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mercredi 9 octobre 2013

S comme... Search and Destroy

La tactique d'attrition employée au Sud-Viêtnam entre 1965 et 1968. Elle est conçue par le commandant en chef du MACV, Westmoreland, et son G-3, le général DePuy. Cette tactique n'est pas issue de réflexions de comités militaires, de think-tanks ou du US Army Command and General Staff College. Elle est fonction des capacités militaires du moment. C'est une approche empirique issue des discussions entre Westmoreland et DePuy, qui aurait donné son nom à la tactique en question.

Bien que Westmoreland niera par la suite que le search and destroy soit une procédure tactique, il n'en reste pas moins que c'est celle mise en oeuvre par la majorité des unités américaines au Viêtnam. Elle suppose que la supériorité de puissance de feu et technologique des Américains leur permet d'écraser l'adversaire si jamais il est engagé au contact. C'est une tactique agressive où les troupes américaines, véhiculées par hélicoptère, recherchent l'engagement pour détruire l'ennemi, et éventuellement ses camps de base. Elle vise à tuer des hommes plutôt qu'à conquérir du terrain : les soldats sont débarqués, engagent l'ennemi et repartent de là où ils sont venus jusqu'à la prochaine opération.

Tous les militaires américains ne sont pas forcément d'accord avec cette approche, en particulier le commandant de l'USAF et celui des Marines. Le général Gavin suggère de limiter l'intervention américaine à des enclaves, qui seront sécurisées, laissant le gros des combats à l'ARVN. Edward Lansdale préconise d'insister sur la pacification et la contre-insurrection dans les campagnes plutôt que sur l'engagement de bataillons de combat. Mais Westmoreland ne veut pas d'une stratégie défensive et rejette les enclaves. On le voit dès le mois de juin 1965 lorsque la 173rd Airborne Brigade, première unité de l'US Army déployée sur place, dans la province de Phuoc Long, au nord de Saïgon, est appelée en renfort pour soutenir l'ARVN à Dong Xoai. Le 26 juin, le Pentagone autorise Westmoreland à mener des opérations de combat. Deux jours plus tard, 3 000 hommes de la 173rd Airborne Brigade se lancent dans la War Zone D.

Westmoreland emploie en fait l'outil à sa disposition, conçu pour combattre les Soviétiques en Europe centrale et orientale, via la trouée de Fulda ou le corridor de Hof. Les planificateurs qui se chargent du transfert des unités au Sud-Viêtnam pensent qu'elles viendront facilement à bout d'unités irrégulières de guérilla. Westmoreland, influencé par son expérience de la Seconde Guerre mondiale et de la Corée, a cru pouvoir infliger aux communistes suffisamment de pertes pour les faire plier, tout en limitant les pertes américaines. Mais, en réalité, le Nord-Viêtnam peut produire 200 000 nouvelles recrues chaque année. Les Américains n'ont jamais été capables d'éliminer autant de soldats ennemis en une seule année. En outre, les communistes ont l'initiative et choisissent fréquemment le lieu du combat, s'évadant facilement au moment opportun. Après l'offensive du Têt, le terme search and destroy est remplacé par celui de "reconnaissance in force". Mais la tactique, elle, reste la même, quoiqu'en dise les détracteurs de Westmoreland.



Pour en savoir plus :


Cecil B. CURREY, "Search and Destroy", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1030-1031.

dimanche 29 septembre 2013

J comme... Junction City

La deuxième opération search and destroy menée à l'échelon du corps d'armée par les Américains au Sud-Viêtnam, et l'une des opérations les plus importantes de la guerre. Elle dure du 22 février au 14 mai 1967 et implique 4 bataillons sud-viêtnamiens et 22 bataillons américains, tirés des 1st, 4th, 9th et 25th Infantry Divisions ; le 11th Armored Cavalry Regiment ; les 196th Infantry et 173rd Airborne Brigades. Junction City fait suite à Cedar Falls, mais avait été planifiée avant, dès la fin 1966. A la dernière minute, le MACV obtient des renseignements faisant état de la présence d'un QG viêtcong dans la zone du Triangle de Fer, qui sera donc visé par Cedar Falls. DePuy, le commandant de la 1st Infantry Division, s'oppose à Seaman, le chef de la IInd Field Force qui a obtenu le report, mais ce dernier est soutenu par Westmoreland. Junction City est encore retardée d'un mois pour résoudre les problèmes opérationnels qui se sont présentés durant Cedar Falls.

L'objectif de Junction City est de détruire là jusque là très évasive 9ème division viêtcong, commandée par le général nord-viêtnamien Hoang Cam, qui commandait déjà un régiment à Dien Bien Phu. La 9ème division opère dans la War Zone C, un sanctuaire viêtcong au nord-ouest de Saïgon, une zone plate et marécageuse près de la frontière cambodgienne, entrecoupée de rizières et de jungle. La montagne Nui Ba Den, qui culmine à plus de 1 000 mètres, domine le terrain ; découpée de grottes, les Américains suspectent qu'elle abrite par ailleurs le QG de l'Office Central pour le Sud-Viêtnam, autrement dit celui du Viêtcong au Sud.

La 3rd Brigade de la 4th Infantry Division et la 196th Infantry Brigade doivent prendre des positions de blocage à l'ouest. La 1st Infantry Division est à l'ouest. La 173rd Airborne Brigade et la 1st Brigade, 1st Infantry Division bloquent au nord. Le 11th Armored Cavalry Regiment à droite et la 2nd Brigade, 25th Infantry Division à gauche balaieront ensuite du sud vers le nord ce gigantesque fer à cheval inversé.

L'opération Junction City commence le 22 février 1967 par le largage du 2nd Battalion, 503th Infantry de la 173rd Airborne Brigade, le seul lâcher massif de parachutistes de toute la guerre, près de la frontière cambodgienne. Puis 249 hélicoptères déposent 8 bataillons d'infanterie sur les positions de blocage au nord, dans une des plus grandes opérations aéromobiles du conflit. Le jour suivant, les forces au sud commencent à remonter vers le nord dans la poche. Le 28 février, la 173rd Airborne Brigade découvre le bureau d'information clandestin du Viêtcong, avec un laboratoire photo souterrain. Le même jour, à l'est, la 1st Infantry Division engage un bataillon nord-viêtnamien. Le 10 mars, le 272ème régiment viêtcong attaque un bataillon de sapeurs qui construit un camp pour les Special Forces à Prek Klok, qui sont repoussés par les unités de soutien, notamment une d'artillerie qui tire au canon débouché à zéro.

Le 18 mars, la phase II de Junction City démarre pour nettoyer la zone est de la War Zone C. La 173rd Airborne Brigade est remplacée par la 1st Brigade, 9th Infantry Division. Durant les deux semaines suivantes, trois engagements majeurs vont se succéder très rapidement. Pendant la nuit du 19 mars, une Troop de cavalerie mécanisée de la 9th ID manque d'être submergée par le 273ème régiment viêtcong : les GI's restent enfermés dans leurs M113 pendant que l'artillerie tire des obus Beehive à fléchettes sur leur position contre les assaillants. A l'aube du 21 mars, sous le commandement du général Hoang Cam, le 273ème régiment de la 9ème division et le 16ème régiment nord-viêtnamien attaquent  un bataillon du 22nd Infantry, 4th ID, qui protège une unité d'artillerie à la Firebase Gold, près de Suoi Tre. Il faut deux autres bataillons américains pour déloger les assaillants et le général Hoang Cam reconnaît dans ses mémoires avoir subi de lourdes pertes. Enfin, près de la LZ George, le 1st Battalion, 26th Infantry, commandé par Alexander Haig, est assailli par le 271ème régiment viêtcong et par un bataillon du 16ème régiment nord-viêtnamien. Ceux-ci sont repoussés par l'artillerie, par les gunships et l'aviation.

Une phase III rajoutée démarre le 15 avril, avec une brigade "flottante", composée d'un bataillon de la 25th Infantry Division et d'un bataillon de l'ARVN, qui patrouillent dans la War Zone C. Les unités de la 9th Infantry Division remplacent la 196th Infantry Brigade près de la montagne Nui Ba Den. Les patrouilles ne rencontrent que peu de résistance. Sur le plan tactique, Junction City est un succès. Les Américains perdent 282 morts et 1 576 blessés, 3 chars, 4 hélicoptères, 5 canons et 21 véhicules blindés, mais revendiquent la mort de plus de 2 700 ennemis. Mais sur le plan stratégique, comme de nombreuses autres opérations search and destroy, c'est un échec : les 3 régiments de la 9ème division viêtcong, malmenés, n'en prennent pas moins part à l'offensive du Têt moins d'un an plus tard et occupent encore la War Zone C. Pire : Giap, rendu prudent par cette opération, déplace l'infrastructure du Viêtcong au Cambodge, où se trouve déjà des formations nord-viêtnamiennes. Les Américains sont contraints de continuer leur stratégie d'attrition, sans pouvoir toucher au coeur de la puissance adverse.


Pour en savoir plus :


David T. ZABECKI, "Iron Triangle", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.555-557.