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mercredi 23 octobre 2013

X comme... Xa Loi (raid sur la pagode de)

L'assaut sur cette pagode de Saïgon, le 21 août 1963, a servi de catalyseur à la contestation contre le régime de Diêm, particulièrement chez les bouddhistes, au Sud-Viêtnam, mais aussi aux Etats-Unis. Les tensions s'exacerbent après que Diêm aient interdit aux leaders bouddhistes d'arborer leurs drapeaux à l'occasion des cérémonies d'anniversaire de la naissance du Bouddha. Catholique, Diêm ne s'est pourtant pas opposé au déploiement des drapeaux blancs et dorés des catholiques en l'honneur de son frère aîné Ngo Dinh Thuc, archevêque de Hué.

Le 7 mai 1963, les bouddhistes, qui par dérision arborent les drapeaux des catholiques, affrontent les forces de sécurité à Hué, et il y a plusieurs victimes. Chaque camp s'accuse d'avoir provoqué l'autre, et ne veut pas céder du terrain. Diêm craint pour son régime. Le 11 juin, un moine bouddhiste s'immole en plein milieu de Saïgon. Diêm et son frère Nhu, qui dirige la police secrète, font alors surveiller étroitement les bouddhistes.

La pagode Xa Loi est utilisée comme point de rassemblement pou des manifestations devenues quasiment quotidiennes dans la capitale. Le 21 août, les forces spéciales de Nhu font irruption dans la pagode ainsi que dans d'autres à Saïgon, prétextant d'une tentative de coup d'Etat. Les hommes de Nhu, qui portent l'uniforme militaire, mettent à sac la pagode, la pillent, et arrêtent près de 400 moines ou nonnes bouddhistes, dont le patriarche âgé de plus de 80 ans.

Un moine bouddhiste parvient à se réfugier dans l'ambassade américaine, ce qui manque d'entraîner un incident diplomatique lorsque les forces de Nhu encerclent l'édifice et exigent la remise du moine. La réaction internationale face à ces événements est désastreuse pour Diêm. Celui-ci ordonne ensuite la loi martiale et de tirer à vue sur tous ceux qui violeraient le couvre-feu. Des centaines de manifestants sont arrêtés. Cet incident renforce les Américains dans la conviction qu'un changement de régime est nécessaire. Trois mois plus tard, Diêm est renversé, avec le consentement des Etats-Unis.


Pour en savoir plus :


Ronald B. FRANKUM, "Weyand, Frederick Carlton", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1351.

jeudi 26 septembre 2013

C comme... Cao Van Vien

Cao Van Vien est un général de l'ARVN, l'armée sud-viêtnamienne, et son chef d'état-major de 1965 à 1975. Né en 1921 à Vientane, au Laos, Cao Van Vien est le fils d'un marchand viêtnamien. Vien s'engage dans l'armée française et il est lieutenant en 1949. Après avoir servi comme officier d'état-major, il est envoyé au feu dans le Nord-Viêtnam. En 1953, il commande un bataillon dans le delta de la Rivière Rouge, près de Hanoï. Son ascension lui vaut une réputation de courage et de compétence. Il continue d'ailleurs sa formation en parallèle de sa carrière militaire puisqu'il obtient une licence de lettres à l'université de Saïgon en 1966. En 1956-1957, il a suivi un stage à l'US Army Command and Staff College de Fort Leavenworth.

En 1957, revenu des Etats-Unis, il devient le chef d'état-major de Ngo Dinh Diem, le président sud-viêtnamien. Vien a beaucoup de respect pour Diem et son frère Nhu. En novembre 1960, après une tentative de coup d'Etat manquée de la brigade aéroportée qui voit son colonel fuir au Cambodge, Diem propose le poste à Vien. Vien, qui n'a jamais sauté, suit en urgence une formation de parachutiste -à 39 ans !- pour combattre avec ses hommes. En novembre 1963, il refuse de prendre part au coup d'Etat contre Diem et il est brièvement emprisonné. Libéré, il reprend la tête de la brigade aéroportée avec laquelle il est blessé au combat en 1964, ce qui lui vaut une Silver Star.

A l'automne 1965, il devient chef d'état-major de l'armée sud-viêtnamienne et commande aussi la zone tactique du IIIème corps, autour de Saïgon. Il est à la fois chef de l'état-major et ministre de la Défense. Très proche de Thieu -leurs familles vivent dans les mêmes maisons-, Vien n'a cependant qu'une faible marge de manoeuvre, car le président-général surveille de près les militaires. Son rôle diminue avec l'intervention américaine et il cherche plusieurs fois à démissionner, notamment en 1970, pour reprendre un commandement de terrain, en vain. Pendant l'offensive du Têt, il mène lui-même son état-major, avec nombre d'officiers, pour faire le coup de feu contre les assaillants. Il déclare ensuite que les Américains ont manqué l'occasion de remporter la guerre après le Têt en ne menant pas d'offensive à grande échelle. Il déplore aussi de ne pas être consulté sur la viêtnamisation, qu'il estime mal adaptée à l'armée sud-viêtnamienne, qui n'y est pas préparée.

Il se fait l'avocat enthousiaste de l'incursion au Laos de février 1971, l'opération Lam Son 719, car dès 1965, il a plaidé pour fortifier le secteur au sud de la zone démilitarisée et pou occuper le Laos et barrer ainsi la piste Hô Chi Minh, tout en débarquant au Nord-Viêtnam, à Vinh, pour compléter le barrage. Vien reste au Sud-Viêtnam jusqu'au 28 avril 1975, où, constatant que l'offensive communiste va tout emporter, il se réfugie aux Etats-Unis avec sa famille. Pour lui, l'armée sud-viêtnamienne n'a pas démérité lors de cette campagne finale. Aux Etats-Unis, Vien publie deux documents pour l'US Army Center of Military History. Devenu simple citoyen, il meurt en Virginie en 2008.


Pour en savoir plus :


HO DIEU ANH AND SPENCER C. TUCKER, "Cao Van Vien", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.170-171.

lundi 9 septembre 2013

Les blindés de l'ARVN (1955-1963)

La branche blindée de l'armée sud-viêtnamienne, pendant la guerre du Viêtnam est issue d'une création des Français, en 1950. Une petite unité d'automitrailleuses est formée et une section d'entraînement sur les blindés est instaurée à l'école militaire de Dalat, avec une compagnie de reconnaissance sur automitrailleuses M-8, servie par des officiers français et des soldats viêtnamiens. En 1952, l'école des blindés est installée à Thu Duc, près de Saïgon, pour entraîner les futurs officiers. L'entraînement se déroule sur les vieilles Panhard. Un entraînement complémentaire est délivré à l'école des blindés de Saumur. Le 3ème régiment blindé viêtnamien est opérationnel en 1953. Il dispose d'une compagnie d'état-major et de trois compagnies de reconnaissance avec des M-8, des halftracks M3, des scout-cars M3 et des transports de troupe M8 Howitzer. 4 squadrons indépendants de reconnaissance blindée sont également constitués, avec des automitrailleuses M-8 et des scout-cars M3. Les blindés viêtnamiens sont surtout employés pour assurer la sécurité des routes et en appui de la lutte anti-guérilla.

1952, Thu Duc : des tankistes viêtnamiens à l'entraînement sur automitrailleuse Panhard.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/Panhard_armored_car_in_Vietnam.jpg


Fin 1955, après la partition du Viêtnam, la composante blindée de la nouvelle ARVN est accrue : un régiment blindé est formé dans chacune des quatre régions militaires. Un commandement de l'arme blindée voit le jour le 1 avril 1955. L'équipement laissé par les Français comprend notamment les M-8 et environ 75 chars M-24 Chaffee. Avec l'arrivée des premiers conseillers américains début 1956, les unités blindées sont réorganisées selon le modèle des Armored Cavalry Regiments, avec deux squadrons de reconnaissance sur M-8, half-tracks et scout-cars et un sur M-24. La désignation française des unités est conservée : celle-ci correspond plus à la puissance de feu qu'à l'effectif, contrairement au modèle américain. Un régiment relève donc plus du bataillon ou du squadron.

De 1957 à 1962, les unités blindées de l'ARVN sont dispersées pour assurer la protection des routes et ne jouent pas un rôle important. Seuls les équipages de M-24 sont entraînés pour repousser une invasion conventionnelle du Nord-Viêtnam par la zone démilitarisée. Fin 1961, la situation commence à se dégrader au Sud-Viêtnam et les Etats-Unis augmentent leur aide matérielle. L'arrivée de M-113 permet de former deux compagnies mécanisées. 32 véhicules arrivent en avril 1962 et sont octroyées au 7th et 21th Infantry Divisions. Chaque compagnie comprend trois sections de fusiliers avec 3 M-113 par section ; une compagnie de soutien avec 4 M-113, 3 mortiers de 60 mm et 3 bazookas de 3,5 pouces ; et une section de commandement avec 2 M-113. Chaque M-113 est armé d'une mitrailleuse cal.50 et pas moins de 18 BAR sont distribués à chaque compagnie.

Un M-113 de l'ARVN fait feu pendant un exercice avec sa mitrailleuse cal.50. Celle-ci n'a pas encore de bouclier de protection. On distingue une mitrailleuse cal.30 derrière la cal.50.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cf/M113.jpg


Les premiers engagements au feu montrent un manque d'expérience, mais la situation ne tarde pas à s'améliorer. Entre juin et septembre 1962, les deux compagnies tuent plus de 500 adversaires et en capturent près de 200 au prix de 4 tués et 9 blessés. En septembre, dans la plaine des Joncs, la compagnie de la 7th Infantry Division ne fait pas démonter ses fantassins embarqués mais les fait tirer depuis les véhicules, une tactique qui sera reprise par les Américains. Pour renforcer les deux compagnies, des véhicules de reconnaissance M-114 sont livrés ainsi que d'autres M-113. Tous les véhicules blindés sont finalement soumis à l'autorité de la branche de l'ARVN et les deux compagnies sont renommées 4th et 5th Mechanized Rifle Squadrons du 2nd ACR, dans la zone tactique du IVème Corps, c'est à dire le delta du Mékong.


Des M-24 Chaffee et des M-113 à Saïgon pendant le coup d'Etat contre Diêm, le 1er novembre 1963.-Source : http://farm9.static.flickr.com/8005/7104347623_34f1343dd9.jpg


Les ACR sont réorganisés fin 1962 : on leur ajoute un squadron de reconnaisance blindée et deux autres d'infanterie mécanisée. Les M-113 arrivent progressivement et les squadrons deviennent opérationnels au fur et à mesure de la formation à l'école des blindés. En mai 1963, la nouvelle organisation est en place : seul le 2nd ACR n'a pas son squadron de M-24 mais un escadron de M-113 supplémentaire. Le M-114, qui ne donne pas satisfaction, est finalement délaissé au profit du M-113 en novembre 1964. Les half-tracks et scout-cars sont relégués en deuxième ligne. Les M-113 reçoivent un bouclier de protection pour leur mitrailleuse de cal.50, d'abord fabriqué de manière artisanale, puis adopté de manière standard. Des mitrailleuses cal.30 supplémentaires sont embarquées ; parfois l'une remplace celle de cal.50. Pourtant, l'ARVN reste handicapée par des problèmes structurels. Lors de la bataille d'Ap Bac, en janvier 1963, deux compagnies renforcées du Viêtcong tiennent contre des forces sud-viêtnamiennes très supérieures en nombre, appuyées par l'aviation, les hélicoptères et les M-113. Ceux-ci n'opèrent pas de manière agressive et plusieurs sont détruits par une résistance bien organisée. 14 mitrailleurs sont tués, d'où l'installation de boucliers de protection. En outre, les unités blindés prennent part aux aléas politiques qui secouent le Sud-Viêtnam. Le 1er novembre 1963, le 1st ACR et les blindés de l'école de Thu Duc sont du coup d'Etat qui renverse Diêm. Les chars deviennent des armes politiques de poids, une situation qui se maintient jusqu'au tournant des années 70.


Pour en savoir plus : 


Albert GRANDOLINI, Armor at the Vietnam War (2) Asian forces, Armor at War 7017, Concord Publications, 1998.