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lundi 7 octobre 2013

Q comme... Quang Tri (bataille de)

L'une des trois pinces de l'offensive nord-viêtnamienne de Pâques 1972. L'assaut sur Quang Tri est préparé par les tirs de canons de 130 et 152 mm placés juste au nord de la zone démilitarisée. Le 30 mars 1972, l'armée nord-viêtnamienne monte à l'assaut avec plus de 200 blindés, essentiellement des chars T-54 et PT-76, à travers la zone démilitarisée et via l'ouest, par Khe Sanh. 4 divisions déferlent dans la province de Quang Tri.

La 3rd Infantry Division de l'ARVN, nouvellement formée, qui couvre la province, est mise en déroute par l'attaque et beaucoup d'hommes se débandent. En outre, des frictions ont lieu entre les fantassins de l'ARVN et les Marines sud-viêtnamiens qui opèrent dans le secteur. La défense de la province de Quang Tri est fragile dès le départ. En outre, les deux premières semaines de l'offensive voient un temps bouché qui empêchent le soutien aérien rapproché américain. Par contre, à la mi-avril, les B-52 interviennent en force.

Mais les Nord-Viêtnamiens traversent en force la rivière Cam Lo-Cua Viêt et attaquent Quang Tri City de trois côtés, tandis qu'une puissante artillerie matraque l'ARVN au sud de la ville. Le 27 avril, la météo se dégrade et la division nord-viêtnamienne 304 repart à l'attaque. Des milliers de réfugiés sud-viêtnamiens fuient sur la route n°1, vers Hué. L'artillerie nord-viêtnamienne pilonne la ville et la route. Les morts sont si nombreux que les Sud-Viêtnamiens baptisent une portion de la route "la route des horreurs". Les Nord-Viêtnamiens s'emparent de Dong Ha le 28 avril et, finalement, de Quang Tri City le 1er mai 1972, et du reste de la province deux jours plus tard.

L'offensive nord-viêtnamienne se trouve ensuite dans l'impasse. A la fin de l'été, appuyé par les B-52 et avec un commandement supérieur renouvelé, les Sud-Viêtnamiens partent à la contre-offensive. Il faut des semaines de combats de rues pour reprendre Quang Tri City, le 15 septembre. Le lendemain, le drapeau sud-viêtnamien est hissé sur la Citadelle. La ville a été ravagée par les combats. L'ARVN a perdu près de 1 000 tués et plus de 4 000 blessés, et estime avoir tué plus de 8 000 Nord-Viêtnamiens. La bataille de Quang Tri et les succès remportés à Kontum et An Loc brisent l'offensive de Pâques de Hanoï. Les Nord-Viêtnamiens ont perdu en tout plus de 10 000 tués dans la province de Quang Tri, l'ARVN y laissant 2 000 morts et 9 000 blessés.


Pour en savoir plus :



James H. WILLBANKS, "Quang Tri City", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.952-953.

mercredi 2 octobre 2013

M comme... Masher (opération)

La première grande opération search and destroy de la guerre du Viêtnam. L'opération Masher -vite rebaptisée White Wing- s'étale sur 42 jours dans les montagnes recouvertes de forêts et les vallées découpées du nord de la province de Binh Dinh, dans la zone tactique du IIème corps. Elle implique 20 000 hommes de la 1st Cavalry Division, de la 22nd Infantry Division de l'ARVN et de la brigade aéroportée, et du 1st Regiment de la Republic of Korea Army Capitol Division. Commencée le 22 janvier 1966, elle est renommée "White Wing" le 4 février à la demande du président Johnson, qui craint l'effet du mot "Masher" (broyeur) sur l'opinion américaine.

C'est la première opération où l'armée américaine fait franchir les limites de zones tactiques de corps. La 3rd Marine Division, au nord, mène parallèlement l'opération Double Eagle et entre dans la province de Binh Dinh pour soutenir la 1st Cavalry. L'ARVN mène également deux autres opérations en parallèle. L'opération Masher commence avec la dépose de quatre bataillons de la 3rd Brigade de la 1st Cavalry à une dizaine de kilomètres au nord de Bong Son, face aux 8 000 hommes de la 3ème division "Drapeau Jaune", composée du 2ème régiment viêtcong et des 12ème et 22ème régiments nord-viêtnamiens. Le contact est établi rapidement et des combats acharnés ont lieu les 28-29 janvier à Phung Du et An Thoi. Avec un soutien aérien massif, la 1st Cavalry repousse l'adversaire dans la zone de responsabilité tactique de l'Airborne Brigade de l'ARVN. La 1st Cavalry revendique 600 morts ennemis contre 75 tués et 240 blessés.

Source : http://www.laguerreduvietnam.com/medias/images/masher-white-wing.jpg


Avec le renfort de la 2nd Brigade, la 3rd Brigade de la 1st Cavalry pousse, à partir du 6 février, dans la vallée d'An Lao pour faire la jonction avec les Marines venus du nord. La 1st Brigade opère au sud de Bong Son sur la route n°1, tandis que la 2nd Brigade repousse un bataillon communiste des montagnes Cay Giep vers la 22nd Infantry Division de l'ARVN. Mais la plupart des unités communistes ont fui au préalable, ayant été sévèrement malmenées lors des combats sur la côte. L'opération se termine le 6 mars, une fois que la 1st Cavalry a terminé son cercle d'opérations aéromobiles autour de Bong Son. En six semaines de combat, la division revendique 1 350 morts ennemis. Les B-52 et les appareils tactiques ont largué 750 tonnes de bombes et près de 150 tonnes de napalm tandis que l'artillerie a tiré 141 000 obus. Les Américains se vantent d'avoir replacé une bonne partie de la population sous le contrôle du gouvernement sud-viêtnamien : en réalité, l'usage massif de l'appui-feu a provoqué 140 000 réfugiés et comme l'effort n'est pas couplé avec un programme de pacification, la zone n'est pas davantage sécurisée. Les communistes y reviennent d'ailleurs rapidement et la 1st Cavalry doit lancer plus tard dans l'année 1966 l'opération Irving/Thayer.


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Masher/White Wing, Operation", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.708-709.

mardi 24 septembre 2013

A comme... Afro-américains dans la guerre du Viêtnam

L'armée américaine, jusqu'en 1948, reste une armée marquée par la ségrégation. Blancs et Noirs combattent dans des unités séparées, les Noirs étant relégués, surtout, dans des fonctions non combattantes. Héritage de la guerre de Sécession et de la période de la Reconstruction. Le décret du président Truman est appliqué par la Navy et l'Air Force en 1950, mais pour l'US Army, il faut attendre la fin de la guerre de Corée pour que la ségrégation soit complètement abolie. La guerre du Viêtnam est donc le premier conflit où l'armée américaine entre sans la ségrégation raciale, et les Noirs sont encouragés à faire partie de l'institution militaire.

En 1962, le président Kennedy ressuscite un dispositif visant à trouver des solutions pour que les Noirs qualifiés entrent dans l'armée en plus grand nombre. En 1964, les Noirs représentent 13% de la population américaine mais moins de 9% des hommes de ses forces armées. L'intégration est mauvaise, les promotions improbables, les possibilités dans la Garde Nationale étroites, et les Noirs sont toujours victimes de discrimination sur les bases militaires et aux alentours.

La participation plus importante des Noirs au sein de l'armée américaine va entraîner, à l'heure de la lutte pour les droits civiques, des accusations d'incorporation raciste, au motif que les Noirs seraient utilisés au Viêtnam comme "chair à canon". Martin Luther King affirme ainsi que les Noirs représentent une bonne proportion des premiers appelés et qu'ils ont eu plus de chance de se faire tuer au combat. En réalité, la conscription touche aussi bien les Blancs pauvres, ouvriers et mal éduqués, chômeurs, que les Noirs de même condition, les classes moyennes et supérieures étant largement exemptées par des passe-droits.

Le projet 100 000, incorporé dans celui de "Grande Société" de Johnson, en 1966, cherche à rééquilibrer les chances au niveau du service militaire pour les jeunes issus des zones urbaines défavorisées. Mais c'est un échec : sur 350 000 conscrits de ce type incorporés jusqu'à la fin de la guerre, 41% sont des Afro-Américains et 40% sont affectés à des missions de combat. Les pertes sont deux fois plus élevées dans cette catégorie, qui reçoit finalement peu de formation militaire ou d'opportunités pour se réintégrer dans la vie civile. Les Noirs sont davantage représentés dans les troupes de première ligne, avec beaucoup de volontaires. Entre 1961 et 1966, s'ils ne représentent que 13% de la population et moins de 10% des effectifs de l'armée, ils constituent 20% des pertes au combat sur cette période. En 1965, les Afro-Américains forment le quart des morts au combat de l'US Army. En 1968, alors qu'ils constituent 12% de l'effectif de l'US Army et des Marines, la moitié est en première ligne dans les unités de combat. Un effort est consenti après 1966 pour réduire cette proportion : à la fin de la guerre, les Noirs sont à 12% des pertes, à peu près l'équivalent de leur pourcentage dans l'armée. Ils n'ont probablement pas servi de "chair à canon", mais il n'en demeure pas moins qu'ils ont été fréquemment exposés en première ligne et qu'ils ont supporté une bonne partie du gros des combats.

Par ailleurs l'armée américaine doit aussi compter avec les répercussions de la lutte pour les droits civiques. Les émeutes de Harlem en 1964, celles de Watts à Los Angeles en 1965, celle de Détroit en 1967 sont durement ressenties par les Afro-américains. L'assassinat de Martin Luther King en avril 1968 met le feu aux poudres et déclenche des affrontements raciaux au sein de l'armée. Après cette courte période, les incidents se déplacent plutôt dans les zones arrière ou aux Etats-Unis. A la base de Cam Ranh Bay, des Blancs racistes arborent les déguisements du Klux Klux Klan, brûlent des croix et hissent le drapeau confédéré. Une mutinerie de soldats condamnés parfois pour crimes au dépôt de Long Binh dure trois semaines et entraîne la mort d'un soldat. Aux Etats-Unis, la base des Marines à Camp Lejeune, en Caroline du Nord, et celle de l'Army à Fort Benning, en Géorgie, sont connues pour être des lieux de tension raciale exacerbée.

Les Afro-américains ont cependant décroché 20 Medals of Honor pendant le conflit ; certains sont passés au grade de général. Ils se sont plus fréquemment réengagés que les Blancs. En 1976, ils représentent 15% de l'armée américaine, mais si le nombre d'officiers noirs a doublé, il ne constitue alors que... 4% du total.


Pour en savoir plus :


David COFFEY, "African Americans in the U.S. Military", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.8-9.

dimanche 15 septembre 2013

Le Vietnamese Marine Corps (1956-1968)

A leur départ, en 1954, les Français laissent en Indochine l'armée viêtnamienne qu'ils avaient commencé à former, notamment les forces fluviales et les commandos qui ont opéré avec eux. Ces unités avaient notamment contribué aux fameuses Dinassaut (Divisions Navales d'Assaut). Les commandos sont regroupés en deux bataillons à Nha Trang, une fois la partition du Viêtnam effectuée. Le 1er octobre 1954, ils sont désignés pour être l'infanterie de marine de la Vietnamese Navy. Le corps devient le Vietnamese Marine Corps le 1er avril 1956, avec un Marine Group fort de deux bataillons. En 1961, les Marines sud-viêtnamiens font partie de la réserve générale de l'ARVN. De plus en plus employés, l'effectif des Marines est porté à une brigade de 5 000 hommes en 1962. Le rôle politique du Vietnamese Marine Corps (VNMC) s'accroît au fur et à mesure de la participation aux coups d'Etats de 1960, 1963 et 1964.

La formation et l'entraînement des Marines ne sont pas tributaires de l'armée de terre. Les officiers et les hommes sont notamment formés aux côtés de leurs homologues américains à Quantico, en Virginie. Sur les 565 000 hommes de l'armée sud-viêtnamienne en 1965, seuls 6 500 font partie des Marines. Le total est porté à 15 000 en 1973. En 1965, la Marine Brigade comprend un QG de corps, 2 QG de Task Force (A et B), 5 bataillons d'infanterie, 1 bataillon d'artillerie, des unités du génie, de transport terrestre, de police médicale, sanitaire et de reconnaissance. Le QG est à Saïgon avec d'autres installations Song Than, Thu Duc et Vung Tau. La brigade est commandée par un colonel qui chapeaute aussi le corps des Marines. A ce moment-là ceux-ci sont séparés de la marine et sont à la disposition du haut-commandement de l'armée. Une équipe de 28 conseillers américains des Marines encadrent le corps et des conseillers sont présents au niveau du bataillon.

En 1966, les Marines créent un autre bataillon et forment d'autres unités pour améliorer la combinaison des armes intrinsèque. L'effectif passe à une division de deux brigades en 1968. En 1970, il y aura trois brigades, 9 bataillons d'infanterie et 3 d'artillerie. En 1975, au moment de l'offensive finale du Nord, une quatrième brigade sera créée avec 3 bataillons d'infanterie supplémentaires. Avant l'intervention directe des Américains en 1965, les Marines opèrent par bataillon dans les zones tactiques des IIIème et IVème corps, autour de Saïgon et dans le delta du Mékong. Ce n'est qu'à partir de 1965 qu'ils sont déplacés dans les zones tactiques du Ier et du IIème corps, où les combats gagnent en intensité. Les Marines opèrent désormais avec plusieurs bataillons en coordination. Ils combattent par exemple dans la province côtière de Binh Dinh en avril 1965. Entre 1966 et 1968, les Marines sont surtout dans la zone tactique du Ier corps, aux côtés de leurs camarades américains. Ils sont en première ligne pendant 75% du temps, ce qui confirme leur statut de troupes d'élite : d'ailleurs ils jouent un grand rôle dans l'offensive du Têt à Saïgon ou Hué.


Pour en savoir plus :


Charles D. MELSON et Paul HANNON, Vietnam Marines 1965-73, Elite 43, Osprey, 1992.

vendredi 13 septembre 2013

Eric HAMMEL, Marines in Hue City. A Portrait of Urban Combat, Tet, 1968, Zenith Press, 2007, 168 p.

On ne présente plus Eric Hammel, journaliste de formation, devenu écrivain d'histoire militaire, et qui produit des récits des grandes campagnes américaines de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée ou de la guerre du Viêtnam, essentiellement. J'avais d'ailleurs fiché ici-même son ouvrage consacré à la reconquête de Hué vue par les Marines.

En 2007, Eric Hammel publie chez Zenith Press ce volume en forme d'album illustré sur les combats de Hué. Pour ainsi dire, c'est purement et simplement, comme il le dit lui-même dans la préface, le complément iconographique de Fire in the Streets.

Les 6 cartes de localisation sont placées en tête d'ouvrage. Le plan du livre est classique. Dans un premier chapitre, Eric Hammel revient sur l'expérience des Marines en termes de combat urbain -à partir de la Seconde Guerre mondiale toutefois, car il n'évoque pas les expériences précédentes. Il semble sous-estimer la dureté des combats à Séoul, en 1950, où il y eut de vrais combats de rues : c'est d'ailleurs l'expérience la plus récente avant Hué, probablement, et qui n'est pas transmise pendant longtemps -syndrôme classique du retour d'expérience sur le combat urbain. Le deuxième chapitre explique le plan nord-viêtnamien et la tâche dévolue aux régiments qui assaillent la ville. Dans le troisième chapitre, il dépeint l'assaut initial sur Hué. Des photographies aérienne avec les bâtiments ou points importants surlignés ou encadrés en jaune permettent de se repérer facilement. La double page de photographies viêtcong ou nord-viêtnamiennes (p.36-37), en revanche, est assez pauvre : les photos ne sont même pas légendées, et le commentaire est a minima.

Comme dans Fire in the Streets, Hammel s'attache surtout, en fait, à décrire la reconquête de la partie sud -moderne- de Hué par les Marines à partir du 31 janvier. Le premier jour est marqué par une grave sous-estimation de la menace ennemie. Une fois celle-ci prise véritablement au sérieux, les Marines vont d'abord consolider leurs têtes de pont au sud de Hué les 1er-2 février avant de passer au nettoyage des 6 pâtés de maisons importants entre les 3 et 6 février 1968. C'est le temps qu'il faut au 2/5 et au 1/1 Marines pour briser les reins du 4ème régiment nord-viêtnamien dans le secteur. Hammel propose un récit au jour le jour des combats, mais les photographies aériennes sont déjà moins nombreuses pour suivre correctement la progression américaine. Il passe ensuite à la description du nettoyage au sud, entre le 7 février et le 8 mars. Le 804ème bataillon nord-viêtnamien, en effet, n'a pas été engagé ou presque dans les premiers combats et continue à se battre même après la destruction du 4ème régiment. C'est pourquoi les accrochages continuent alors que le combat s'est déplacé dans la partie nord de Hué, dans et autour de la Citadelle.

Ce n'est donc qu'aux deux-tiers du livre qu'Hammel en vient aux affrontements dans le vieux Hué, autour de la Citadelle, qui sont au départ assumé complètement par l'armée sud-viêtnamienne, l'ARVN. Du 31 janvier au 9 février, les Sud-Viêtnamiens conservent également des têtes de pont (notamment le QG de la 1st Infantry Division) et acheminent des renforts (unités de cette division et bataillon aéroportés, dans un premier temps) pour repousser les Nord-Viêtnamiens. Entre les 10 et 12 février, ce sont finalement un bataillon de Marines américains (1/5th Marines) et plusieurs batailles de Marines sud-viêtnamiens réunis dans un Battle Group qui gagnent le nord de Hué. Jusqu'au 20 février, les Marines américains, qui ont déjà dû réapprendre le combat urbain dans la partie sud de la ville, se heurtent à un ennemi déterminé et bien retranché. La bataille est terrible. Enfin, le 24 février, ce sont les Sud-Viêtnamiens qui investissent le Palais Impérial et jettent à bas le drapeau viêtcong hissé le 31 janvier sur le mât de la Citadelle. La bataille est terminée le 2 mars 1968, mais les combats continuent encore autour de la ville pendant plusieurs semaines. Hué est réduite en ruines et ne sera pas entièrement reconstruire lors de la chute du Sud-Viêtnam en 1975. En outre, les communistes laissent derrière probablement plus de 2 000 personnes exécutées au début de leur mainmise sur la ville et juste avant leur défaite.

Au final, le propos laisse un peu la même impression que Fire in the Streets. Si Hammel décrit avec précision, à grand renfort de témoignages, la bataille menée par les Marines américains dans la ville de Hué (au nord et au sud), il peine à s'élever au-dessus de la simple description, sauf au regard du combat urbain, où il y a des lignes intéressantes. Surtout, à l'image de bon nombre d'auteurs américains mais désormais à rebours de l'historiographie récente de la guerre du Viêtnam, Eric Hammel ne cherche pas vraiment à s'intéresser à l'armée sud-viêtnamienne qui assume pourtant au moins la moitié des combats, au même titre que les Marines. En témoignent les photos où l'on voit rarement les hommes de l'ARVN, sauf pour les moments symboliques comme la descente du drapeau viêtcong le 24 février et la levée des couleurs du Sud-Viêtnam. Ne parlons pas de l'adversaire communiste qui ne bénéficie, lui, quasiment d'aucune attention. Un travail iconographiquement intéressant mais singulièrement limité, donc, en termes d'approche.

mardi 10 septembre 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (4)

On poursuit dans les cartes malheureusement absentes du livre avec la quatrième, qui montre l'attaque initiale des Nord-Viêtnamiens et du Viêtcong sur la ville de Hué, le 31 janvier 1968.



Le livre ne comporte que la carte montrant la reconquête de la ville au 15 février (p.154), au moment où la rive sud a déjà été nettoyée par les Américains, et alors que la bataille fait rage autour de la citadelle.

Sur cette carte, on distingue la rivière des Parfums (Song Huong) qui coupe en deux parties la ville de Hué. Au sud, la ville moderne, avec des bâtiments importants comme la cathédrale, l'université, la prison et le centre administratif provincial. Au nord l'imposante citadelle, où se tient le palais impérial, et des quartiers résidentiels. Le complexe des conseiller du MACV se situe dans la partie sud, tandis que le QG de la 1st Infantry Division de l'ARVN, qui cantonne à Hué, est au nord-est de la citadelle.

Au matin du 31 janvier, comme on peut le voir sur la carte, plusieurs régiments nord-viêtnamiens renforcés d'un bataillon de sapeurs viêtcong investissent Hué. Le 4ème régiment s'attaque à la partie sud, qui est complètement submergée à l'exception du complexe des conseillers américains, qui résiste. Les Nord-Viêtnamiens établissent aussi des barrages vers le sud pour prévenir l'arrivée des renforts. Le 6ème régiment nord-viêtnamien attaque au nord, sur la vieille ville, s'empare de la citadelle et du palais impérial, où est hissé sur le mât le drapeau rouge, bleu et à l'étoile jaune du Front National de Libération. Mais les Nord-Viêtnamiens ne peuvent venir à bout de la compagnie Hac Bao, les Panthères Noires, force de réaction rapide de la 1st Infantry Division, qui protège les abords de l'aérodrome de Tay Loc. Ni du QG de la 1st Infantry Division. Ces points de résistance vont devenir les bases de la contre-offensive américaine et sud-viêtnamienne : c'est donc là que réside l'échec principal des assaillants.

En dehors de la carte, le 5ème régiment nord-viêtnamien couvre les approches nord et ouest de Hué et forme l'anneau extérieur de la défense. C'est dans ce régiment que le bataillon de la 1st Cavalry Division parti de la base PK 17 (à 17 km au nord de Hué) pour désserrer l'étau vient buter, manquant d'être anéanti.

mardi 3 septembre 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (3)

Je vous propose ce matin une troisième carte parmi celles ne figurant malheureusement pas dans mon ouvrage. Celle-ci est à mon avis un manque important car il s'agit d'une carte sommaire des environs de la base de Khe Sanh.



Je consacre en effet un chapitre entier au siège, sans parler des préliminaires : il est donc regrettable que le lecteur ne puisse pas repérer les éléments principaux du terrain, souvent cités, pour s'y retrouver. On distingue donc sur la carte la route n°9, qui longe le chapelet de positions fortifiées américaines au sud de la zone démilitarisée : c'est la fameuse "ligne McNamara", censée empêcher les infiltrations de Nord-Viêtnamiens au sud. Khe Sanh est à l'extrêmité ouest du dispositif : on distingue d'ailleurs la frontière avec le Laos près de Lang Vei.

La base de Khe Sanh est située sur un plateau au nord du village lui-même. La rivière Rao Quan constitue la seule source en eau potable et coule à travers une vallée environnée de hauteurs, au nord et au nord-ouest de la base, que les Marines vont s'efforcer de conserver. Les collines 881 Nord et Sud et 861 ont fait l'objet de la fameuse "bataille des collines", en avril-mai 1967.

Les Special Forces qui tenaient initialement Khe Sanh ont déménagé à Lang Vei, où un camp de CIDG (Civil Irregular Defense Group) a été bâti à proximité du village du même nom. Le camp est pris par les Nord-Viêtnamiens dans la nuit du 6 au 7 février 1968 grâce à l'utilisation de chars légers amphibie PT-76 soviétiques, la première utilisation de chars par Hanoï durant le conflit.