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lundi 21 octobre 2013

U comme... U Minh (forêt de)

Une zone densément boisée et marécageuse au sud-ouest du delta du Mékong, située à la frontière entre les provinces An Xuyen et Kien Giang au Sud-Viêtnam. En plus d'être recouverte de jungle et de marais, la forêt U Minh et très chaude et humide. Traditionnellement un refuge pour les contrebandiers, les pirates et les bandits, la forêt est un sanctuaire communiste, appelée zone 483, depuis au moins la guerre d'Indochine. Toutes les voies d'eau environnantes sont contrôlées par le Viêtcong avant l'offensive du Têt de 1968. Durant la période 1962-1965, les armes et les munitions venant du Nord sont transportés via des navires de pêche camouflés qui débarquent leur chargement de nuit sur la péninsule de Ca Mau. Plus tard, le ravitaillement et les armes transitent via le Cambodge et l'île de Phu Quoc, puis la province de Kien Giang jusqu'à la forêt elle-même. Les hommes arrivent généralement par voie de terre.

Les unités viêtcong qui opèrent dans le secteur comprennent le 309ème bataillon des forces régulières, le 2ème bataillon U Minh des forces locales et le 10ème bataillon U Minh. En face, la 21st Infantry Division de l'ARVN est responsable du secteur. A partir de la fin 1968, l'armée américaine commence à mener des opérations dans la forêt après que plusieurs incendies aient brûlé un certain nombre d'arbres. En décembre 1968, le lieutenant Nicholas Rowe, des Special Forces, détenu depuis 1963, réussit une évasion spectaculaire de la forêt U Minh. Dans l'année suivant l'offensive du Têt, le Viêtcong perd sur place une bonne partie de sa base d'opération fort ancienne au profit de l'ARVN. Mais il s'y réinstalle notamment à la faveur de l'offensive de Pâques 1972, pour ne plus la quitter.


Pour en savoir plus :


Glenn E. HELM, "U Minh Forest", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1155.

vendredi 11 octobre 2013

T comme... Tay Ninh

Une province, et une capitale provinciale, du Sud-Viêtnam, située à 80 km au nord-ouest de Saïgon. La province est bordée au nord et à l'ouest par le Cambodge, et à l'est et au sud par les provinces de Binh Long, Binh Duong et Hau Nghia. L'essentiel du terrain est plat et la province est régulièrement sous les eaux pendant la période des pluies, de mai à décembre. Au-dessus des plaines agricoles s'élève la montagne Nui Da Ben (la montagne de la Vierge Noire), dont le sommet est recouvert de nuages. Au nord, on trouve des forêts denses.


Source : http://www.history.army.mil/books/AMH-V2/AMH%20V2/map13.jpg


La province est dominée par la secte des Cao Dai dont le centre religieux, Thanh Dia, est près de Tay Ninh. Au départ rattachée au Cambodge, elle est conquise par les Viêtnamiens au XVIIIème siècle. Pendant la guerre d'Indochine, c'est une place forte du Viêtminh et des milices du Cao Dai farouchement opposées à la présence française. Pendant la guerre du Viêtnam, la région au nord de Nui Da Ben est un bastion communiste. En mai 1964, les Américains occupent la montagne et installent au sommet un poste d'observation. Celui-ci doit être ravitaillé par hélicoptère car le Viêtcong occupe toujours des grottes sur le flanc de la montagne.

La War Zone C est située dans la province, qui connaît donc un certain nombre d'opérations search and destroy : Attleboro, Junction City, Yellowstone. Pendant l'offensive du Têt, les communistes échouent à s'emparer de la ville de Tay Ninh. Pendant l'offensive de Pâques 1972, une attaque de diversion a lieu dans la province pour camoufler une attaque sur la province de Binh Luong. Le 6 janvier 1975, les restes d'une compagnie des forces régionales sud-viêtnamiennes évacuent le sommet de Nui Ba Den, provoquant l'exode de 25 000 habitants de Tay Ninh vers Saïgon. Une contre-offensive de l'ARVN échoue. Pendant l'attaque finale du Nord contre Saïgon, en avril 1975, la province est défendue par la 25th Infantry Division qui forme une partie de périmètre de défense extérieur de la capitale.

La province de Tay Ninh compte parmi les trois premières provinces du Sud-Viêtnam où les morts américains au combat ont été les plus nombreux.


Pour en savoir plus :


Glenn E. HELM, "Tay Ninh", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.1096-1097.

lundi 30 septembre 2013

Vidéo : Battlefield Vietnam, épisode 4 : Showdown on the Iron Triangle (1999)

Le quatrième volet de la série documentaire Battlefield Vietnam (1999), de PBS, revient sur l'incapacité des Américains à déloger le Viêtcong de ses sanctuaires au nord de Saïgon, le Triangle de Fer et les War Zones C et D, adossées au Cambodge. Dès 1966, les opérations search and destroy se heurtent à un ennemi très évasif, qui joue de la proximité de la frontière et surtout des complexes de tunnels parmi les plus importants du Sud-Viêtnam. Les grandes opérations de 1967, Cedar Falls et Junction City, ne réussissent pas non plus à emporter la décision, en dépit des moyens considérables qui sont engagés et d'une tentative délibérée de terre brûlée pour Cedar Falls, dans le Triangle de Fer. Le documentaire a l'avantage de bien mettre en perspective les limites des choix américains dès 1966 et le renforcement du dispositif, mais s'attarde peut-être trop sur Cedar Falls et pas assez sur Junction City.


K comme... Kit Carson Scouts

Les Kit Carson Scouts sont d'anciens communistes, cadres politiques ou militaires souvent, qui ont fait défection, et qui acceptent de participer au combat à côté de soldats américains, australiens ou thaïlandais, souvent comme éclaireurs mais aussi parfois comme soldats, interprètes ou agents de renseignement. Les Américains procèdent ainsi à partir de mai 1966, lorsqu'un groupe du Viêtcong fait défection dans le secteur du 9th Marines. Les communistes répandent alors une rumeur selon laquelle Ngo Van Bay, un des défecteurs, a été horriblement torturé avant d'être exécuté. Le commandant du régiment envoie Bay et deux de ses camarades dans les villages pour rassurer les paysans. L'effet est tel que les Américains décident d'employer les défecteurs viêtcong du programme sud-viêtnamien Chieu Hoi ("Bras Ouverts") pour aider leurs opérations militaires ou de pacification. Bientôt, toutes les unités de Marines ou presque dans la zone tactique du Ier corps utilisent des Viêtcongs retournés.

Le programme des Kit Carson Scouts naît officiellement en octobre 1966 : le nom aurait été proposé par le général Nickerson, commandant la 1st Marine Division, qui a des ascendances indiennes et qui se trouve être un "mordu" de l'histoire de la conquête de l'ouest américain. Le nom Kit Carson rappelle cet aventurier américain du XIXème siècle, à la fois homme de la frontière, agent indien et soldat américain. D'octobre à décembre 1966, la IIIrd Marine Amphibious Force crédite ses unités Kit Carson Scouts de la mort de 47 Viêtcongs, de la prise de 16 armes et de la découverte de 18 mines ou tunnels. Westmoreland encourage bientôt l'initiative pour toutes les forces américaines au Viêtnam. A la mi-1968, ce sont plus de 700 Viêtcongs retournés qui servent avec les troupes sur le terrain. Beaucoup d'entre eux opèrent avec les patrouilles longue distance des Special Forces, ou conduisent les Américains vers les caches, tunnels ou dépôts viêtcong ou nrod-viêtnamiens. Les Kit Carson Scouts sont également utiles pour le programme de pacification car ils sont plus écoutés des paysans que les agents du gouvernement sud-viêtnamien... après le retrait américain, la plupart demande à rester auprès des unités de l'ARVN. Après la chute du Sud en 1975, beaucoup, capturés, sont exécutés ou emprisonnés par les vainqueurs. 


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Kit Carson Scouts", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.596.

dimanche 29 septembre 2013

I comme... Iron Triangle

Le Triangle de Fer est un sanctuaire viêtcong situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Saïgon. Il est délimité à l'est par la route nationale n°13 et la rivière Thi Thanh, et au sud-ouest par la rivière Saïgon. La zone de jungle épaisse baptisée le Trapèze, à l'ouest et au nord de Ben Cat, et la forêt de Thanh Dien sont au nord du Triangle. Le village de Ben Suc est au nord-ouest, le village de Ben Cat est au nord-est, et le village de Phu Cong est au sud-est : ils forment les pointes du triangle. Ben Suc est un temps le QG de la région militaire 4 du Viêtcong, responsable de Saïgon et de ses alentours.

L'opération Cedar Falls, en janvier 1967, est lancée pour éliminer le Triangle de Fer. Les habitants sont évacués, les villages rasés, la terre est retournée par des bulldozers et les tunnels sont détruits. Le Triangle de Fer devient une zone dévastée constamment pilonnée par l'artillerie et l'aviation américaines. Cela n'empêche pas les communistes de réinvestir le secteur.



Pour en savoir plus :


John F. VOTAW, "Iron Triangle", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.539.

mercredi 25 septembre 2013

B comme... Ben Suc

Ben Suc est un village sud-viêtnamien situé à la pointe sud-ouest du "Triangle de fer", une place forte du Viêtcong, et qui se trouve un des point de blocage choisi pour l'opération Cedar Falls (8-26 janvier 1967). Cedar Falls est la première opération search and destroy de la guerre du Viêtnam menée à l'échelon du corps d'armée. L'objectif est le quartier général de la région militaire 4 du Viêtcong selon le procédé "marteau et enclume". L'enclume se trouve le long de la rivière Saïgon, au sud-ouest du Triangle de Fer. Ben Suc et trois villages voisins sont le coeur d'une base logistique viêtcong qui achemine du ravitaillement par sampan sur la rivière.

Le 8 janvier 1967, 60 hélicoptères protégés par 10 gunships déposent 500 hommes de la 2nd Brigade, 1st Infantry Division, dans Ben Suc. La surprise tactique est totale, et l'artillerie pilonne  le nord du village pour empêcher la retraite de l'adversaire. A 8h30 d'autres hommes de la 2nd Brigade établissent une position de blocage au sud. Le village est sécurisé en milieu de matinée, sans perte. Un bataillon de l'ARVN précédemment chassé de Ben Suc par le Viêtcong revient sur place pour procéder à une fouille approfondie.

Le village est ensuite rasé par les bulldozers américains. Du gaz, des explosifs et plus tard des bombes sont employés pour détruire le réseau de tunnels qui court sous Ben Suc. Près de 6 000 villageois, dont deux tiers sont des enfants, sont déplacés dans un camp de regroupement à Phu Loi. En réalité, le Viêtcong a largement échappé à l'opération Cedar Falls, qui revendique malgré tout un body count de 750 tués, 280 prisonniers et 540 défecteurs, tout en perdant 83 morts et 45 blessés. Les forces communistes réinvestissent bientôt les lieux, alors que le commandant de la 1st Infantry Division, le général DuPuy, se gargarise d'un "tournant décisif... un coup dans le secteur dont le Viêtcong ne pourra jamais se remettre". Pour les villageois, le déplacement forcé est un cauchemar : ils n'ont pu emporter que ce qu'ils pouvaient transporter à la main, et rien n'a été prévu pour les accueillir à Phu Loi...



Pour en savoir plus :


Spencer C. TUCKER, "Ben Suc", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.101-102.

vendredi 13 septembre 2013

Eric HAMMEL, Marines in Hue City. A Portrait of Urban Combat, Tet, 1968, Zenith Press, 2007, 168 p.

On ne présente plus Eric Hammel, journaliste de formation, devenu écrivain d'histoire militaire, et qui produit des récits des grandes campagnes américaines de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée ou de la guerre du Viêtnam, essentiellement. J'avais d'ailleurs fiché ici-même son ouvrage consacré à la reconquête de Hué vue par les Marines.

En 2007, Eric Hammel publie chez Zenith Press ce volume en forme d'album illustré sur les combats de Hué. Pour ainsi dire, c'est purement et simplement, comme il le dit lui-même dans la préface, le complément iconographique de Fire in the Streets.

Les 6 cartes de localisation sont placées en tête d'ouvrage. Le plan du livre est classique. Dans un premier chapitre, Eric Hammel revient sur l'expérience des Marines en termes de combat urbain -à partir de la Seconde Guerre mondiale toutefois, car il n'évoque pas les expériences précédentes. Il semble sous-estimer la dureté des combats à Séoul, en 1950, où il y eut de vrais combats de rues : c'est d'ailleurs l'expérience la plus récente avant Hué, probablement, et qui n'est pas transmise pendant longtemps -syndrôme classique du retour d'expérience sur le combat urbain. Le deuxième chapitre explique le plan nord-viêtnamien et la tâche dévolue aux régiments qui assaillent la ville. Dans le troisième chapitre, il dépeint l'assaut initial sur Hué. Des photographies aérienne avec les bâtiments ou points importants surlignés ou encadrés en jaune permettent de se repérer facilement. La double page de photographies viêtcong ou nord-viêtnamiennes (p.36-37), en revanche, est assez pauvre : les photos ne sont même pas légendées, et le commentaire est a minima.

Comme dans Fire in the Streets, Hammel s'attache surtout, en fait, à décrire la reconquête de la partie sud -moderne- de Hué par les Marines à partir du 31 janvier. Le premier jour est marqué par une grave sous-estimation de la menace ennemie. Une fois celle-ci prise véritablement au sérieux, les Marines vont d'abord consolider leurs têtes de pont au sud de Hué les 1er-2 février avant de passer au nettoyage des 6 pâtés de maisons importants entre les 3 et 6 février 1968. C'est le temps qu'il faut au 2/5 et au 1/1 Marines pour briser les reins du 4ème régiment nord-viêtnamien dans le secteur. Hammel propose un récit au jour le jour des combats, mais les photographies aériennes sont déjà moins nombreuses pour suivre correctement la progression américaine. Il passe ensuite à la description du nettoyage au sud, entre le 7 février et le 8 mars. Le 804ème bataillon nord-viêtnamien, en effet, n'a pas été engagé ou presque dans les premiers combats et continue à se battre même après la destruction du 4ème régiment. C'est pourquoi les accrochages continuent alors que le combat s'est déplacé dans la partie nord de Hué, dans et autour de la Citadelle.

Ce n'est donc qu'aux deux-tiers du livre qu'Hammel en vient aux affrontements dans le vieux Hué, autour de la Citadelle, qui sont au départ assumé complètement par l'armée sud-viêtnamienne, l'ARVN. Du 31 janvier au 9 février, les Sud-Viêtnamiens conservent également des têtes de pont (notamment le QG de la 1st Infantry Division) et acheminent des renforts (unités de cette division et bataillon aéroportés, dans un premier temps) pour repousser les Nord-Viêtnamiens. Entre les 10 et 12 février, ce sont finalement un bataillon de Marines américains (1/5th Marines) et plusieurs batailles de Marines sud-viêtnamiens réunis dans un Battle Group qui gagnent le nord de Hué. Jusqu'au 20 février, les Marines américains, qui ont déjà dû réapprendre le combat urbain dans la partie sud de la ville, se heurtent à un ennemi déterminé et bien retranché. La bataille est terrible. Enfin, le 24 février, ce sont les Sud-Viêtnamiens qui investissent le Palais Impérial et jettent à bas le drapeau viêtcong hissé le 31 janvier sur le mât de la Citadelle. La bataille est terminée le 2 mars 1968, mais les combats continuent encore autour de la ville pendant plusieurs semaines. Hué est réduite en ruines et ne sera pas entièrement reconstruire lors de la chute du Sud-Viêtnam en 1975. En outre, les communistes laissent derrière probablement plus de 2 000 personnes exécutées au début de leur mainmise sur la ville et juste avant leur défaite.

Au final, le propos laisse un peu la même impression que Fire in the Streets. Si Hammel décrit avec précision, à grand renfort de témoignages, la bataille menée par les Marines américains dans la ville de Hué (au nord et au sud), il peine à s'élever au-dessus de la simple description, sauf au regard du combat urbain, où il y a des lignes intéressantes. Surtout, à l'image de bon nombre d'auteurs américains mais désormais à rebours de l'historiographie récente de la guerre du Viêtnam, Eric Hammel ne cherche pas vraiment à s'intéresser à l'armée sud-viêtnamienne qui assume pourtant au moins la moitié des combats, au même titre que les Marines. En témoignent les photos où l'on voit rarement les hommes de l'ARVN, sauf pour les moments symboliques comme la descente du drapeau viêtcong le 24 février et la levée des couleurs du Sud-Viêtnam. Ne parlons pas de l'adversaire communiste qui ne bénéficie, lui, quasiment d'aucune attention. Un travail iconographiquement intéressant mais singulièrement limité, donc, en termes d'approche.

mardi 10 septembre 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (4)

On poursuit dans les cartes malheureusement absentes du livre avec la quatrième, qui montre l'attaque initiale des Nord-Viêtnamiens et du Viêtcong sur la ville de Hué, le 31 janvier 1968.



Le livre ne comporte que la carte montrant la reconquête de la ville au 15 février (p.154), au moment où la rive sud a déjà été nettoyée par les Américains, et alors que la bataille fait rage autour de la citadelle.

Sur cette carte, on distingue la rivière des Parfums (Song Huong) qui coupe en deux parties la ville de Hué. Au sud, la ville moderne, avec des bâtiments importants comme la cathédrale, l'université, la prison et le centre administratif provincial. Au nord l'imposante citadelle, où se tient le palais impérial, et des quartiers résidentiels. Le complexe des conseiller du MACV se situe dans la partie sud, tandis que le QG de la 1st Infantry Division de l'ARVN, qui cantonne à Hué, est au nord-est de la citadelle.

Au matin du 31 janvier, comme on peut le voir sur la carte, plusieurs régiments nord-viêtnamiens renforcés d'un bataillon de sapeurs viêtcong investissent Hué. Le 4ème régiment s'attaque à la partie sud, qui est complètement submergée à l'exception du complexe des conseillers américains, qui résiste. Les Nord-Viêtnamiens établissent aussi des barrages vers le sud pour prévenir l'arrivée des renforts. Le 6ème régiment nord-viêtnamien attaque au nord, sur la vieille ville, s'empare de la citadelle et du palais impérial, où est hissé sur le mât le drapeau rouge, bleu et à l'étoile jaune du Front National de Libération. Mais les Nord-Viêtnamiens ne peuvent venir à bout de la compagnie Hac Bao, les Panthères Noires, force de réaction rapide de la 1st Infantry Division, qui protège les abords de l'aérodrome de Tay Loc. Ni du QG de la 1st Infantry Division. Ces points de résistance vont devenir les bases de la contre-offensive américaine et sud-viêtnamienne : c'est donc là que réside l'échec principal des assaillants.

En dehors de la carte, le 5ème régiment nord-viêtnamien couvre les approches nord et ouest de Hué et forme l'anneau extérieur de la défense. C'est dans ce régiment que le bataillon de la 1st Cavalry Division parti de la base PK 17 (à 17 km au nord de Hué) pour désserrer l'étau vient buter, manquant d'être anéanti.

vendredi 6 septembre 2013

Vidéo : La section Anderson (1967)

Le 3 février 1967, l'ORTF, dans Cinq colonnes à la une, diffuse La section Anderson. Le reportage a été tourné par Pierre Schoendoerffer, qui a couvert le siège de Dien Bien Phu en 1954 et a été fait prisonniers par le Viêtminh. Schoendoerffer écrit ensuite un roman, La 317ème section, sur ce même sujet, qui est adapté à l'écran en 1965.

L'année suivante, Schoendoerffer repart donc dans ce qui est devenu le Sud-Viêtnam pour suivre une section d'infanterie, la 1st Platoon de la B Company du 12th Cavalry, unité qui appartient à la légendaire 1st Cavalry Division. Cette division est la première de l'armée américaine à être entièrement aéromobile grâce à ses hélicoptères organiques. Arrivée sur place en août 1965, la division conduit la fameuse campagne de Ia Drang, en novembre, où elle affronte plusieurs régiments nord-viêtnamiens, dont elle vient à bout (temporairement), non sans mal d'ailleurs.

En 1966, la division mène une opération de poursuite dans les hauteurs surplombant la plaine côtière de la zone tactique du IIème corps, les Hauts-Plateaux. Le constat est mitigé : si l'emprise du Viêtcong dans une de ses places fortes a été affaiblie, la division a dû fréquemment envoyer des unités plus à l'ouest et ses firebases ont été régulièrement attaquées par surprise. Par ailleurs les pertes sont élevées, aussi bien en hommes qu'en matériel.

C'est justement en septembre-octobre 1966 que Schoendoerffer rejoint la section Anderson, qui a la particularité d'être commandée par un jeune lieutenant noir qui lui donne son nom. Les images, prises sur le vif, montrent les difficultés liés au climat et à travailler dans un contexte de guerre. Elles dévoilent également une guerre beaucoup moins enchanteresse et romantique que ne le laissent croire certains films. Le reportage est d'ailleurs repris par la chaîne américaine CBS en juillet 1967 et reçoit, le 10 avril 1968, l'Oscar du meilleur film documentaire. Vingt ans plus tard, en 1988, Schoendoerffer partira à la rencontre des survivants de la section Anderson. L'INA va prochainement rééditer ce reportage accompagné de sa suite, Réminiscences, qui lui montre les séquelles de la guerre.


jeudi 29 août 2013

EXCLUSIVITE : Con Thien, Song Be et Loc Ninh (passage coupé du chapitre 4 : Un prélude sanglant : la "bataille des frontières"

Pour fêter la parution du livre aujourd'hui, je vous propose en exclusivité un passage coupé du livre, que j'ai dû retirer faute de place de façon à faire une synthèse plus efficace -comme je l'ai dit dans ma présentation du livre, faire en synthèse du Têt en moins de 200 pages relève presque de la gageure... ce morceau "coupé" faisait partie du chapitre 4 sur la "bataille des frontières", la phase de diversion de l'offensive du Têt. Cette phase de diversion vise à attirer les forces américaines hors des zones côtières et peuplées, à améliorer la coordination entre troupes nord-viêtnamiennes et Viêtcong, et à protéger la logistique de l'offensive qui passe par la route Hô Chi Minh. Elle commence dès le mois de septembre 1967 avec le siège de Con Thien, près de la zone démilitarisée, que j'évoque ici, se poursuit avec les coups de sonde sur Song Be et Loc Ninh, que j'évoque également ici, et se termine avec la bataille de Dak To et les manoeuvres autour du camp de Khe Sanh, que j'ai choisies de conserver dans le livre car elles étaient les plus emblématiques de ce moment de l'offensive du Têt. Bonne lecture !


Le siège de Con Thien (septembre 1967)



Con Thien (la « colline des anges » en viêtnamien) est un poste avancé des Marines situé à 16 km au nord-ouest de Dong Ha, au sommet de la colline 158, et qui domine la zone démilitarisée. C'est la base la plus à l'est d'une ligne de positions américaines courant à l'ouest depuis Khe Sanh et Camp Carroll, qui doit protéger les deux provinces les plus au nord du Sud-Viêtnam, Quang Tri et Thua Thien, contre les infiltrations nord-viêtnamiennes ou une invasion à plus grande échelle. Le secrétaire à la Défense McNamara, promoteur de l'idée, a donné son nom à cette « ligne » fortifiée garnie de mines et de senseurs censés arrêter le flot de Nord-Viêtnamiens progressant vers le Sud, et qui est loin d'être terminée en 1967.




Le 8 mai 1967, après un barrage de mortiers et de roquettes, Con Thien subit un assaut en règle de la part des Nord-Viêtnamiens qui emploient des lance-flammes pour attaquer les bunkers. Deux tracteurs amphibie sont détruits par des tirs de RPG ou des charges satchel avant que les assaillants ne soient repoussés. Dans la deuxième moitié du mois de mai, les Marines mènent une pénétration conséquente dans la partie sud de la zone démilitarisée (opération Hickory) afin, notamment, d'évacuer la population civile présente pour mieux établir la ligne McNamara. Le 2 juillet, la compagnie B du 1st Battalion, 9th Marines, tombe dans une embuscade sur la route 561 à proximité de la base : elle est quasiment anéantie par le 90ème régiment nord-viêtnamien et perd plus de 200 tués et blessés dans ce qui est l'un des plus grands désastres jamais subis par une compagnie de Marines au Sud-Viêtnam. Le 1st Battalion, 9th Marines, secoué, est renforcé par le 3rd Battalion, 9th Marines et le 1st Battalion, 3rd Marines. Le 5 juillet, un obus nord-viêtnamien de 152 mm pulvérise le poste de commandement du bataillon de 9th Marines. Le 6, Con Thien subit pendant deux jours un assaut terrestre mené par un régiment nord-viêtnamien qui monte à l'assaut en vagues humaines, subissant de terribles pertes, les bo doi (nom donné aux soldats de l'armée nord-viêtnamienne) continuant à progresser malgré des pertes terribles pour jeter des charges de TNT sur les bunkers américains. La base est aussi la cible de quelques 130 pièces d'artillerie nord-viêtnamiennes placées dans des positions bien camouflées au nord de la rivière Ben Hai, qui coupe en deux la zone démilitarisée. Les Marines répliquent par plusieurs opérations en juillet et en août, tuant dans l'oeuf des tentatives nord-viêtnamiennes d'emporter la base.

Source : http://www.usmcvta.org/wp-content/uploads/2010/08/ArcLite-ConThien.jpg


En septembre 1967, ce sont les éléments de toute une division nord-viêtnamienne qui renouvellent l'attaque, sans succès. Echouant à venir à bout de Con Thien par des assauts terrestres, les Nord-Viêtnamiens accroient alors le pilonnage d'artillerie. Celui-ci atteint son paroxysme pendant la semaine du 19 au 27 septembre, lorsque plus de 3 000 obus de canons, de mortiers ou roquettes frappent les installations américaines. Les Américains répondent par des tirs massifs d'artillerie (dont ceux de navires de guerre croisant au large de la côte sud-viêtnamienne) et par des frappes aériennes tout aussi conséquentes, dont 790 sorties de bombardiers B-52. Dans le même temps, le 10 septembre, le 810ème régiment nord-viêtnamien, qui a revêtu pour l'occasion des gilets pare-balles et des casques empruntés aux Marines, s'en prend au périmètre du 3rd Battlion, 26th Marines non loin de Con Thien. Il faut un soutien massif en artillerie et en aviation pour venir à bout de l'attaque, qui met hors de combat un char lance-flammes M67 des Marines au RPG. L'appui-feu américain inflige de lourdes pertes aux Nord-Viêtnamiens et dès le 4 octobre, le siège de Con Thien est considéré comme levé par le MACV.


Song Be et Loc Ninh : une répétition (octobre-novembre 1967)



Cependant, les Nord-Viêtnamiens n'en restent pas là et lancent de nouveaux assauts le long de la frontière avec le Cambodge. Le 27 octobre, un régiment nord-viêtnamien attaque le poste de commandement d'un bataillon de l'ARVN à Song Be, dans la province de Phuoc Long, dans la zone tactique du IIIème corps.

Source : http://m0.i.pbase.com/g1/38/800338/2/107198110.3Hfy6pP6.jpg


Le général Pham Quoc Thuan, un proche du président Thieu, commande la 5th Infantry Division de l'ARVN qui protège Saïgon. Elle défend en particulier la ville contre les assauts en provenance du Cambodge. La route n°13, qui mène à Phnom Penh, traverse le secteur de la division sud-viêtnamienne. C'est contre elle que le général Hoang Van Tai, qui a remplacé le général Chi Thanh à la tête du commandement militaire de l'Office Central du Sud-Viêtnam, décide de porter un coup destiné à détourner l'attention de l'acheminement des renforts et des préparatifs divers en vue de l'offensive du Têt. Il s'agit aussi de fournir une expérience en termes d'offensive coordonnée entre plusieurs unités. Le choix se porte sur Loc Ninh, une capitale de district sur la route n°13 à 110 km au nord de Saïgon.

Initialement, le 271ème régiment viêtcong doit mener l'attaque mais il est bientôt engagé dans une embuscade contre un bataillon de la 1st Infantry Division stationnée non loin de là. C'est donc le 88ème régiment nord-viêtnamien qui ouvre le combat en attaquant un poste de commandement d'un des bataillons de la 5th Infantry Division le long de la Song Be, une rivière coulant non loin de Loc Ninh. Deux jours plus tard, la ville se trouve à son tour au coeur des combats. Comptant 10 000 habitants dont la plupart travaille encore dans les plantations de caoutchouc environnantes, Loc Ninh a été jusque là peu touchée par le conflit. Les Special Forces ont installé un camp de CIDG en décembre 1966, près de l'aérodrome de la ville, non loin du QG de l'ARVN qui dispose également de deux compagnies des Forces Régionales aux effectifs incomplets.

Source : http://m1.i.pbase.com/g5/38/800338/2/100755531.HAxNoUpb.jpg


Le 29 octobre, à 1h15, le camp des Special Forces est bombardé par l'artillerie, puis le 273ème régiment viêtcong emporte le quartier général du district. L'ARVN parvient à se maintenir dans une toute petite partie du bâtiment et fait tirer pas moins de 600 obus sur l'adversaire, puis certains sur ses propres positions, les combats étant très rapprochés. Les Special Forces envoient deux compagnies dans la ville en appui d'une autre de l'ARVN. Bientôt, le général Thuan arrive en hélicoptère avec des renforts de la 5th Infanry Division tandis que les Américains déploient des éléments d'une brigade de la 1st Infantry Division, dont une partie de son artillerie qui expédie 2 300 obus supplémentaires sur Loc Ninh. Le Viêtcong se retire dans l'après-midi. Mais deux jours plus tard, le 31 octobre, les 272ème et 273ème régiments viêtcong repartent à l'assaut, le 271ème régiment étant tenu en réserve. Cinq attaques se brisent contre la puissance de feu américaine et les cadavres de viêtcongs jonchent le sol. Les Américains trouvent sur les morts des copies chinoises de l'AK-47, le Type 56, flambant neuves. Puis, le 2 novembre, les 141ème et 165ème régiments nord-viêtnamiens montent eux aussi en ligne, sous le feu de 4 000 obus d'artillerie et de missions Arc Light menées par les B-52. Les Américains doivent engager deux bataillons de la 1st Infantry Division et l'ARVN fait appel à des éléments de la 18th Infantry Division pour repousser le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens, qui se replient finalement le 8 novembre.


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Cette attaque sur Loc Ninh est la première menée par l'Office Central du Sud-Viêtnam qui coordonne des éléments provenant de plusieurs divisions. Cet assaut a en fait été l'occasion pour les unités du Viêtcong et nord-viêtnamiennes de peaufiner leurs tactiques en combat urbain et de tester la réaction de l'ARVN et son utilisation de la puissance de feu au coeur d'une ville ravagée par les combats.