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jeudi 7 novembre 2013

Y comme... Yankee Station

Un point des eaux internationales au large du Nord-Viêtnam, dans la mer de Chine. Yankee Station est le point d'ancrage de la Task Force 77 de la VIIth Fleet de l'US Navy, dont les pilotes mènent des frappes contre le Nord-Viêtnam. Les porte-avions contrôlent à la fois les eaux et projettent leurs appareils au-delà du rivage.

Les attaques visent les noeuds de voies ferrées ou les ponts. Entre 1965 et 1968, ces frappes sont inclues dans l'opération Rolling Thunder. Pour faciliter la tâche avec l'US Air Force, des périodes de bombardement des cibles sont attribuées à chaque branche. Mais la stratégie est difficile à coordonner et les Américains préfèrent finalement diviser le Nord-Viêtnam en zones géographiques, correspondant à des routes d'accès. La confusion est donc moins grande entre la Task Force 77 et la 7th Air Force, et chaque branche peut concentrer ses atouts sur les secteurs définis pour elle.

En parallèle à Yankee Station, Dixie Station, créée en mai 1965 au sud-ouest de Cam Ranh Bay, autorise les frappes sur le Sud-Viêtnam, le Laos et le Cambodge. Yankee Station, qui fait partie du fameux "Tonkin Gulf Yacht Club", permet de maintenir la suprématie aérienne de la Navy et de l'Air Force pendant la guerre du Viêtnam. Mais la permanence implique de maintenir sur zone 2 porte-avions à Yankee Station et 1 à Dixie Station : les bâtiments passent 80% du temps en mer, ce qui limite les repos et surtout la maintenance.


Pour en savoir plus :


J. Nathan CAMPBELL, "Yankee Station", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1355.



mercredi 9 octobre 2013

S comme... Search and Destroy

La tactique d'attrition employée au Sud-Viêtnam entre 1965 et 1968. Elle est conçue par le commandant en chef du MACV, Westmoreland, et son G-3, le général DePuy. Cette tactique n'est pas issue de réflexions de comités militaires, de think-tanks ou du US Army Command and General Staff College. Elle est fonction des capacités militaires du moment. C'est une approche empirique issue des discussions entre Westmoreland et DePuy, qui aurait donné son nom à la tactique en question.

Bien que Westmoreland niera par la suite que le search and destroy soit une procédure tactique, il n'en reste pas moins que c'est celle mise en oeuvre par la majorité des unités américaines au Viêtnam. Elle suppose que la supériorité de puissance de feu et technologique des Américains leur permet d'écraser l'adversaire si jamais il est engagé au contact. C'est une tactique agressive où les troupes américaines, véhiculées par hélicoptère, recherchent l'engagement pour détruire l'ennemi, et éventuellement ses camps de base. Elle vise à tuer des hommes plutôt qu'à conquérir du terrain : les soldats sont débarqués, engagent l'ennemi et repartent de là où ils sont venus jusqu'à la prochaine opération.

Tous les militaires américains ne sont pas forcément d'accord avec cette approche, en particulier le commandant de l'USAF et celui des Marines. Le général Gavin suggère de limiter l'intervention américaine à des enclaves, qui seront sécurisées, laissant le gros des combats à l'ARVN. Edward Lansdale préconise d'insister sur la pacification et la contre-insurrection dans les campagnes plutôt que sur l'engagement de bataillons de combat. Mais Westmoreland ne veut pas d'une stratégie défensive et rejette les enclaves. On le voit dès le mois de juin 1965 lorsque la 173rd Airborne Brigade, première unité de l'US Army déployée sur place, dans la province de Phuoc Long, au nord de Saïgon, est appelée en renfort pour soutenir l'ARVN à Dong Xoai. Le 26 juin, le Pentagone autorise Westmoreland à mener des opérations de combat. Deux jours plus tard, 3 000 hommes de la 173rd Airborne Brigade se lancent dans la War Zone D.

Westmoreland emploie en fait l'outil à sa disposition, conçu pour combattre les Soviétiques en Europe centrale et orientale, via la trouée de Fulda ou le corridor de Hof. Les planificateurs qui se chargent du transfert des unités au Sud-Viêtnam pensent qu'elles viendront facilement à bout d'unités irrégulières de guérilla. Westmoreland, influencé par son expérience de la Seconde Guerre mondiale et de la Corée, a cru pouvoir infliger aux communistes suffisamment de pertes pour les faire plier, tout en limitant les pertes américaines. Mais, en réalité, le Nord-Viêtnam peut produire 200 000 nouvelles recrues chaque année. Les Américains n'ont jamais été capables d'éliminer autant de soldats ennemis en une seule année. En outre, les communistes ont l'initiative et choisissent fréquemment le lieu du combat, s'évadant facilement au moment opportun. Après l'offensive du Têt, le terme search and destroy est remplacé par celui de "reconnaissance in force". Mais la tactique, elle, reste la même, quoiqu'en dise les détracteurs de Westmoreland.



Pour en savoir plus :


Cecil B. CURREY, "Search and Destroy", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1030-1031.

mercredi 2 octobre 2013

The Big Picture : First Cavalry Division (Airmobile) in Vietnam

Un documentaire officiel du Département de la Défense américain sur la 1st Cavalry au Viêtnam. Comme toujours, un type de sources à prendre avec du recul. La guerre aéromobile et les capacités de la 1st Cavalry sont bien montrées, mais le film n'évoque pas les échecs subis ou les difficultés auxquelles se heurtent la division -guerre d'attrition qui ne réussit pas, désastre de la LZ Albany minoré, lourdes pertes subies par la division pendant son engagement, pas de mention du "bataillon perdu" pendant le Têt. D'ailleurs le propos se concentre surtout sur les années 1965-1966 là encore vues par le prisme de la vision de l'armée américaine, qui n'a manifestement pas tiré toutes les leçons de sa défaite.


mardi 1 octobre 2013

L comme... Landing Zone

La zone d'atterrissage pour les hélicoptères, pendant la guerre du Viêtnam. D'ordinaire, dans le jargon militaire américain, le terme désignait auparavant une zone prévue pour un débarquement amphibie. Mais pendant la guerre, il devient exclusivement associé aux hélicoptères. Les Landing Zones sont à la fois temporaires et permanentes et deviennent souvent les champs de bataille de la guerre du Viêtnam.

Déjà utilisés pendant la guerre de Corée, notamment par les Marines, les hélicoptères sont employés au Viêtnam pour acheminer les hommes sur le terrain ou les rapatrier. Comme le terrain du Sud-Viêtnam est souvent recouvert de jungle ou de forêt, les Américains larguent des bidons d'essence ou de napalm suspendus à des filets sur des hélicoptères, pour nettoyer une zone délimitée pour l'atterrissage. Des bombes sont également spécialement conçues pour ce faire, la plus célèbre étant sans doute la monstrueuse BLU-82 Daisy Cutter ("Faucheuse de marguerites").

Les Landing Zones permettent aux Américains d'insérer rapidement des troupes dans des endroits isolés ou difficiles d'accès. Parfois elles servent aussi d'appât pour les forces ennemies. Le plus souvent, les Landing Zones sont contestées par les communistes et deviennent le lieu de violents combats. Une LZ sous le feu devient une "hot LZ". L'une des LZ les plus connues est la LZ "X-Ray", dans la vallée de Ia Drang, où a lieu un combat particulièrement dur pendant la campagne de Ia Drang, en novembre 1965.

Le 17 novembre 1965, le 2/7th Cavalry, qui a pris part à la bataille de Ia Drang les jours précédents, quitte la LZ X-Ray pour rejoindre la LZ Albany, à 4 km au nord-nord-est. En chemin, le bataillon américain est pris en embuscade par le 8ème bataillon du 66ème régiment nord-viêtnamien. Le bataillon américain est décimé : il compte 155 tués et 124 blessés avant d'être dégagé. Sur la carte, on voit très bien le schéma classique de l'embuscade en L, côté nord-viêtnamien. Source :
Randal Scott BEEMAN, "Landing Zone", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.619-621.


Les LZ sont souvent défendues par des mitrailleuses. Les forces américaines, au sol, marquent leur position avec des grenades fumigènes, souvent de couleur, et les hélicoptères approchent en restant à ras du sol, sans forcément atterrir. Les troupes sautent et s'éloignent des machines tandis que d'autres soldats y ramènent les blessés ou prennent le ravitaillement. Pour les équipages d'hélicoptères, c'est l'une des missions les plus risquées car ils sont fréquemment sous le feu de l'ennemi, et les pertes sont à l'avenant.


Pour en savoir plus:


Randal Scott BEEMAN, "Landing Zone", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.619-621.

vendredi 6 septembre 2013

Vidéo : La section Anderson (1967)

Le 3 février 1967, l'ORTF, dans Cinq colonnes à la une, diffuse La section Anderson. Le reportage a été tourné par Pierre Schoendoerffer, qui a couvert le siège de Dien Bien Phu en 1954 et a été fait prisonniers par le Viêtminh. Schoendoerffer écrit ensuite un roman, La 317ème section, sur ce même sujet, qui est adapté à l'écran en 1965.

L'année suivante, Schoendoerffer repart donc dans ce qui est devenu le Sud-Viêtnam pour suivre une section d'infanterie, la 1st Platoon de la B Company du 12th Cavalry, unité qui appartient à la légendaire 1st Cavalry Division. Cette division est la première de l'armée américaine à être entièrement aéromobile grâce à ses hélicoptères organiques. Arrivée sur place en août 1965, la division conduit la fameuse campagne de Ia Drang, en novembre, où elle affronte plusieurs régiments nord-viêtnamiens, dont elle vient à bout (temporairement), non sans mal d'ailleurs.

En 1966, la division mène une opération de poursuite dans les hauteurs surplombant la plaine côtière de la zone tactique du IIème corps, les Hauts-Plateaux. Le constat est mitigé : si l'emprise du Viêtcong dans une de ses places fortes a été affaiblie, la division a dû fréquemment envoyer des unités plus à l'ouest et ses firebases ont été régulièrement attaquées par surprise. Par ailleurs les pertes sont élevées, aussi bien en hommes qu'en matériel.

C'est justement en septembre-octobre 1966 que Schoendoerffer rejoint la section Anderson, qui a la particularité d'être commandée par un jeune lieutenant noir qui lui donne son nom. Les images, prises sur le vif, montrent les difficultés liés au climat et à travailler dans un contexte de guerre. Elles dévoilent également une guerre beaucoup moins enchanteresse et romantique que ne le laissent croire certains films. Le reportage est d'ailleurs repris par la chaîne américaine CBS en juillet 1967 et reçoit, le 10 avril 1968, l'Oscar du meilleur film documentaire. Vingt ans plus tard, en 1988, Schoendoerffer partira à la rencontre des survivants de la section Anderson. L'INA va prochainement rééditer ce reportage accompagné de sa suite, Réminiscences, qui lui montre les séquelles de la guerre.