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vendredi 11 octobre 2013

T comme... Tay Ninh

Une province, et une capitale provinciale, du Sud-Viêtnam, située à 80 km au nord-ouest de Saïgon. La province est bordée au nord et à l'ouest par le Cambodge, et à l'est et au sud par les provinces de Binh Long, Binh Duong et Hau Nghia. L'essentiel du terrain est plat et la province est régulièrement sous les eaux pendant la période des pluies, de mai à décembre. Au-dessus des plaines agricoles s'élève la montagne Nui Da Ben (la montagne de la Vierge Noire), dont le sommet est recouvert de nuages. Au nord, on trouve des forêts denses.


Source : http://www.history.army.mil/books/AMH-V2/AMH%20V2/map13.jpg


La province est dominée par la secte des Cao Dai dont le centre religieux, Thanh Dia, est près de Tay Ninh. Au départ rattachée au Cambodge, elle est conquise par les Viêtnamiens au XVIIIème siècle. Pendant la guerre d'Indochine, c'est une place forte du Viêtminh et des milices du Cao Dai farouchement opposées à la présence française. Pendant la guerre du Viêtnam, la région au nord de Nui Da Ben est un bastion communiste. En mai 1964, les Américains occupent la montagne et installent au sommet un poste d'observation. Celui-ci doit être ravitaillé par hélicoptère car le Viêtcong occupe toujours des grottes sur le flanc de la montagne.

La War Zone C est située dans la province, qui connaît donc un certain nombre d'opérations search and destroy : Attleboro, Junction City, Yellowstone. Pendant l'offensive du Têt, les communistes échouent à s'emparer de la ville de Tay Ninh. Pendant l'offensive de Pâques 1972, une attaque de diversion a lieu dans la province pour camoufler une attaque sur la province de Binh Luong. Le 6 janvier 1975, les restes d'une compagnie des forces régionales sud-viêtnamiennes évacuent le sommet de Nui Ba Den, provoquant l'exode de 25 000 habitants de Tay Ninh vers Saïgon. Une contre-offensive de l'ARVN échoue. Pendant l'attaque finale du Nord contre Saïgon, en avril 1975, la province est défendue par la 25th Infantry Division qui forme une partie de périmètre de défense extérieur de la capitale.

La province de Tay Ninh compte parmi les trois premières provinces du Sud-Viêtnam où les morts américains au combat ont été les plus nombreux.


Pour en savoir plus :


Glenn E. HELM, "Tay Ninh", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1096-1097.

mercredi 9 octobre 2013

S comme... Search and Destroy

La tactique d'attrition employée au Sud-Viêtnam entre 1965 et 1968. Elle est conçue par le commandant en chef du MACV, Westmoreland, et son G-3, le général DePuy. Cette tactique n'est pas issue de réflexions de comités militaires, de think-tanks ou du US Army Command and General Staff College. Elle est fonction des capacités militaires du moment. C'est une approche empirique issue des discussions entre Westmoreland et DePuy, qui aurait donné son nom à la tactique en question.

Bien que Westmoreland niera par la suite que le search and destroy soit une procédure tactique, il n'en reste pas moins que c'est celle mise en oeuvre par la majorité des unités américaines au Viêtnam. Elle suppose que la supériorité de puissance de feu et technologique des Américains leur permet d'écraser l'adversaire si jamais il est engagé au contact. C'est une tactique agressive où les troupes américaines, véhiculées par hélicoptère, recherchent l'engagement pour détruire l'ennemi, et éventuellement ses camps de base. Elle vise à tuer des hommes plutôt qu'à conquérir du terrain : les soldats sont débarqués, engagent l'ennemi et repartent de là où ils sont venus jusqu'à la prochaine opération.

Tous les militaires américains ne sont pas forcément d'accord avec cette approche, en particulier le commandant de l'USAF et celui des Marines. Le général Gavin suggère de limiter l'intervention américaine à des enclaves, qui seront sécurisées, laissant le gros des combats à l'ARVN. Edward Lansdale préconise d'insister sur la pacification et la contre-insurrection dans les campagnes plutôt que sur l'engagement de bataillons de combat. Mais Westmoreland ne veut pas d'une stratégie défensive et rejette les enclaves. On le voit dès le mois de juin 1965 lorsque la 173rd Airborne Brigade, première unité de l'US Army déployée sur place, dans la province de Phuoc Long, au nord de Saïgon, est appelée en renfort pour soutenir l'ARVN à Dong Xoai. Le 26 juin, le Pentagone autorise Westmoreland à mener des opérations de combat. Deux jours plus tard, 3 000 hommes de la 173rd Airborne Brigade se lancent dans la War Zone D.

Westmoreland emploie en fait l'outil à sa disposition, conçu pour combattre les Soviétiques en Europe centrale et orientale, via la trouée de Fulda ou le corridor de Hof. Les planificateurs qui se chargent du transfert des unités au Sud-Viêtnam pensent qu'elles viendront facilement à bout d'unités irrégulières de guérilla. Westmoreland, influencé par son expérience de la Seconde Guerre mondiale et de la Corée, a cru pouvoir infliger aux communistes suffisamment de pertes pour les faire plier, tout en limitant les pertes américaines. Mais, en réalité, le Nord-Viêtnam peut produire 200 000 nouvelles recrues chaque année. Les Américains n'ont jamais été capables d'éliminer autant de soldats ennemis en une seule année. En outre, les communistes ont l'initiative et choisissent fréquemment le lieu du combat, s'évadant facilement au moment opportun. Après l'offensive du Têt, le terme search and destroy est remplacé par celui de "reconnaissance in force". Mais la tactique, elle, reste la même, quoiqu'en dise les détracteurs de Westmoreland.



Pour en savoir plus :


Cecil B. CURREY, "Search and Destroy", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1030-1031.

mercredi 2 octobre 2013

M comme... Masher (opération)

La première grande opération search and destroy de la guerre du Viêtnam. L'opération Masher -vite rebaptisée White Wing- s'étale sur 42 jours dans les montagnes recouvertes de forêts et les vallées découpées du nord de la province de Binh Dinh, dans la zone tactique du IIème corps. Elle implique 20 000 hommes de la 1st Cavalry Division, de la 22nd Infantry Division de l'ARVN et de la brigade aéroportée, et du 1st Regiment de la Republic of Korea Army Capitol Division. Commencée le 22 janvier 1966, elle est renommée "White Wing" le 4 février à la demande du président Johnson, qui craint l'effet du mot "Masher" (broyeur) sur l'opinion américaine.

C'est la première opération où l'armée américaine fait franchir les limites de zones tactiques de corps. La 3rd Marine Division, au nord, mène parallèlement l'opération Double Eagle et entre dans la province de Binh Dinh pour soutenir la 1st Cavalry. L'ARVN mène également deux autres opérations en parallèle. L'opération Masher commence avec la dépose de quatre bataillons de la 3rd Brigade de la 1st Cavalry à une dizaine de kilomètres au nord de Bong Son, face aux 8 000 hommes de la 3ème division "Drapeau Jaune", composée du 2ème régiment viêtcong et des 12ème et 22ème régiments nord-viêtnamiens. Le contact est établi rapidement et des combats acharnés ont lieu les 28-29 janvier à Phung Du et An Thoi. Avec un soutien aérien massif, la 1st Cavalry repousse l'adversaire dans la zone de responsabilité tactique de l'Airborne Brigade de l'ARVN. La 1st Cavalry revendique 600 morts ennemis contre 75 tués et 240 blessés.

Source : http://www.laguerreduvietnam.com/medias/images/masher-white-wing.jpg


Avec le renfort de la 2nd Brigade, la 3rd Brigade de la 1st Cavalry pousse, à partir du 6 février, dans la vallée d'An Lao pour faire la jonction avec les Marines venus du nord. La 1st Brigade opère au sud de Bong Son sur la route n°1, tandis que la 2nd Brigade repousse un bataillon communiste des montagnes Cay Giep vers la 22nd Infantry Division de l'ARVN. Mais la plupart des unités communistes ont fui au préalable, ayant été sévèrement malmenées lors des combats sur la côte. L'opération se termine le 6 mars, une fois que la 1st Cavalry a terminé son cercle d'opérations aéromobiles autour de Bong Son. En six semaines de combat, la division revendique 1 350 morts ennemis. Les B-52 et les appareils tactiques ont largué 750 tonnes de bombes et près de 150 tonnes de napalm tandis que l'artillerie a tiré 141 000 obus. Les Américains se vantent d'avoir replacé une bonne partie de la population sous le contrôle du gouvernement sud-viêtnamien : en réalité, l'usage massif de l'appui-feu a provoqué 140 000 réfugiés et comme l'effort n'est pas couplé avec un programme de pacification, la zone n'est pas davantage sécurisée. Les communistes y reviennent d'ailleurs rapidement et la 1st Cavalry doit lancer plus tard dans l'année 1966 l'opération Irving/Thayer.


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Masher/White Wing, Operation", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.708-709.

dimanche 29 septembre 2013

J comme... Junction City

La deuxième opération search and destroy menée à l'échelon du corps d'armée par les Américains au Sud-Viêtnam, et l'une des opérations les plus importantes de la guerre. Elle dure du 22 février au 14 mai 1967 et implique 4 bataillons sud-viêtnamiens et 22 bataillons américains, tirés des 1st, 4th, 9th et 25th Infantry Divisions ; le 11th Armored Cavalry Regiment ; les 196th Infantry et 173rd Airborne Brigades. Junction City fait suite à Cedar Falls, mais avait été planifiée avant, dès la fin 1966. A la dernière minute, le MACV obtient des renseignements faisant état de la présence d'un QG viêtcong dans la zone du Triangle de Fer, qui sera donc visé par Cedar Falls. DePuy, le commandant de la 1st Infantry Division, s'oppose à Seaman, le chef de la IInd Field Force qui a obtenu le report, mais ce dernier est soutenu par Westmoreland. Junction City est encore retardée d'un mois pour résoudre les problèmes opérationnels qui se sont présentés durant Cedar Falls.

L'objectif de Junction City est de détruire là jusque là très évasive 9ème division viêtcong, commandée par le général nord-viêtnamien Hoang Cam, qui commandait déjà un régiment à Dien Bien Phu. La 9ème division opère dans la War Zone C, un sanctuaire viêtcong au nord-ouest de Saïgon, une zone plate et marécageuse près de la frontière cambodgienne, entrecoupée de rizières et de jungle. La montagne Nui Ba Den, qui culmine à plus de 1 000 mètres, domine le terrain ; découpée de grottes, les Américains suspectent qu'elle abrite par ailleurs le QG de l'Office Central pour le Sud-Viêtnam, autrement dit celui du Viêtcong au Sud.

La 3rd Brigade de la 4th Infantry Division et la 196th Infantry Brigade doivent prendre des positions de blocage à l'ouest. La 1st Infantry Division est à l'ouest. La 173rd Airborne Brigade et la 1st Brigade, 1st Infantry Division bloquent au nord. Le 11th Armored Cavalry Regiment à droite et la 2nd Brigade, 25th Infantry Division à gauche balaieront ensuite du sud vers le nord ce gigantesque fer à cheval inversé.

L'opération Junction City commence le 22 février 1967 par le largage du 2nd Battalion, 503th Infantry de la 173rd Airborne Brigade, le seul lâcher massif de parachutistes de toute la guerre, près de la frontière cambodgienne. Puis 249 hélicoptères déposent 8 bataillons d'infanterie sur les positions de blocage au nord, dans une des plus grandes opérations aéromobiles du conflit. Le jour suivant, les forces au sud commencent à remonter vers le nord dans la poche. Le 28 février, la 173rd Airborne Brigade découvre le bureau d'information clandestin du Viêtcong, avec un laboratoire photo souterrain. Le même jour, à l'est, la 1st Infantry Division engage un bataillon nord-viêtnamien. Le 10 mars, le 272ème régiment viêtcong attaque un bataillon de sapeurs qui construit un camp pour les Special Forces à Prek Klok, qui sont repoussés par les unités de soutien, notamment une d'artillerie qui tire au canon débouché à zéro.

Le 18 mars, la phase II de Junction City démarre pour nettoyer la zone est de la War Zone C. La 173rd Airborne Brigade est remplacée par la 1st Brigade, 9th Infantry Division. Durant les deux semaines suivantes, trois engagements majeurs vont se succéder très rapidement. Pendant la nuit du 19 mars, une Troop de cavalerie mécanisée de la 9th ID manque d'être submergée par le 273ème régiment viêtcong : les GI's restent enfermés dans leurs M113 pendant que l'artillerie tire des obus Beehive à fléchettes sur leur position contre les assaillants. A l'aube du 21 mars, sous le commandement du général Hoang Cam, le 273ème régiment de la 9ème division et le 16ème régiment nord-viêtnamien attaquent  un bataillon du 22nd Infantry, 4th ID, qui protège une unité d'artillerie à la Firebase Gold, près de Suoi Tre. Il faut deux autres bataillons américains pour déloger les assaillants et le général Hoang Cam reconnaît dans ses mémoires avoir subi de lourdes pertes. Enfin, près de la LZ George, le 1st Battalion, 26th Infantry, commandé par Alexander Haig, est assailli par le 271ème régiment viêtcong et par un bataillon du 16ème régiment nord-viêtnamien. Ceux-ci sont repoussés par l'artillerie, par les gunships et l'aviation.

Une phase III rajoutée démarre le 15 avril, avec une brigade "flottante", composée d'un bataillon de la 25th Infantry Division et d'un bataillon de l'ARVN, qui patrouillent dans la War Zone C. Les unités de la 9th Infantry Division remplacent la 196th Infantry Brigade près de la montagne Nui Ba Den. Les patrouilles ne rencontrent que peu de résistance. Sur le plan tactique, Junction City est un succès. Les Américains perdent 282 morts et 1 576 blessés, 3 chars, 4 hélicoptères, 5 canons et 21 véhicules blindés, mais revendiquent la mort de plus de 2 700 ennemis. Mais sur le plan stratégique, comme de nombreuses autres opérations search and destroy, c'est un échec : les 3 régiments de la 9ème division viêtcong, malmenés, n'en prennent pas moins part à l'offensive du Têt moins d'un an plus tard et occupent encore la War Zone C. Pire : Giap, rendu prudent par cette opération, déplace l'infrastructure du Viêtcong au Cambodge, où se trouve déjà des formations nord-viêtnamiennes. Les Américains sont contraints de continuer leur stratégie d'attrition, sans pouvoir toucher au coeur de la puissance adverse.


Pour en savoir plus :


David T. ZABECKI, "Iron Triangle", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.555-557.

mercredi 25 septembre 2013

B comme... Ben Suc

Ben Suc est un village sud-viêtnamien situé à la pointe sud-ouest du "Triangle de fer", une place forte du Viêtcong, et qui se trouve un des point de blocage choisi pour l'opération Cedar Falls (8-26 janvier 1967). Cedar Falls est la première opération search and destroy de la guerre du Viêtnam menée à l'échelon du corps d'armée. L'objectif est le quartier général de la région militaire 4 du Viêtcong selon le procédé "marteau et enclume". L'enclume se trouve le long de la rivière Saïgon, au sud-ouest du Triangle de Fer. Ben Suc et trois villages voisins sont le coeur d'une base logistique viêtcong qui achemine du ravitaillement par sampan sur la rivière.

Le 8 janvier 1967, 60 hélicoptères protégés par 10 gunships déposent 500 hommes de la 2nd Brigade, 1st Infantry Division, dans Ben Suc. La surprise tactique est totale, et l'artillerie pilonne  le nord du village pour empêcher la retraite de l'adversaire. A 8h30 d'autres hommes de la 2nd Brigade établissent une position de blocage au sud. Le village est sécurisé en milieu de matinée, sans perte. Un bataillon de l'ARVN précédemment chassé de Ben Suc par le Viêtcong revient sur place pour procéder à une fouille approfondie.

Le village est ensuite rasé par les bulldozers américains. Du gaz, des explosifs et plus tard des bombes sont employés pour détruire le réseau de tunnels qui court sous Ben Suc. Près de 6 000 villageois, dont deux tiers sont des enfants, sont déplacés dans un camp de regroupement à Phu Loi. En réalité, le Viêtcong a largement échappé à l'opération Cedar Falls, qui revendique malgré tout un body count de 750 tués, 280 prisonniers et 540 défecteurs, tout en perdant 83 morts et 45 blessés. Les forces communistes réinvestissent bientôt les lieux, alors que le commandant de la 1st Infantry Division, le général DuPuy, se gargarise d'un "tournant décisif... un coup dans le secteur dont le Viêtcong ne pourra jamais se remettre". Pour les villageois, le déplacement forcé est un cauchemar : ils n'ont pu emporter que ce qu'ils pouvaient transporter à la main, et rien n'a été prévu pour les accueillir à Phu Loi...



Pour en savoir plus :


Spencer C. TUCKER, "Ben Suc", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.101-102.