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samedi 9 novembre 2013

Z comme... Zumwalt

Amiral de l'US Navy et commandant des unités de guerre fluviale entre 1968 et 1970. Né en 1920 à San Francisco, Zumwalt sort diplômé de l'académie navale d'Annapolis en 1942. Il combat à Guadalcanal et dans les Philippines. Il est aussi présent pendant la guerre de Corée et passe ensuite au Naval College et au National War College, avant de prendre le commandement, en 1959, du premier navire lance-missiles de la Navy, la frégate USS Dewey. En 1964, il assiste le secrétaire à la Marine Paul Nitze et se montre réticent devant l'escalade de l'engagement américain en Asie du Sud-Est. L'année suivante, il est le plus jeune contre-amiral de l'US Navy. En 1966, il prend la tête de la division d'analyse des systèmes.

En septembre 1968, on lui confie le commandement des forces navales américaines au Viêtnam et du Naval Advisory Group, un poste considéré comme une impasse puisque plutôt "brown water navy" en lieu et place de la "blue navy". Il est chargé d'empêcher le flot logistique communiste à travers le delta du Mékong et de passer le relais à la marine sud-viêtnamienne. Zumwalt s'attèle à la tâche avec énergie. Il amplifie l'opération Market Time en lançant des raids de petits navires contre les voies d'approvisionnement jusqu'au Cambodge (opération Giant Slingshot). Pour appuyer les opérations amphibie, il fournit des Landing Craft aux soldats de la 9th Infantry Division. Il crée le programme ACTO (Accelerated Turnover to the Vietnamese) pour faire avancer la viêtnamisation avec une coopération étroite entre Américains et Sud-Viêtnamiens, et montre l'exemple dans ses relations avec le chef de la marine sud-viêtnamienne, l'amiral Tran Van Chon. Zumwalt pousse aussi à l'utilisation de l'agent orange comme défoliant au Sud-Viêtnam.

Sa performance est si impressionnante qu'il est rappelé à Washington en avril 1970 pour devenir chef des opérations navales. Il est le plus jeune officier de l'histoire de la Navy à tenir ce rang avec le grade d'amiral. Il se met à nouveau  à la tâche pour la réforme du personnel et l'affrontement avec la flotte soviétique. En tant que chef des opérations navales, il ne perd pas de vue le Viêtnam : pendant l'offensive de Pâques 1972, il presse les autorités de procéder au minage du port de Haïphong. Il est très impliqué, en tant que citoyen, dans les efforts humanitaires reliés à la guerre du Viêtnam. Il obtient ainsi la relaxe de Tran Van Chon. Il est aussi le porte-parole des vétérans victimes des herbicides ; son fils est en effet décédé en 1988, à 42 ans, d'un cancer probablement entraîné par l'exposition à l'agent orange. Zumwalt lui-même est victime d'un cancer diagnostiqué en 1986. Il maintient cependant que sa décision d'utiliser l'agent orange dans le delta du Mékong a contribué à sauver de nombreuses vies. Il regrette seulement les effets induits sur les soldats et les marins américains. Il meurt en 2000.


Pour en savoir plus :


MALCOLM MUIR JR., "Zumwalt, Elmo Russell, Jr.", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1363-1364.

jeudi 7 novembre 2013

Y comme... Yankee Station

Un point des eaux internationales au large du Nord-Viêtnam, dans la mer de Chine. Yankee Station est le point d'ancrage de la Task Force 77 de la VIIth Fleet de l'US Navy, dont les pilotes mènent des frappes contre le Nord-Viêtnam. Les porte-avions contrôlent à la fois les eaux et projettent leurs appareils au-delà du rivage.

Les attaques visent les noeuds de voies ferrées ou les ponts. Entre 1965 et 1968, ces frappes sont inclues dans l'opération Rolling Thunder. Pour faciliter la tâche avec l'US Air Force, des périodes de bombardement des cibles sont attribuées à chaque branche. Mais la stratégie est difficile à coordonner et les Américains préfèrent finalement diviser le Nord-Viêtnam en zones géographiques, correspondant à des routes d'accès. La confusion est donc moins grande entre la Task Force 77 et la 7th Air Force, et chaque branche peut concentrer ses atouts sur les secteurs définis pour elle.

En parallèle à Yankee Station, Dixie Station, créée en mai 1965 au sud-ouest de Cam Ranh Bay, autorise les frappes sur le Sud-Viêtnam, le Laos et le Cambodge. Yankee Station, qui fait partie du fameux "Tonkin Gulf Yacht Club", permet de maintenir la suprématie aérienne de la Navy et de l'Air Force pendant la guerre du Viêtnam. Mais la permanence implique de maintenir sur zone 2 porte-avions à Yankee Station et 1 à Dixie Station : les bâtiments passent 80% du temps en mer, ce qui limite les repos et surtout la maintenance.


Pour en savoir plus :


J. Nathan CAMPBELL, "Yankee Station", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1355.



mercredi 23 octobre 2013

X comme... Xa Loi (raid sur la pagode de)

L'assaut sur cette pagode de Saïgon, le 21 août 1963, a servi de catalyseur à la contestation contre le régime de Diêm, particulièrement chez les bouddhistes, au Sud-Viêtnam, mais aussi aux Etats-Unis. Les tensions s'exacerbent après que Diêm aient interdit aux leaders bouddhistes d'arborer leurs drapeaux à l'occasion des cérémonies d'anniversaire de la naissance du Bouddha. Catholique, Diêm ne s'est pourtant pas opposé au déploiement des drapeaux blancs et dorés des catholiques en l'honneur de son frère aîné Ngo Dinh Thuc, archevêque de Hué.

Le 7 mai 1963, les bouddhistes, qui par dérision arborent les drapeaux des catholiques, affrontent les forces de sécurité à Hué, et il y a plusieurs victimes. Chaque camp s'accuse d'avoir provoqué l'autre, et ne veut pas céder du terrain. Diêm craint pour son régime. Le 11 juin, un moine bouddhiste s'immole en plein milieu de Saïgon. Diêm et son frère Nhu, qui dirige la police secrète, font alors surveiller étroitement les bouddhistes.

La pagode Xa Loi est utilisée comme point de rassemblement pou des manifestations devenues quasiment quotidiennes dans la capitale. Le 21 août, les forces spéciales de Nhu font irruption dans la pagode ainsi que dans d'autres à Saïgon, prétextant d'une tentative de coup d'Etat. Les hommes de Nhu, qui portent l'uniforme militaire, mettent à sac la pagode, la pillent, et arrêtent près de 400 moines ou nonnes bouddhistes, dont le patriarche âgé de plus de 80 ans.

Un moine bouddhiste parvient à se réfugier dans l'ambassade américaine, ce qui manque d'entraîner un incident diplomatique lorsque les forces de Nhu encerclent l'édifice et exigent la remise du moine. La réaction internationale face à ces événements est désastreuse pour Diêm. Celui-ci ordonne ensuite la loi martiale et de tirer à vue sur tous ceux qui violeraient le couvre-feu. Des centaines de manifestants sont arrêtés. Cet incident renforce les Américains dans la conviction qu'un changement de régime est nécessaire. Trois mois plus tard, Diêm est renversé, avec le consentement des Etats-Unis.


Pour en savoir plus :


Ronald B. FRANKUM, "Weyand, Frederick Carlton", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1351.

W comme... Weyand (Frédérick Carlton)

Général de l'US Army, commandant de la II Field Force et surtout dernier commandant un peu oublié du MACV au Viêtnam. Né en 1916, Weyand sort de l'université de Berkeley en 1939 et passe par le Reserve Officers Training Corps. En 1940, il est appelé dans le 6th Artillery. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert comme officier de renseignements en Birmanie, puis il est muté après 1945 dans l'infanterie. En 1950-1951, il est lieutenant-colonel et commandant d'un bataillon du 7th Infantry pendant la guerre de Corée et officier opérations de la 3rd Division. Il enseigne à l'école d'infanterie de Fort Benning en 1952-1953 avant d'être assistant militaire d'un bureau du secrétaire de l'Armée. Il est promu colonel en 1955. Il sort diplômé de l'Army War College en 1958, puis sert en Europe jusqu'en 1961, devenant général en 1960. De 1961 à 1964, il est assistant puis dirigeant de la mission de liaison législative du département de l'Army.

En 1964, devenu Major General deux ans plus tôt, il prend la tête de la 25th Infantry Divison à Hawaï. Il est avec elle lorsqu'elle est dépêchée au Viêtnam en 1966 et il la mène pendant les opérations Cedar Falls et Junction City en 1967. En mars 1967, il devient commandant adjoint de la II Field Force puis la dirige de juillet 1967 à août 1968. Il est responsable des forces dans et autour de Saïgon pendant l'offensive du Têt, en janvier 1968. Inquiet de voir ses forces déployées près des frontières du Cambodge, alors que les communistes semblent se concentrer près de Saïgon, comme son conseiller civil John Paul Vann, il obtient le 10 janvier de Westmoreland l'autorisation de porter à 27 bataillons (au lieu de 14) les troupes américaines autour de la capitale. Cela a évidemment un impact important sur le déroulement des combats que Weyand dirige à partir de son PC de Long Binh.

Weyand quitte le Viêtnam en 1968. En 1969-1970, il est conseiller militaire lors des négociations à Paris. Commandant adjoint du MACV en avril 1970, il remplace Abrams à ce poste en juillet 1972. C'est lui qui préside au retrait américain jusqu'à la descente du drapeau, le 29 mars 1973. Il est ensuite vice chef d'état-major de l'US Army en 1973, puis devient lui-même chef d'état-major en octobre 1974. Juste avant la chute du Sud-Viêtnam, le président Ford envoie Weyand sur place pour évaluer la situation. Le 27 mars 1975, Weyand confirme au président Thieu que les Américains ne reviendront pas au Viêtnam. De retour aux Etats-Unis, il prédit la chute du Sud-Viêtnam si l'armée américaine n'intervient pas. Par la suite, il prend sa part à la reconstruction d'une US Army traumatisée mais qui cherche aussi à oublier l'expérience viêtnamienne. Il prend sa retraite en octobre 1976. Weyand est mort à Hawaï le 10 février 2010.


Pour en savoir plus :


David T. ZABECKI, "Weyand, Frederick Carlton", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1336-1337.

lundi 21 octobre 2013

V comme...Vang Pao

Chef militaire des Hmongs anti-communistes, passé du rang de simple soldat à celui de général, et qui tient en échec certains des meilleurs stratèges nord-viêtnamiens au Laos. Vang Pao, né au Laos en 1931, a fait office de courrier pour les Français contre les Japonais en Indochine. En 1947, il est recruté dans les forces irrégulières au Laos, avant d'être envoyé en mars 1948 à l'école des sous-officiers de Luang Prabang dont il sort caporal et premier de sa classe. En janvier 1949, après être passé par l'école de Gendarmerie Nationale, il est à nouveau en tête de promotion et finit sergent major. Il passe adjudant en octobre 1950.

Vang Pao se distingue dans les embuscades et les petites actions militaires contre le Viêtminh dans la plaine des Jarres. Il comprend très vite l'intérêt de se rallier la population civil. En mars 1952, seul Hmong à l'école d'officiers, il termine 7ème sur 56. Il est nommé lieutenant de la 14ème compagnie d'infanterie de l'armée royale laotienne, à Muong Hiem, à la frontière des provinces de Luang Prabang et Sam Neua. A l'époque de Dien Bien Phu, Vang Pao commande sa propre unité irrégulière. Il est nommé capitaine en décembre 1954.

En janvier 1961, alors que l'aide américaine au Sud-Viêtnam se précise davantage, Vang Pao est lieutenant-colonel. Il propose aux Américains et aux Thaïlandais d'armer ses 7 000 Hmongs pour en faire une armée irrégulière. Vang Pao mène ainsi son armée secrète, ou clandestine, contre le Pathet Lao et les Nord-Viêtnamiens. Il surprend la routine opérationnelle de ces derniers en déplaçant très rapidement ses petites unités mobiles, et ce pendant des années. En 1973, il est général et commande la deuxième région militaire, quand le cessez-le-feu est proclamé. Deux ans plus tard, au moment de la chute du régime, Vang Pao est évacué dans un petit avion sur la Thaïlande. Il s'installe ensuite aux Etats-Unis et prend une part active à la vie de la communauté hmong en exil.

En 2007, il est arrêté avec 9 autres personnes, essentiellement des exilés laotiens vivant en Californie. Ils sont accusés d'avoir conspiré pour renverser le régime laotien, en violation du U.S. Neutrality Act. Vang Pao aurait voulu acquérir des armes et les faire passer par la Thaïlande pour organiser un soulèvement au Laos. Il est brièvement incarcéré avant que sa caution de 1,5 millions de dollars ne soit payée. Les supporters de Vang Pao, en Californie et au Minnesota, plaident pour que les charges soient abandonnées, ce qui n'intervient qu'en septembre 2009. Vang Pao meurt à Fresno, en Californie, le 6 janvier 2011.


Pour en savoir plus :


Arthur J. DOMMEN, "Vang Pao", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1227.




U comme... U Minh (forêt de)

Une zone densément boisée et marécageuse au sud-ouest du delta du Mékong, située à la frontière entre les provinces An Xuyen et Kien Giang au Sud-Viêtnam. En plus d'être recouverte de jungle et de marais, la forêt U Minh et très chaude et humide. Traditionnellement un refuge pour les contrebandiers, les pirates et les bandits, la forêt est un sanctuaire communiste, appelée zone 483, depuis au moins la guerre d'Indochine. Toutes les voies d'eau environnantes sont contrôlées par le Viêtcong avant l'offensive du Têt de 1968. Durant la période 1962-1965, les armes et les munitions venant du Nord sont transportés via des navires de pêche camouflés qui débarquent leur chargement de nuit sur la péninsule de Ca Mau. Plus tard, le ravitaillement et les armes transitent via le Cambodge et l'île de Phu Quoc, puis la province de Kien Giang jusqu'à la forêt elle-même. Les hommes arrivent généralement par voie de terre.

Les unités viêtcong qui opèrent dans le secteur comprennent le 309ème bataillon des forces régulières, le 2ème bataillon U Minh des forces locales et le 10ème bataillon U Minh. En face, la 21st Infantry Division de l'ARVN est responsable du secteur. A partir de la fin 1968, l'armée américaine commence à mener des opérations dans la forêt après que plusieurs incendies aient brûlé un certain nombre d'arbres. En décembre 1968, le lieutenant Nicholas Rowe, des Special Forces, détenu depuis 1963, réussit une évasion spectaculaire de la forêt U Minh. Dans l'année suivant l'offensive du Têt, le Viêtcong perd sur place une bonne partie de sa base d'opération fort ancienne au profit de l'ARVN. Mais il s'y réinstalle notamment à la faveur de l'offensive de Pâques 1972, pour ne plus la quitter.


Pour en savoir plus :


Glenn E. HELM, "U Minh Forest", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1155.

vendredi 11 octobre 2013

T comme... Tay Ninh

Une province, et une capitale provinciale, du Sud-Viêtnam, située à 80 km au nord-ouest de Saïgon. La province est bordée au nord et à l'ouest par le Cambodge, et à l'est et au sud par les provinces de Binh Long, Binh Duong et Hau Nghia. L'essentiel du terrain est plat et la province est régulièrement sous les eaux pendant la période des pluies, de mai à décembre. Au-dessus des plaines agricoles s'élève la montagne Nui Da Ben (la montagne de la Vierge Noire), dont le sommet est recouvert de nuages. Au nord, on trouve des forêts denses.


Source : http://www.history.army.mil/books/AMH-V2/AMH%20V2/map13.jpg


La province est dominée par la secte des Cao Dai dont le centre religieux, Thanh Dia, est près de Tay Ninh. Au départ rattachée au Cambodge, elle est conquise par les Viêtnamiens au XVIIIème siècle. Pendant la guerre d'Indochine, c'est une place forte du Viêtminh et des milices du Cao Dai farouchement opposées à la présence française. Pendant la guerre du Viêtnam, la région au nord de Nui Da Ben est un bastion communiste. En mai 1964, les Américains occupent la montagne et installent au sommet un poste d'observation. Celui-ci doit être ravitaillé par hélicoptère car le Viêtcong occupe toujours des grottes sur le flanc de la montagne.

La War Zone C est située dans la province, qui connaît donc un certain nombre d'opérations search and destroy : Attleboro, Junction City, Yellowstone. Pendant l'offensive du Têt, les communistes échouent à s'emparer de la ville de Tay Ninh. Pendant l'offensive de Pâques 1972, une attaque de diversion a lieu dans la province pour camoufler une attaque sur la province de Binh Luong. Le 6 janvier 1975, les restes d'une compagnie des forces régionales sud-viêtnamiennes évacuent le sommet de Nui Ba Den, provoquant l'exode de 25 000 habitants de Tay Ninh vers Saïgon. Une contre-offensive de l'ARVN échoue. Pendant l'attaque finale du Nord contre Saïgon, en avril 1975, la province est défendue par la 25th Infantry Division qui forme une partie de périmètre de défense extérieur de la capitale.

La province de Tay Ninh compte parmi les trois premières provinces du Sud-Viêtnam où les morts américains au combat ont été les plus nombreux.


Pour en savoir plus :


Glenn E. HELM, "Tay Ninh", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1096-1097.

mercredi 9 octobre 2013

S comme... Search and Destroy

La tactique d'attrition employée au Sud-Viêtnam entre 1965 et 1968. Elle est conçue par le commandant en chef du MACV, Westmoreland, et son G-3, le général DePuy. Cette tactique n'est pas issue de réflexions de comités militaires, de think-tanks ou du US Army Command and General Staff College. Elle est fonction des capacités militaires du moment. C'est une approche empirique issue des discussions entre Westmoreland et DePuy, qui aurait donné son nom à la tactique en question.

Bien que Westmoreland niera par la suite que le search and destroy soit une procédure tactique, il n'en reste pas moins que c'est celle mise en oeuvre par la majorité des unités américaines au Viêtnam. Elle suppose que la supériorité de puissance de feu et technologique des Américains leur permet d'écraser l'adversaire si jamais il est engagé au contact. C'est une tactique agressive où les troupes américaines, véhiculées par hélicoptère, recherchent l'engagement pour détruire l'ennemi, et éventuellement ses camps de base. Elle vise à tuer des hommes plutôt qu'à conquérir du terrain : les soldats sont débarqués, engagent l'ennemi et repartent de là où ils sont venus jusqu'à la prochaine opération.

Tous les militaires américains ne sont pas forcément d'accord avec cette approche, en particulier le commandant de l'USAF et celui des Marines. Le général Gavin suggère de limiter l'intervention américaine à des enclaves, qui seront sécurisées, laissant le gros des combats à l'ARVN. Edward Lansdale préconise d'insister sur la pacification et la contre-insurrection dans les campagnes plutôt que sur l'engagement de bataillons de combat. Mais Westmoreland ne veut pas d'une stratégie défensive et rejette les enclaves. On le voit dès le mois de juin 1965 lorsque la 173rd Airborne Brigade, première unité de l'US Army déployée sur place, dans la province de Phuoc Long, au nord de Saïgon, est appelée en renfort pour soutenir l'ARVN à Dong Xoai. Le 26 juin, le Pentagone autorise Westmoreland à mener des opérations de combat. Deux jours plus tard, 3 000 hommes de la 173rd Airborne Brigade se lancent dans la War Zone D.

Westmoreland emploie en fait l'outil à sa disposition, conçu pour combattre les Soviétiques en Europe centrale et orientale, via la trouée de Fulda ou le corridor de Hof. Les planificateurs qui se chargent du transfert des unités au Sud-Viêtnam pensent qu'elles viendront facilement à bout d'unités irrégulières de guérilla. Westmoreland, influencé par son expérience de la Seconde Guerre mondiale et de la Corée, a cru pouvoir infliger aux communistes suffisamment de pertes pour les faire plier, tout en limitant les pertes américaines. Mais, en réalité, le Nord-Viêtnam peut produire 200 000 nouvelles recrues chaque année. Les Américains n'ont jamais été capables d'éliminer autant de soldats ennemis en une seule année. En outre, les communistes ont l'initiative et choisissent fréquemment le lieu du combat, s'évadant facilement au moment opportun. Après l'offensive du Têt, le terme search and destroy est remplacé par celui de "reconnaissance in force". Mais la tactique, elle, reste la même, quoiqu'en dise les détracteurs de Westmoreland.



Pour en savoir plus :


Cecil B. CURREY, "Search and Destroy", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1030-1031.

mardi 8 octobre 2013

R comme... Ranch Hand (opération)

Le nom de code, pendant la guerre du Viêtnam, de l'opération d'épandage de pesticides. Ranch Hand part en fait de deux objectifs : dénier au Viêtcong le couvert de la jungle mais aussi lui interdire l'utilisation des récoltes au Sud-Viêtnam. En 1961, devant la montée en puissance du Viêtcong, le président Diêm demande une aide américaine accrue. Le 30 novembre, le président Kennedy approuve l'emploi des pesticides au Sud-Viêtnam.

A l'époque, si des millions de litres de pesticides sont utilisés dans l'agriculture américaine, l'armée n'a pas développé le programme chimique depuis une bonne décennie, même si le petit détachement baptisé Small Aerial Spray Flight (SASF) s'est converti du C-47 au C-123. Après une expérimentation très réussie d'épandage de défoliants en 1959 à Camp Drum, et suite à une visite du vice-président Johnson au Sud-Viêtnam en mai 1961, un centre de contre-insurrection conjoint américano-viêtnamien est créé. Sa tâche principale est d'évaluer l'emploi de pesticides contre le couvert de la jungle et les récoltes sous le contrôle du Viêtcong. Le docteur James Brown, commandant adjoint du US Chemical Warfare Center, supervise les essais.

Les problèmes sont nombreux. Les Américains ne connaissent presque rien du couvert végétal viêtnamien, et ils ne disposent au départ que de vieux C-47, même si des hélicoptères H-34 Chocktaw sont disponibles, de même que quelques turbines au sol. Les succès des tests de Brown entraînent une demande d'expédition du SASF au Sud-Viêtnam. En prévision de l'ordre du président Kennedy, 6 C-123 arrivent sur place le 28 novembre 1961, équipés du nouveau diffuseur MC-1, dans le cadre de l'opération Farm Gate. Le 7 janvier 1962, 3 C-123 se posent à l'aéroport de Tan Son Nhut près de Saïgon. Ils commencent leur mission le 12 janvier en visant une route au nord de Saïgon, dégageant le couvert autour de la voie ; puis des mangroves du delta du Mékong, autour des zones côtières productrices de riz, sont visées.

Les équipages utilisent alors les agents bleu et violet (noms de code pour différents herbicides) mais les résultats sont moins importants qu'escomptés. Après de nouveaux tests en Floride, le nombre de buses sur chaque aile est réduit de 42 à 35, de façon à augmenter la quantité répandue par chacune. En outre, les missions sont dangereuses, car les appareils doivent voler très bas, en ligne droite, à vitesse réduite, ce qui les rend vulnérables aux armes antiaériennes, surtout après 1963. Les 3 appareils engagés passent de 60 missions en 1962 à plus de 270 en 1964. Les difficultés augmentent car ils opèrent maintenant de plus en plus dans les provinces au nord, qui contrairement à celles du sud, ont une relief plus découpé.

Après l'incident du golfe du Tonkin, les tactiques sont quelque peu modifiées. Les missions de destruction de récoltes sont effectuées par des hélicoptères. Le 3 octobre 1964, les équipages de Ranch Hand, qui opèrent avec des observateurs sud-viêtnamiens à bord, larguent leur cargaison sur la War Zone D, visant des récoltes. Les rizières, souvent placées dans des vallées ou de petites clairières dans la jungle, nécessitent parfois des approches relevant parfois du bombardement en piqué. Un quatrième appareil vient renforcer le groupe en décembre.

En 1965, les équipages initiaux, qui servaient pour un temps très court, sont remplacés par d'autres qui effectuent le tour de service réglementaire. En novembre, 3 UC-123B rejoignent l'inventaire. Si l'agent bleu reste utilisé contre les récoltes, le moins coûteux et plus efficace agent orange est désormais employé pour la défoliation de la jungle. Un détachement opère désormais à partir de Da Nang contre la piste Hô Chi Minh. En 1966, l'unité compte 14 appareils, et 25 en 1968. En 1969, on compte 33 appareils de la version C-123K améliorée. En octobre 1966, le 309th Spray Flight est devenu le 12th Air Commando Squadron. L'escadrille se déplace à Bien Hoa pour améliorer la logistique de l'opération. 

L'expansion de l'unité conduit les appareils à effectuer parfois d'autres missions : transport pendant l'offensive du Têt, ou missions spéciales au Laos ou en Thaïlande. En 1965 cependant, les avions accomplissent près de 900 missions pour leur épandage, et plus de 5 700 en 1968. Mais, en 1969, une étude de cinq ans du National Cancer Institute montre au département de la Défense que l'exposition aux pesticides peut entraîner de graves problèmes de santé. Le mécontentement de l'opinion publique grandit quand le Cambodge affirme qu'une bonne partie de son territoire a été visé par des épandages chimiques. En conséquence, l'opération Ranch Hand est progressivement réduite. Dès la mi-1970, le 12th Air Commando Squadron ne compte plus que 8 appareils et se trouve sur la base aérienne de Phan Rang, utilisant l'agent blanc au lieu de l'agent orange. Les trois dernières missions sont effectuées le 7 janvier 1971.


Pour en savoir plus :


Charles J. GASPAR, "Ranch Hand, Operation", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.958-960.

lundi 7 octobre 2013

Q comme... Quang Tri (bataille de)

L'une des trois pinces de l'offensive nord-viêtnamienne de Pâques 1972. L'assaut sur Quang Tri est préparé par les tirs de canons de 130 et 152 mm placés juste au nord de la zone démilitarisée. Le 30 mars 1972, l'armée nord-viêtnamienne monte à l'assaut avec plus de 200 blindés, essentiellement des chars T-54 et PT-76, à travers la zone démilitarisée et via l'ouest, par Khe Sanh. 4 divisions déferlent dans la province de Quang Tri.

La 3rd Infantry Division de l'ARVN, nouvellement formée, qui couvre la province, est mise en déroute par l'attaque et beaucoup d'hommes se débandent. En outre, des frictions ont lieu entre les fantassins de l'ARVN et les Marines sud-viêtnamiens qui opèrent dans le secteur. La défense de la province de Quang Tri est fragile dès le départ. En outre, les deux premières semaines de l'offensive voient un temps bouché qui empêchent le soutien aérien rapproché américain. Par contre, à la mi-avril, les B-52 interviennent en force.

Mais les Nord-Viêtnamiens traversent en force la rivière Cam Lo-Cua Viêt et attaquent Quang Tri City de trois côtés, tandis qu'une puissante artillerie matraque l'ARVN au sud de la ville. Le 27 avril, la météo se dégrade et la division nord-viêtnamienne 304 repart à l'attaque. Des milliers de réfugiés sud-viêtnamiens fuient sur la route n°1, vers Hué. L'artillerie nord-viêtnamienne pilonne la ville et la route. Les morts sont si nombreux que les Sud-Viêtnamiens baptisent une portion de la route "la route des horreurs". Les Nord-Viêtnamiens s'emparent de Dong Ha le 28 avril et, finalement, de Quang Tri City le 1er mai 1972, et du reste de la province deux jours plus tard.

L'offensive nord-viêtnamienne se trouve ensuite dans l'impasse. A la fin de l'été, appuyé par les B-52 et avec un commandement supérieur renouvelé, les Sud-Viêtnamiens partent à la contre-offensive. Il faut des semaines de combats de rues pour reprendre Quang Tri City, le 15 septembre. Le lendemain, le drapeau sud-viêtnamien est hissé sur la Citadelle. La ville a été ravagée par les combats. L'ARVN a perdu près de 1 000 tués et plus de 4 000 blessés, et estime avoir tué plus de 8 000 Nord-Viêtnamiens. La bataille de Quang Tri et les succès remportés à Kontum et An Loc brisent l'offensive de Pâques de Hanoï. Les Nord-Viêtnamiens ont perdu en tout plus de 10 000 tués dans la province de Quang Tri, l'ARVN y laissant 2 000 morts et 9 000 blessés.


Pour en savoir plus :



James H. WILLBANKS, "Quang Tri City", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.952-953.

jeudi 3 octobre 2013

O comme... Olds (Robin)

Pilote de l'USAF et commandant de la 8th Tactical Fighter Wing en 1966-1967. Né en 1922 à Honolulu, Olds est le fils d'un général de l'USAAF. Sorti de West Point en 1943, Robin Olds devient une légende de la chasse américaine avec 17 appareils abattus à son palmarès, pendant la Seconde Guerre mondiale et au Viêtnam. Volant d'abord sur P-38, il effectue plus d'une centaine de missions de combat, descend 13 appareils et en abat 11,5 de plus au sol. Au Viêtnam, sur F-4 Phantom II, il détruit avec des missiles air-air 2 MiG-17 et 2 MiG-21 au-dessus du Nord-Viêtnam.

Il prend la tête de la 8th TFW sur la base thaïlandaise d'Ubon, de septembre 1966 à décembre 1967. Il conçoit l'opération Bolo qui permet à l'USAF d'abattre 7 MiG-21 le 2 janvier 1967. Les Nord-Viêtnamiens reconnaissent la perte de 5 avions et le futur as du Nord, Nguyen Van Coc, aurait été abattu pendant ce combat. Olds n'a jamais été quant à lui descendu ou blessé. Promu général en juin 1968, il dirige les cadets de l'académie de l'USAF avant de prendre sa retraite en 1973. Il s'est souvent opposé à sa hiérarchie car il était partisan de l'aviation tactique et de l'entraînement des pilotes, et non de la puissance stratégique via les armes nucléaires. Il est mort en 2007 dans le Colorado.


Pour en savoir plus :

James H. WILLBANKS, "Olds, Robin", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.862-863.

mercredi 2 octobre 2013

N comme... napalm

L'une des principales armes incendiaires de l'armée américaine pendant la guerre du Viêtnam, qui attira aussi les protestations de l'opinion en étant désignée comme une "arme de terreur". Le napalm est une essence gélifiée au moyen de deux produits en particulier, les naphténate et palmitate d'aluminium, bien que les composants aient changé avec le temps. Le professeur Louis Fieser, de l'université d'Harvard, a dirigé le programme qui a mis au point cette essence gélifiée pendant la Seconde Guerre mondiale, le 1er novembre 1943. Le napalm brûle plus longtemps que l'essence ordinaire et se disperse mieux, ce qui augmente la probabilité de toucher les cibles visées. L'armée américaine commence à employer le napalm à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec des bombes aériennes ou dans les lance-flammes. Sur les bombes, il faut un déclencheur qui prend généralement la forme d'un explosif type TNT entouré de phosphore blanc.

Le napalm-B, utilisé pendant la guerre du Viêtnam, n'a pas la même composition. Il comprend 50% de polystyrène, 25% de benzène et 25% d'essence : c'est un gel plus épais, développé sur la base de l'Air Force d'Eglin, en Floride, par la compagnie chimique Dow. Le napalm-B brûle jusqu'à 850 degrés Celsius et se consume pendant 15 minutes, deux à trois fois le temps du premier mélange. En outre il se disperse sur une surface deux fois plus grande. Le napalm-B colle à pratiquement tout et il est impossible de s'en défaire, raison pour laquelle l'US Air Force l'adopte comme sa principale arme incendiaire en 1966. Pendant la guerre du Viêtnam, 10% des munitions larguées par les appareils tactiques, soit 400 000 tonnes, sont composés de bidons de napalm. Les combattants ou les civils visés par une attaque au napalm meurent non seulement carbonisés mais aussi asphyxiés au monoxyde de carbone, car le napalm brûle en explosant tout l'oxygène de l'air. Seuls ceux étant sur les bords du périmètre de l'explosion peuvent espérer survivre, avec de sévères brûlures puisque le napalm fait fondre la peau.

8 juin 1972, district de Tran Bang, dans la province de Tay Ninh, au nord-ouest de Saïgon. Les Nord-Viêtnamiens, en pleine offensive de Pâques pour faire tomber le Sud-Viêtnam, se sont emparés de Tran Bang. L'aviation sud-viêtnamienne intervient et bombarde la place pour déloger les Nord-Viêtnamiens. Un appareil confond malheureusement un groupe de soldats sud-viêtnamiens et de civils avec l'ennemi et largue des bidons de napalm sur eux. Le photographe Nick Ut, de l'AP, prend le cliché de Kim Phuc, une des enfants brûlées par l'explosion. La photo obtient le prix Pullitzer 1972. Les images, elles, ont été tournées par Alan Downes, un Britannique d'ITN, et par un Sud-Viêtnamien travaillant pour NBC.


 

Le mouvement anti-guerre s'empare du napalm dans le cadre de la contestation et vise en particulier la compagnie Dow, qui finit par perdre la production du liquide en 1969. Mais l'armée américaine continue à le produire et à s'en servir jusqu'à la fin de la guerre.


Pour en savoir plus :


Mitchell K. HALL, "Napalm", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.788-790.

M comme... Masher (opération)

La première grande opération search and destroy de la guerre du Viêtnam. L'opération Masher -vite rebaptisée White Wing- s'étale sur 42 jours dans les montagnes recouvertes de forêts et les vallées découpées du nord de la province de Binh Dinh, dans la zone tactique du IIème corps. Elle implique 20 000 hommes de la 1st Cavalry Division, de la 22nd Infantry Division de l'ARVN et de la brigade aéroportée, et du 1st Regiment de la Republic of Korea Army Capitol Division. Commencée le 22 janvier 1966, elle est renommée "White Wing" le 4 février à la demande du président Johnson, qui craint l'effet du mot "Masher" (broyeur) sur l'opinion américaine.

C'est la première opération où l'armée américaine fait franchir les limites de zones tactiques de corps. La 3rd Marine Division, au nord, mène parallèlement l'opération Double Eagle et entre dans la province de Binh Dinh pour soutenir la 1st Cavalry. L'ARVN mène également deux autres opérations en parallèle. L'opération Masher commence avec la dépose de quatre bataillons de la 3rd Brigade de la 1st Cavalry à une dizaine de kilomètres au nord de Bong Son, face aux 8 000 hommes de la 3ème division "Drapeau Jaune", composée du 2ème régiment viêtcong et des 12ème et 22ème régiments nord-viêtnamiens. Le contact est établi rapidement et des combats acharnés ont lieu les 28-29 janvier à Phung Du et An Thoi. Avec un soutien aérien massif, la 1st Cavalry repousse l'adversaire dans la zone de responsabilité tactique de l'Airborne Brigade de l'ARVN. La 1st Cavalry revendique 600 morts ennemis contre 75 tués et 240 blessés.

Source : http://www.laguerreduvietnam.com/medias/images/masher-white-wing.jpg


Avec le renfort de la 2nd Brigade, la 3rd Brigade de la 1st Cavalry pousse, à partir du 6 février, dans la vallée d'An Lao pour faire la jonction avec les Marines venus du nord. La 1st Brigade opère au sud de Bong Son sur la route n°1, tandis que la 2nd Brigade repousse un bataillon communiste des montagnes Cay Giep vers la 22nd Infantry Division de l'ARVN. Mais la plupart des unités communistes ont fui au préalable, ayant été sévèrement malmenées lors des combats sur la côte. L'opération se termine le 6 mars, une fois que la 1st Cavalry a terminé son cercle d'opérations aéromobiles autour de Bong Son. En six semaines de combat, la division revendique 1 350 morts ennemis. Les B-52 et les appareils tactiques ont largué 750 tonnes de bombes et près de 150 tonnes de napalm tandis que l'artillerie a tiré 141 000 obus. Les Américains se vantent d'avoir replacé une bonne partie de la population sous le contrôle du gouvernement sud-viêtnamien : en réalité, l'usage massif de l'appui-feu a provoqué 140 000 réfugiés et comme l'effort n'est pas couplé avec un programme de pacification, la zone n'est pas davantage sécurisée. Les communistes y reviennent d'ailleurs rapidement et la 1st Cavalry doit lancer plus tard dans l'année 1966 l'opération Irving/Thayer.


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Masher/White Wing, Operation", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.708-709.

mardi 1 octobre 2013

L comme... Landing Zone

La zone d'atterrissage pour les hélicoptères, pendant la guerre du Viêtnam. D'ordinaire, dans le jargon militaire américain, le terme désignait auparavant une zone prévue pour un débarquement amphibie. Mais pendant la guerre, il devient exclusivement associé aux hélicoptères. Les Landing Zones sont à la fois temporaires et permanentes et deviennent souvent les champs de bataille de la guerre du Viêtnam.

Déjà utilisés pendant la guerre de Corée, notamment par les Marines, les hélicoptères sont employés au Viêtnam pour acheminer les hommes sur le terrain ou les rapatrier. Comme le terrain du Sud-Viêtnam est souvent recouvert de jungle ou de forêt, les Américains larguent des bidons d'essence ou de napalm suspendus à des filets sur des hélicoptères, pour nettoyer une zone délimitée pour l'atterrissage. Des bombes sont également spécialement conçues pour ce faire, la plus célèbre étant sans doute la monstrueuse BLU-82 Daisy Cutter ("Faucheuse de marguerites").

Les Landing Zones permettent aux Américains d'insérer rapidement des troupes dans des endroits isolés ou difficiles d'accès. Parfois elles servent aussi d'appât pour les forces ennemies. Le plus souvent, les Landing Zones sont contestées par les communistes et deviennent le lieu de violents combats. Une LZ sous le feu devient une "hot LZ". L'une des LZ les plus connues est la LZ "X-Ray", dans la vallée de Ia Drang, où a lieu un combat particulièrement dur pendant la campagne de Ia Drang, en novembre 1965.

Le 17 novembre 1965, le 2/7th Cavalry, qui a pris part à la bataille de Ia Drang les jours précédents, quitte la LZ X-Ray pour rejoindre la LZ Albany, à 4 km au nord-nord-est. En chemin, le bataillon américain est pris en embuscade par le 8ème bataillon du 66ème régiment nord-viêtnamien. Le bataillon américain est décimé : il compte 155 tués et 124 blessés avant d'être dégagé. Sur la carte, on voit très bien le schéma classique de l'embuscade en L, côté nord-viêtnamien. Source :
Randal Scott BEEMAN, "Landing Zone", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.619-621.


Les LZ sont souvent défendues par des mitrailleuses. Les forces américaines, au sol, marquent leur position avec des grenades fumigènes, souvent de couleur, et les hélicoptères approchent en restant à ras du sol, sans forcément atterrir. Les troupes sautent et s'éloignent des machines tandis que d'autres soldats y ramènent les blessés ou prennent le ravitaillement. Pour les équipages d'hélicoptères, c'est l'une des missions les plus risquées car ils sont fréquemment sous le feu de l'ennemi, et les pertes sont à l'avenant.


Pour en savoir plus:


Randal Scott BEEMAN, "Landing Zone", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.619-621.

lundi 30 septembre 2013

K comme... Kit Carson Scouts

Les Kit Carson Scouts sont d'anciens communistes, cadres politiques ou militaires souvent, qui ont fait défection, et qui acceptent de participer au combat à côté de soldats américains, australiens ou thaïlandais, souvent comme éclaireurs mais aussi parfois comme soldats, interprètes ou agents de renseignement. Les Américains procèdent ainsi à partir de mai 1966, lorsqu'un groupe du Viêtcong fait défection dans le secteur du 9th Marines. Les communistes répandent alors une rumeur selon laquelle Ngo Van Bay, un des défecteurs, a été horriblement torturé avant d'être exécuté. Le commandant du régiment envoie Bay et deux de ses camarades dans les villages pour rassurer les paysans. L'effet est tel que les Américains décident d'employer les défecteurs viêtcong du programme sud-viêtnamien Chieu Hoi ("Bras Ouverts") pour aider leurs opérations militaires ou de pacification. Bientôt, toutes les unités de Marines ou presque dans la zone tactique du Ier corps utilisent des Viêtcongs retournés.

Le programme des Kit Carson Scouts naît officiellement en octobre 1966 : le nom aurait été proposé par le général Nickerson, commandant la 1st Marine Division, qui a des ascendances indiennes et qui se trouve être un "mordu" de l'histoire de la conquête de l'ouest américain. Le nom Kit Carson rappelle cet aventurier américain du XIXème siècle, à la fois homme de la frontière, agent indien et soldat américain. D'octobre à décembre 1966, la IIIrd Marine Amphibious Force crédite ses unités Kit Carson Scouts de la mort de 47 Viêtcongs, de la prise de 16 armes et de la découverte de 18 mines ou tunnels. Westmoreland encourage bientôt l'initiative pour toutes les forces américaines au Viêtnam. A la mi-1968, ce sont plus de 700 Viêtcongs retournés qui servent avec les troupes sur le terrain. Beaucoup d'entre eux opèrent avec les patrouilles longue distance des Special Forces, ou conduisent les Américains vers les caches, tunnels ou dépôts viêtcong ou nrod-viêtnamiens. Les Kit Carson Scouts sont également utiles pour le programme de pacification car ils sont plus écoutés des paysans que les agents du gouvernement sud-viêtnamien... après le retrait américain, la plupart demande à rester auprès des unités de l'ARVN. Après la chute du Sud en 1975, beaucoup, capturés, sont exécutés ou emprisonnés par les vainqueurs. 


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Kit Carson Scouts", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.596.

dimanche 29 septembre 2013

J comme... Junction City

La deuxième opération search and destroy menée à l'échelon du corps d'armée par les Américains au Sud-Viêtnam, et l'une des opérations les plus importantes de la guerre. Elle dure du 22 février au 14 mai 1967 et implique 4 bataillons sud-viêtnamiens et 22 bataillons américains, tirés des 1st, 4th, 9th et 25th Infantry Divisions ; le 11th Armored Cavalry Regiment ; les 196th Infantry et 173rd Airborne Brigades. Junction City fait suite à Cedar Falls, mais avait été planifiée avant, dès la fin 1966. A la dernière minute, le MACV obtient des renseignements faisant état de la présence d'un QG viêtcong dans la zone du Triangle de Fer, qui sera donc visé par Cedar Falls. DePuy, le commandant de la 1st Infantry Division, s'oppose à Seaman, le chef de la IInd Field Force qui a obtenu le report, mais ce dernier est soutenu par Westmoreland. Junction City est encore retardée d'un mois pour résoudre les problèmes opérationnels qui se sont présentés durant Cedar Falls.

L'objectif de Junction City est de détruire là jusque là très évasive 9ème division viêtcong, commandée par le général nord-viêtnamien Hoang Cam, qui commandait déjà un régiment à Dien Bien Phu. La 9ème division opère dans la War Zone C, un sanctuaire viêtcong au nord-ouest de Saïgon, une zone plate et marécageuse près de la frontière cambodgienne, entrecoupée de rizières et de jungle. La montagne Nui Ba Den, qui culmine à plus de 1 000 mètres, domine le terrain ; découpée de grottes, les Américains suspectent qu'elle abrite par ailleurs le QG de l'Office Central pour le Sud-Viêtnam, autrement dit celui du Viêtcong au Sud.

La 3rd Brigade de la 4th Infantry Division et la 196th Infantry Brigade doivent prendre des positions de blocage à l'ouest. La 1st Infantry Division est à l'ouest. La 173rd Airborne Brigade et la 1st Brigade, 1st Infantry Division bloquent au nord. Le 11th Armored Cavalry Regiment à droite et la 2nd Brigade, 25th Infantry Division à gauche balaieront ensuite du sud vers le nord ce gigantesque fer à cheval inversé.

L'opération Junction City commence le 22 février 1967 par le largage du 2nd Battalion, 503th Infantry de la 173rd Airborne Brigade, le seul lâcher massif de parachutistes de toute la guerre, près de la frontière cambodgienne. Puis 249 hélicoptères déposent 8 bataillons d'infanterie sur les positions de blocage au nord, dans une des plus grandes opérations aéromobiles du conflit. Le jour suivant, les forces au sud commencent à remonter vers le nord dans la poche. Le 28 février, la 173rd Airborne Brigade découvre le bureau d'information clandestin du Viêtcong, avec un laboratoire photo souterrain. Le même jour, à l'est, la 1st Infantry Division engage un bataillon nord-viêtnamien. Le 10 mars, le 272ème régiment viêtcong attaque un bataillon de sapeurs qui construit un camp pour les Special Forces à Prek Klok, qui sont repoussés par les unités de soutien, notamment une d'artillerie qui tire au canon débouché à zéro.

Le 18 mars, la phase II de Junction City démarre pour nettoyer la zone est de la War Zone C. La 173rd Airborne Brigade est remplacée par la 1st Brigade, 9th Infantry Division. Durant les deux semaines suivantes, trois engagements majeurs vont se succéder très rapidement. Pendant la nuit du 19 mars, une Troop de cavalerie mécanisée de la 9th ID manque d'être submergée par le 273ème régiment viêtcong : les GI's restent enfermés dans leurs M113 pendant que l'artillerie tire des obus Beehive à fléchettes sur leur position contre les assaillants. A l'aube du 21 mars, sous le commandement du général Hoang Cam, le 273ème régiment de la 9ème division et le 16ème régiment nord-viêtnamien attaquent  un bataillon du 22nd Infantry, 4th ID, qui protège une unité d'artillerie à la Firebase Gold, près de Suoi Tre. Il faut deux autres bataillons américains pour déloger les assaillants et le général Hoang Cam reconnaît dans ses mémoires avoir subi de lourdes pertes. Enfin, près de la LZ George, le 1st Battalion, 26th Infantry, commandé par Alexander Haig, est assailli par le 271ème régiment viêtcong et par un bataillon du 16ème régiment nord-viêtnamien. Ceux-ci sont repoussés par l'artillerie, par les gunships et l'aviation.

Une phase III rajoutée démarre le 15 avril, avec une brigade "flottante", composée d'un bataillon de la 25th Infantry Division et d'un bataillon de l'ARVN, qui patrouillent dans la War Zone C. Les unités de la 9th Infantry Division remplacent la 196th Infantry Brigade près de la montagne Nui Ba Den. Les patrouilles ne rencontrent que peu de résistance. Sur le plan tactique, Junction City est un succès. Les Américains perdent 282 morts et 1 576 blessés, 3 chars, 4 hélicoptères, 5 canons et 21 véhicules blindés, mais revendiquent la mort de plus de 2 700 ennemis. Mais sur le plan stratégique, comme de nombreuses autres opérations search and destroy, c'est un échec : les 3 régiments de la 9ème division viêtcong, malmenés, n'en prennent pas moins part à l'offensive du Têt moins d'un an plus tard et occupent encore la War Zone C. Pire : Giap, rendu prudent par cette opération, déplace l'infrastructure du Viêtcong au Cambodge, où se trouve déjà des formations nord-viêtnamiennes. Les Américains sont contraints de continuer leur stratégie d'attrition, sans pouvoir toucher au coeur de la puissance adverse.


Pour en savoir plus :


David T. ZABECKI, "Iron Triangle", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.555-557.

I comme... Iron Triangle

Le Triangle de Fer est un sanctuaire viêtcong situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Saïgon. Il est délimité à l'est par la route nationale n°13 et la rivière Thi Thanh, et au sud-ouest par la rivière Saïgon. La zone de jungle épaisse baptisée le Trapèze, à l'ouest et au nord de Ben Cat, et la forêt de Thanh Dien sont au nord du Triangle. Le village de Ben Suc est au nord-ouest, le village de Ben Cat est au nord-est, et le village de Phu Cong est au sud-est : ils forment les pointes du triangle. Ben Suc est un temps le QG de la région militaire 4 du Viêtcong, responsable de Saïgon et de ses alentours.

L'opération Cedar Falls, en janvier 1967, est lancée pour éliminer le Triangle de Fer. Les habitants sont évacués, les villages rasés, la terre est retournée par des bulldozers et les tunnels sont détruits. Le Triangle de Fer devient une zone dévastée constamment pilonnée par l'artillerie et l'aviation américaines. Cela n'empêche pas les communistes de réinvestir le secteur.



Pour en savoir plus :


John F. VOTAW, "Iron Triangle", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.539.

samedi 28 septembre 2013

H comme... Hamburger Hill

L'un des plus sanglants combats de la guerre du Viêtnam. La bataille de la montagne Dong Ap Bia, connue sous le nom de Hamburger Hill, a lieu entre le 11 et le 20 mai 1969, pendant l'opération Apache Snow (10 mai-7 juin 1969). Les Américains se heurtent à des réguliers nord-viêtnamiens particulièrement bien retranchés et qui, contrairement à leur habitude, vont tenir sur place face à de multiples assauts frontaux américains. C'est pourquoi la bataille prend un tour particulièrement sanglant et que la montagne reçoit le surnom de "Hamburger Hill". Se déroulant au moment où les premiers retraits de troupes américains sont annoncés au public américain, la bataille suscite la controverse et le débat sur les tactiques et les objectifs de l'armée au Viêtnam.

La montagne Dong Ap Bia se situe dans la vallée de A Shau, à l'ouest de la zone tactique du Ier corps, au sud-ouest de Hué, près de la frontière laotienne. Contrairement à plupart des éminences à l'ouest de la vallée, qui forment une chaîne, Ap Bia se dresse seule, à plus de 1 000 mètres d'altitude, découpée par des ravins, recouverte par une canopée double ou triple de jungle. Elle est composée de plusieurs collines, la 937 au nord, la 916 au sud-ouest. L'opération Apache Snow vise à maintenir la pression sur la vallée d'A Shau, à la fois lieu de repos et terminus pour les infiltrations nord-viêtnamiennes sur la piste Hô Chi Minh. L'opération implique la 3rd Brigade de la 101st Airborne Division, le 9th Marines, et le 3rd Infantry Regiment de la 1st Infantry Division de l'ARVN.


Source : Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.



Le deuxième jour, la compagnie B du 3rd Battalion, 187th Infantry (les Rakassans), subissent des tirs de mitrailleuses et de RPG sur la colline 937. Il s'agit des 7ème et 8ème bataillons du 29ème régiment nord-viêtnamien, enterrés dans des bunkers sur la colline. Après une série d'assaut sur la colline, les Rakassans sont renforcés par deux autres bataillons de deux régiments de la 101st Airborne et par un bataillon du 3rd Infantry Regiment de l'ARVN. Le 18 mai, un assaut monté avec deux bataillons manquent d'emporter le sommet mais des pluies torrentielles contraignent les Américains à la retraite. Le 20 mai, après dix tentatives infructueuses, un dernier  effort chasse les Nord-Viêtnamiens de la montagne vers leurs sanctuaires au Laos.

L'objectif étant de tuer les soldats ennemis et de provoquer une rupture dans le flux à l'intérieur de la vallée, les Américains et les Sud-Viêtnamiens se retirent une fois le régiment nord-viêtnamien délogé. Comme de coutume ou presque, les Nord-Viêtnamiens réinvestissent bientôt les lieux. Les pertes sont de 56 Américains et 5 Sud-Viêtnamiens tués officiellement, mais Samuel Zaffiri, dans son ouvrage sur la bataille, donne 70 morts américains et 372 blessés, contre un total estimé de 640 morts ennemis. Les médias américains s'emparent de la bataille, vue comme le symbole d'un gaspillage de vies américaines pour des objectifs qui ne sont même pas conservés. Le débat prend une ampleur telle que le commandement américain, en plein retrait et alors qu'est enclenchée la viêtnamisation, doit limiter les opérations de combat.


Pour en savoir plus :



Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.

G comme... Golfe du Tonkin (incident du)

Un événement majeur qui va précipiter l'intervention directe des Etats-Unis au Sud-Viêtnam, via la résolution du même nom. Le 31 juillet 1964, le destroyer USS Maddox entame un circuit de reconnaissance au large des eaux territoriales du Nord-Viêtnam. Il transporte du personnel radio supplémentaire pour intercepter les communications radio nord-viêtnamiennes, mais ce n'est pas à proprement parler un bâtiment de guerre électronique. A la même époque, les Etats-Unis dont déclenché des opérations clandestines contre les côtes du Nord-Viêtnam, à l'aide de petites embarcations norvégiennes "Nasty", montées par des Sud-Viêtnamiens mais dirigées par des Américains, dans le cadre de l'OPLAN 34A. Ces bâtiments sont basés près de Da Nang. Deux îles au large de la côte du Nord-Viêtnam sont attaquées dans la nuit du 30 au 31 juillet, et deux points de la côte sont bombardés dans la nuit du 3 au 4 août. Une île est pilonnée et l'équipage d'un navire de pêche ramené au Sud pendant la nuit suivante. Le Maddox doit relever le maximum d'informations sur les défenses côtières, et les Américains déclenchent sciemment ces opérations nocturnes pour les mettre sur le qui-vive.

Dans la nuit du 1er août, le Maddox approche de l'île de Hon Me, attaquée dans la nuit du 30 au 31 juillet. Mais les défenses vont se révéler plus solides que prévu. L'après-midi du 2 août, trois navires lance-torpilles quittent l'île et se dirigent vers le destroyer. L'attaque à la torpille échoue et les vedettes nord-viêtnamiennes subissent des dégâts de par le tir des canons du destroyer et par l'intervention de 4 appareils du porte-avions Ticonderoga qui tombent sur elles en pleine retraite. Les Américains pensent, visiblement à tort, avoir coulé une vedette. Le président Johnson n'ordonne pas de frappes de représailles, pensant à une confusion dans la chaîne de commandement nord-viêtnamienne.

Le 3 août, le Maddox revient patrouiller dans le golfe du Tonkin avec un autre destroyer, le Turner Joy, de manière plus prudente cette fois. Les ordres éloignent les deux destroyers de la côte nord-viêtnamienne et interdisent même la section nord du golfe, ce qui empêche le Maddox, aussi, de collecter des renseignements. De nombreux marins, ainsi que le capitaine, John Herrick, pensent qu'une autre attaque des vedettes peut survenir à tout moment. Pendant deux heures, la nuit du 4 août, la situation devient très confuse. Le Turner Joy tire sur des objets visibles sur son radar que le Maddox ne voit pas, tandis que celui-ci intercepte des bruits qu'il interprète comme étant les moteurs des vedettes que le Turner Joy ne détecte pas sur son sonar. Certains marins sont convaincus d'avoir été attaqués par des vedettes, d'autres, qui semblent faire pencher la balance en leur faveur, sont persuadés d'avoir eu à faire à des perturbations atmosphériques, des crêtes de vagues ou même des animaux marins.

A Washington, on adopte la thèse de l'attaque, d'autant plus qu'on argue de communications nord-viêtnamiennes interceptés qui confirmeraient l'incident -que la NSA a déclassifié en 2005-2006, et qui ont sans doute été mal interprétées. Bien des années plus tard, le secrétaire à la défense Robert McNamara rencontre Giap qui lui garantit qu'il n'y a pas eu de seconde attaque. Johnson ordonne des frappes de représailles (opération Pierce Arrow) qui ont lieu dès l'après-midi du 5 août. Deux jours plus tard, il fait voter par le Congrès, à la quasi unanimité, la résolution du golfe du Tonkin qui lui donne les mains libres pour repousser l'agression communiste contre le Sud-Viêtnam. Politiquement, c'est un coup de maître car la population apprécie la gestion de l'affaire par le président et soutient sa politique au Viêtnam. Mais à long terme, l'effet est dramatique car ni la population ni le Congrès ne sont au courant de l'OPLAN 34A et des missions secrètes contre les côtes du Nord-Viêtnam, et ont été trompés sur les buts réels de l'administration Johnson. Beaucoup d'Américains penseront ensuite que la seconde attaque a été montée de toutes pièces et a simplement servi de prétexte.


Pour en savoir plus :


Edwin E. MOISE, "Gulf of Tonkin Incident", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.435-436.