Than, Thu Duc et Vung Tau. La brigade est commandée par un colonel qui chapeaute aussi le corps des Marines. A ce moment-là ceux-ci sont séparés de la marine et sont à la disposition du haut-commandement de l'armée. Une équipe de 28 conseillers américains des Marines encadrent le corps et des conseillers sont présents au niveau du bataillon.

En 1966, les Marines créent un autre bataillon et forment d'autres unités pour améliorer la combinaison des armes intrinsèque. L'effectif passe à une division de deux brigades en 1968. En 1970, il y aura trois brigades, 9 bataillons d'infanterie et 3 d'artillerie. En 1975, au moment de l'offensive finale du Nord, une quatrième brigade sera créée avec 3 bataillons d'infanterie supplémentaires. Avant l'intervention directe des Américains en 1965, les Marines opèrent par bataillon dans les zones tactiques des IIIème et IVème corps, autour de Saïgon et dans le delta du Mékong. Ce n'est qu'à partir de 1965 qu'ils sont déplacés dans les zones tactiques du Ier et du IIème corps, où les combats gagnent en intensité. Les Marines opèrent désormais avec plusieurs bataillons en coordination. Ils combattent par exemple dans la province côtière de Binh Dinh en avril 1965. Entre 1966 et 1968, les Marines sont surtout dans la zone tactique du Ier corps, aux côtés de leurs camarades américains. Ils sont en première ligne pendant 75% du temps, ce qui confirme leur statut de troupes d'élite : d'ailleurs ils jouent un grand rôle dans l'offensive du Têt à Saïgon ou Hué.


Pour en savoir plus :


Charles D. MELSON et Paul HANNON, Vietnam Marines 1965-73, Elite 43, Osprey, 1992.

vendredi 13 septembre 2013

Eric HAMMEL, Marines in Hue City. A Portrait of Urban Combat, Tet, 1968, Zenith Press, 2007, 168 p.

On ne présente plus Eric Hammel, journaliste de formation, devenu écrivain d'histoire militaire, et qui produit des récits des grandes campagnes américaines de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée ou de la guerre du Viêtnam, essentiellement. J'avais d'ailleurs fiché ici-même son ouvrage consacré à la reconquête de Hué vue par les Marines.

En 2007, Eric Hammel publie chez Zenith Press ce volume en forme d'album illustré sur les combats de Hué. Pour ainsi dire, c'est purement et simplement, comme il le dit lui-même dans la préface, le complément iconographique de Fire in the Streets.

Les 6 cartes de localisation sont placées en tête d'ouvrage. Le plan du livre est classique. Dans un premier chapitre, Eric Hammel revient sur l'expérience des Marines en termes de combat urbain -à partir de la Seconde Guerre mondiale toutefois, car il n'évoque pas les expériences précédentes. Il semble sous-estimer la dureté des combats à Séoul, en 1950, où il y eut de vrais combats de rues : c'est d'ailleurs l'expérience la plus récente avant Hué, probablement, et qui n'est pas transmise pendant longtemps -syndrôme classique du retour d'expérience sur le combat urbain. Le deuxième chapitre explique le plan nord-viêtnamien et la tâche dévolue aux régiments qui assaillent la ville. Dans le troisième chapitre, il dépeint l'assaut initial sur Hué. Des photographies aérienne avec les bâtiments ou points importants surlignés ou encadrés en jaune permettent de se repérer facilement. La double page de photographies viêtcong ou nord-viêtnamiennes (p.36-37), en revanche, est assez pauvre : les photos ne sont même pas légendées, et le commentaire est a minima.

Comme dans Fire in the Streets, Hammel s'attache surtout, en fait, à décrire la reconquête de la partie sud -moderne- de Hué par les Marines à partir du 31 janvier. Le premier jour est marqué par une grave sous-estimation de la menace ennemie. Une fois celle-ci prise véritablement au sérieux, les Marines vont d'abord consolider leurs têtes de pont au sud de Hué les 1er-2 février avant de passer au nettoyage des 6 pâtés de maisons importants entre les 3 et 6 février 1968. C'est le temps qu'il faut au 2/5 et au 1/1 Marines pour briser les reins du 4ème régiment nord-viêtnamien dans le secteur. Hammel propose un récit au jour le jour des combats, mais les photographies aériennes sont déjà moins nombreuses pour suivre correctement la progression américaine. Il passe ensuite à la description du nettoyage au sud, entre le 7 février et le 8 mars. Le 804ème bataillon nord-viêtnamien, en effet, n'a pas été engagé ou presque dans les premiers combats et continue à se battre même après la destruction du 4ème régiment. C'est pourquoi les accrochages continuent alors que le combat s'est déplacé dans la partie nord de Hué, dans et autour de la Citadelle.

Ce n'est donc qu'aux deux-tiers du livre qu'Hammel en vient aux affrontements dans le vieux Hué, autour de la Citadelle, qui sont au départ assumé complètement par l'armée sud-viêtnamienne, l'ARVN. Du 31 janvier au 9 février, les Sud-Viêtnamiens conservent également des têtes de pont (notamment le QG de la 1st Infantry Division) et acheminent des renforts (unités de cette division et bataillon aéroportés, dans un premier temps) pour repousser les Nord-Viêtnamiens. Entre les 10 et 12 février, ce sont finalement un bataillon de Marines américains (1/5th Marines) et plusieurs batailles de Marines sud-viêtnamiens réunis dans un Battle Group qui gagnent le nord de Hué. Jusqu'au 20 février, les Marines américains, qui ont déjà dû réapprendre le combat urbain dans la partie sud de la ville, se heurtent à un ennemi déterminé et bien retranché. La bataille est terrible. Enfin, le 24 février, ce sont les Sud-Viêtnamiens qui investissent le Palais Impérial et jettent à bas le drapeau viêtcong hissé le 31 janvier sur le mât de la Citadelle. La bataille est terminée le 2 mars 1968, mais les combats continuent encore autour de la ville pendant plusieurs semaines. Hué est réduite en ruines et ne sera pas entièrement reconstruire lors de la chute du Sud-Viêtnam en 1975. En outre, les communistes laissent derrière probablement plus de 2 000 personnes exécutées au début de leur mainmise sur la ville et juste avant leur défaite.

Au final, le propos laisse un peu la même impression que Fire in the Streets. Si Hammel décrit avec précision, à grand renfort de témoignages, la bataille menée par les Marines américains dans la ville de Hué (au nord et au sud), il peine à s'élever au-dessus de la simple description, sauf au regard du combat urbain, où il y a des lignes intéressantes. Surtout, à l'image de bon nombre d'auteurs américains mais désormais à rebours de l'historiographie récente de la guerre du Viêtnam, Eric Hammel ne cherche pas vraiment à s'intéresser à l'armée sud-viêtnamienne qui assume pourtant au moins la moitié des combats, au même titre que les Marines. En témoignent les photos où l'on voit rarement les hommes de l'ARVN, sauf pour les moments symboliques comme la descente du drapeau viêtcong le 24 février et la levée des couleurs du Sud-Viêtnam. Ne parlons pas de l'adversaire communiste qui ne bénéficie, lui, quasiment d'aucune attention. Un travail iconographiquement intéressant mais singulièrement limité, donc, en termes d'approche.

mardi 10 septembre 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (4)

On poursuit dans les cartes malheureusement absentes du livre avec la quatrième, qui montre l'attaque initiale des Nord-Viêtnamiens et du Viêtcong sur la ville de Hué, le 31 janvier 1968.



Le livre ne comporte que la carte montrant la reconquête de la ville au 15 février (p.154), au moment où la rive sud a déjà été nettoyée par les Américains, et alors que la bataille fait rage autour de la citadelle.

Sur cette carte, on distingue la rivière des Parfums (Song Huong) qui coupe en deux parties la ville de Hué. Au sud, la ville moderne, avec des bâtiments importants comme la cathédrale, l'université, la prison et le centre administratif provincial. Au nord l'imposante citadelle, où se tient le palais impérial, et des quartiers résidentiels. Le complexe des conseiller du MACV se situe dans la partie sud, tandis que le QG de la 1st Infantry Division de l'ARVN, qui cantonne à Hué, est au nord-est de la citadelle.

Au matin du 31 janvier, comme on peut le voir sur la carte, plusieurs régiments nord-viêtnamiens renforcés d'un bataillon de sapeurs viêtcong investissent Hué. Le 4ème régiment s'attaque à la partie sud, qui est complètement submergée à l'exception du complexe des conseillers américains, qui résiste. Les Nord-Viêtnamiens établissent aussi des barrages vers le sud pour prévenir l'arrivée des renforts. Le 6ème régiment nord-viêtnamien attaque au nord, sur la vieille ville, s'empare de la citadelle et du palais impérial, où est hissé sur le mât le drapeau rouge, bleu et à l'étoile jaune du Front National de Libération. Mais les Nord-Viêtnamiens ne peuvent venir à bout de la compagnie Hac Bao, les Panthères Noires, force de réaction rapide de la 1st Infantry Division, qui protège les abords de l'aérodrome de Tay Loc. Ni du QG de la 1st Infantry Division. Ces points de résistance vont devenir les bases de la contre-offensive américaine et sud-viêtnamienne : c'est donc là que réside l'échec principal des assaillants.

En dehors de la carte, le 5ème régiment nord-viêtnamien couvre les approches nord et ouest de Hué et forme l'anneau extérieur de la défense. C'est dans ce régiment que le bataillon de la 1st Cavalry Division parti de la base PK 17 (à 17 km au nord de Hué) pour désserrer l'étau vient buter, manquant d'être anéanti.

lundi 9 septembre 2013

Les blindés de l'ARVN (1955-1963)

La branche blindée de l'armée sud-viêtnamienne, pendant la guerre du Viêtnam est issue d'une création des Français, en 1950. Une petite unité d'automitrailleuses est formée et une section d'entraînement sur les blindés est instaurée à l'école militaire de Dalat, avec une compagnie de reconnaissance sur automitrailleuses M-8, servie par des officiers français et des soldats viêtnamiens. En 1952, l'école des blindés est installée à Thu Duc, près de Saïgon, pour entraîner les futurs officiers. L'entraînement se déroule sur les vieilles Panhard. Un entraînement complémentaire est délivré à l'école des blindés de Saumur. Le 3ème régiment blindé viêtnamien est opérationnel en 1953. Il dispose d'une compagnie d'état-major et de trois compagnies de reconnaissance avec des M-8, des halftracks M3, des scout-cars M3 et des transports de troupe M8 Howitzer. 4 squadrons indépendants de reconnaissance blindée sont également constitués, avec des automitrailleuses M-8 et des scout-cars M3. Les blindés viêtnamiens sont surtout employés pour assurer la sécurité des routes et en appui de la lutte anti-guérilla.

1952, Thu Duc : des tankistes viêtnamiens à l'entraînement sur automitrailleuse Panhard.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/Panhard_armored_car_in_Vietnam.jpg


Fin 1955, après la partition du Viêtnam, la composante blindée de la nouvelle ARVN est accrue : un régiment blindé est formé dans chacune des quatre régions militaires. Un commandement de l'arme blindée voit le jour le 1 avril 1955. L'équipement laissé par les Français comprend notamment les M-8 et environ 75 chars M-24 Chaffee. Avec l'arrivée des premiers conseillers américains début 1956, les unités blindées sont réorganisées selon le modèle des Armored Cavalry Regiments, avec deux squadrons de reconnaissance sur M-8, half-tracks et scout-cars et un sur M-24. La désignation française des unités est conservée : celle-ci correspond plus à la puissance de feu qu'à l'effectif, contrairement au modèle américain. Un régiment relève donc plus du bataillon ou du squadron.

De 1957 à 1962, les unités blindées de l'ARVN sont dispersées pour assurer la protection des routes et ne jouent pas un rôle important. Seuls les équipages de M-24 sont entraînés pour repousser une invasion conventionnelle du Nord-Viêtnam par la zone démilitarisée. Fin 1961, la situation commence à se dégrader au Sud-Viêtnam et les Etats-Unis augmentent leur aide matérielle. L'arrivée de M-113 permet de former deux compagnies mécanisées. 32 véhicules arrivent en avril 1962 et sont octroyées au 7th et 21th Infantry Divisions. Chaque compagnie comprend trois sections de fusiliers avec 3 M-113 par section ; une compagnie de soutien avec 4 M-113, 3 mortiers de 60 mm et 3 bazookas de 3,5 pouces ; et une section de commandement avec 2 M-113. Chaque M-113 est armé d'une mitrailleuse cal.50 et pas moins de 18 BAR sont distribués à chaque compagnie.

Un M-113 de l'ARVN fait feu pendant un exercice avec sa mitrailleuse cal.50. Celle-ci n'a pas encore de bouclier de protection. On distingue une mitrailleuse cal.30 derrière la cal.50.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cf/M113.jpg


Les premiers engagements au feu montrent un manque d'expérience, mais la situation ne tarde pas à s'améliorer. Entre juin et septembre 1962, les deux compagnies tuent plus de 500 adversaires et en capturent près de 200 au prix de 4 tués et 9 blessés. En septembre, dans la plaine des Joncs, la compagnie de la 7th Infantry Division ne fait pas démonter ses fantassins embarqués mais les fait tirer depuis les véhicules, une tactique qui sera reprise par les Américains. Pour renforcer les deux compagnies, des véhicules de reconnaissance M-114 sont livrés ainsi que d'autres M-113. Tous les véhicules blindés sont finalement soumis à l'autorité de la branche de l'ARVN et les deux compagnies sont renommées 4th et 5th Mechanized Rifle Squadrons du 2nd ACR, dans la zone tactique du IVème Corps, c'est à dire le delta du Mékong.


Des M-24 Chaffee et des M-113 à Saïgon pendant le coup d'Etat contre Diêm, le 1er novembre 1963.-Source : http://farm9.static.flickr.com/8005/7104347623_34f1343dd9.jpg


Les ACR sont réorganisés fin 1962 : on leur ajoute un squadron de reconnaisance blindée et deux autres d'infanterie mécanisée. Les M-113 arrivent progressivement et les squadrons deviennent opérationnels au fur et à mesure de la formation à l'école des blindés. En mai 1963, la nouvelle organisation est en place : seul le 2nd ACR n'a pas son squadron de M-24 mais un escadron de M-113 supplémentaire. Le M-114, qui ne donne pas satisfaction, est finalement délaissé au profit du M-113 en novembre 1964. Les half-tracks et scout-cars sont relégués en deuxième ligne. Les M-113 reçoivent un bouclier de protection pour leur mitrailleuse de cal.50, d'abord fabriqué de manière artisanale, puis adopté de manière standard. Des mitrailleuses cal.30 supplémentaires sont embarquées ; parfois l'une remplace celle de cal.50. Pourtant, l'ARVN reste handicapée par des problèmes structurels. Lors de la bataille d'Ap Bac, en janvier 1963, deux compagnies renforcées du Viêtcong tiennent contre des forces sud-viêtnamiennes très supérieures en nombre, appuyées par l'aviation, les hélicoptères et les M-113. Ceux-ci n'opèrent pas de manière agressive et plusieurs sont détruits par une résistance bien organisée. 14 mitrailleurs sont tués, d'où l'installation de boucliers de protection. En outre, les unités blindés prennent part aux aléas politiques qui secouent le Sud-Viêtnam. Le 1er novembre 1963, le 1st ACR et les blindés de l'école de Thu Duc sont du coup d'Etat qui renverse Diêm. Les chars deviennent des armes politiques de poids, une situation qui se maintient jusqu'au tournant des années 70.


Pour en savoir plus : 


Albert GRANDOLINI, Armor at the Vietnam War (2) Asian forces, Armor at War 7017, Concord Publications, 1998.

jeudi 29 août 2013

EXCLUSIVITE : Con Thien, Song Be et Loc Ninh (passage coupé du chapitre 4 : Un prélude sanglant : la "bataille des frontières"

Pour fêter la parution du livre aujourd'hui, je vous propose en exclusivité un passage coupé du livre, que j'ai dû retirer faute de place de façon à faire une synthèse plus efficace -comme je l'ai dit dans ma présentation du livre, faire en synthèse du Têt en moins de 200 pages relève presque de la gageure... ce morceau "coupé" faisait partie du chapitre 4 sur la "bataille des frontières", la phase de diversion de l'offensive du Têt. Cette phase de diversion vise à attirer les forces américaines hors des zones côtières et peuplées, à améliorer la coordination entre troupes nord-viêtnamiennes et Viêtcong, et à protéger la logistique de l'offensive qui passe par la route Hô Chi Minh. Elle commence dès le mois de septembre 1967 avec le siège de Con Thien, près de la zone démilitarisée, que j'évoque ici, se poursuit avec les coups de sonde sur Song Be et Loc Ninh, que j'évoque également ici, et se termine avec la bataille de Dak To et les manoeuvres autour du camp de Khe Sanh, que j'ai choisies de conserver dans le livre car elles étaient les plus emblématiques de ce moment de l'offensive du Têt. Bonne lecture !


Le siège de Con Thien (septembre 1967)



Con Thien (la « colline des anges » en viêtnamien) est un poste avancé des Marines situé à 16 km au nord-ouest de Dong Ha, au sommet de la colline 158, et qui domine la zone démilitarisée. C'est la base la plus à l'est d'une ligne de positions américaines courant à l'ouest depuis Khe Sanh et Camp Carroll, qui doit protéger les deux provinces les plus au nord du Sud-Viêtnam, Quang Tri et Thua Thien, contre les infiltrations nord-viêtnamiennes ou une invasion à plus grande échelle. Le secrétaire à la Défense McNamara, promoteur de l'idée, a donné son nom à cette « ligne » fortifiée garnie de mines et de senseurs censés arrêter le flot de Nord-Viêtnamiens progressant vers le Sud, et qui est loin d'être terminée en 1967.




Le 8 mai 1967, après un barrage de mortiers et de roquettes, Con Thien subit un assaut en règle de la part des Nord-Viêtnamiens qui emploient des lance-flammes pour attaquer les bunkers. Deux tracteurs amphibie sont détruits par des tirs de RPG ou des charges satchel avant que les assaillants ne soient repoussés. Dans la deuxième moitié du mois de mai, les Marines mènent une pénétration conséquente dans la partie sud de la zone démilitarisée (opération Hickory) afin, notamment, d'évacuer la population civile présente pour mieux établir la ligne McNamara. Le 2 juillet, la compagnie B du 1st Battalion, 9th Marines, tombe dans une embuscade sur la route 561 à proximité de la base : elle est quasiment anéantie par le 90ème régiment nord-viêtnamien et perd plus de 200 tués et blessés dans ce qui est l'un des plus grands désastres jamais subis par une compagnie de Marines au Sud-Viêtnam. Le 1st Battalion, 9th Marines, secoué, est renforcé par le 3rd Battalion, 9th Marines et le 1st Battalion, 3rd Marines. Le 5 juillet, un obus nord-viêtnamien de 152 mm pulvérise le poste de commandement du bataillon de 9th Marines. Le 6, Con Thien subit pendant deux jours un assaut terrestre mené par un régiment nord-viêtnamien qui monte à l'assaut en vagues humaines, subissant de terribles pertes, les bo doi (nom donné aux soldats de l'armée nord-viêtnamienne) continuant à progresser malgré des pertes terribles pour jeter des charges de TNT sur les bunkers américains. La base est aussi la cible de quelques 130 pièces d'artillerie nord-viêtnamiennes placées dans des positions bien camouflées au nord de la rivière Ben Hai, qui coupe en deux la zone démilitarisée. Les Marines répliquent par plusieurs opérations en juillet et en août, tuant dans l'oeuf des tentatives nord-viêtnamiennes d'emporter la base.

Source : http://www.usmcvta.org/wp-content/uploads/2010/08/ArcLite-ConThien.jpg


En septembre 1967, ce sont les éléments de toute une division nord-viêtnamienne qui renouvellent l'attaque, sans succès. Echouant à venir à bout de Con Thien par des assauts terrestres, les Nord-Viêtnamiens accroient alors le pilonnage d'artillerie. Celui-ci atteint son paroxysme pendant la semaine du 19 au 27 septembre, lorsque plus de 3 000 obus de canons, de mortiers ou roquettes frappent les installations américaines. Les Américains répondent par des tirs massifs d'artillerie (dont ceux de navires de guerre croisant au large de la côte sud-viêtnamienne) et par des frappes aériennes tout aussi conséquentes, dont 790 sorties de bombardiers B-52. Dans le même temps, le 10 septembre, le 810ème régiment nord-viêtnamien, qui a revêtu pour l'occasion des gilets pare-balles et des casques empruntés aux Marines, s'en prend au périmètre du 3rd Battlion, 26th Marines non loin de Con Thien. Il faut un soutien massif en artillerie et en aviation pour venir à bout de l'attaque, qui met hors de combat un char lance-flammes M67 des Marines au RPG. L'appui-feu américain inflige de lourdes pertes aux Nord-Viêtnamiens et dès le 4 octobre, le siège de Con Thien est considéré comme levé par le MACV.


Song Be et Loc Ninh : une répétition (octobre-novembre 1967)



Cependant, les Nord-Viêtnamiens n'en restent pas là et lancent de nouveaux assauts le long de la frontière avec le Cambodge. Le 27 octobre, un régiment nord-viêtnamien attaque le poste de commandement d'un bataillon de l'ARVN à Song Be, dans la province de Phuoc Long, dans la zone tactique du IIIème corps.

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Le général Pham Quoc Thuan, un proche du président Thieu, commande la 5th Infantry Division de l'ARVN qui protège Saïgon. Elle défend en particulier la ville contre les assauts en provenance du Cambodge. La route n°13, qui mène à Phnom Penh, traverse le secteur de la division sud-viêtnamienne. C'est contre elle que le général Hoang Van Tai, qui a remplacé le général Chi Thanh à la tête du commandement militaire de l'Office Central du Sud-Viêtnam, décide de porter un coup destiné à détourner l'attention de l'acheminement des renforts et des préparatifs divers en vue de l'offensive du Têt. Il s'agit aussi de fournir une expérience en termes d'offensive coordonnée entre plusieurs unités. Le choix se porte sur Loc Ninh, une capitale de district sur la route n°13 à 110 km au nord de Saïgon.

Initialement, le 271ème régiment viêtcong doit mener l'attaque mais il est bientôt engagé dans une embuscade contre un bataillon de la 1st Infantry Division stationnée non loin de là. C'est donc le 88ème régiment nord-viêtnamien qui ouvre le combat en attaquant un poste de commandement d'un des bataillons de la 5th Infantry Division le long de la Song Be, une rivière coulant non loin de Loc Ninh. Deux jours plus tard, la ville se trouve à son tour au coeur des combats. Comptant 10 000 habitants dont la plupart travaille encore dans les plantations de caoutchouc environnantes, Loc Ninh a été jusque là peu touchée par le conflit. Les Special Forces ont installé un camp de CIDG en décembre 1966, près de l'aérodrome de la ville, non loin du QG de l'ARVN qui dispose également de deux compagnies des Forces Régionales aux effectifs incomplets.

Source : http://m1.i.pbase.com/g5/38/800338/2/100755531.HAxNoUpb.jpg


Le 29 octobre, à 1h15, le camp des Special Forces est bombardé par l'artillerie, puis le 273ème régiment viêtcong emporte le quartier général du district. L'ARVN parvient à se maintenir dans une toute petite partie du bâtiment et fait tirer pas moins de 600 obus sur l'adversaire, puis certains sur ses propres positions, les combats étant très rapprochés. Les Special Forces envoient deux compagnies dans la ville en appui d'une autre de l'ARVN. Bientôt, le général Thuan arrive en hélicoptère avec des renforts de la 5th Infanry Division tandis que les Américains déploient des éléments d'une brigade de la 1st Infantry Division, dont une partie de son artillerie qui expédie 2 300 obus supplémentaires sur Loc Ninh. Le Viêtcong se retire dans l'après-midi. Mais deux jours plus tard, le 31 octobre, les 272ème et 273ème régiments viêtcong repartent à l'assaut, le 271ème régiment étant tenu en réserve. Cinq attaques se brisent contre la puissance de feu américaine et les cadavres de viêtcongs jonchent le sol. Les Américains trouvent sur les morts des copies chinoises de l'AK-47, le Type 56, flambant neuves. Puis, le 2 novembre, les 141ème et 165ème régiments nord-viêtnamiens montent eux aussi en ligne, sous le feu de 4 000 obus d'artillerie et de missions Arc Light menées par les B-52. Les Américains doivent engager deux bataillons de la 1st Infantry Division et l'ARVN fait appel à des éléments de la 18th Infantry Division pour repousser le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens, qui se replient finalement le 8 novembre.


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Cette attaque sur Loc Ninh est la première menée par l'Office Central du Sud-Viêtnam qui coordonne des éléments provenant de plusieurs divisions. Cet assaut a en fait été l'occasion pour les unités du Viêtcong et nord-viêtnamiennes de peaufiner leurs tactiques en combat urbain et de tester la réaction de l'ARVN et son utilisation de la puissance de feu au coeur d'une ville ravagée par les combats.