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samedi 28 septembre 2013

H comme... Hamburger Hill

L'un des plus sanglants combats de la guerre du Viêtnam. La bataille de la montagne Dong Ap Bia, connue sous le nom de Hamburger Hill, a lieu entre le 11 et le 20 mai 1969, pendant l'opération Apache Snow (10 mai-7 juin 1969). Les Américains se heurtent à des réguliers nord-viêtnamiens particulièrement bien retranchés et qui, contrairement à leur habitude, vont tenir sur place face à de multiples assauts frontaux américains. C'est pourquoi la bataille prend un tour particulièrement sanglant et que la montagne reçoit le surnom de "Hamburger Hill". Se déroulant au moment où les premiers retraits de troupes américains sont annoncés au public américain, la bataille suscite la controverse et le débat sur les tactiques et les objectifs de l'armée au Viêtnam.

La montagne Dong Ap Bia se situe dans la vallée de A Shau, à l'ouest de la zone tactique du Ier corps, au sud-ouest de Hué, près de la frontière laotienne. Contrairement à plupart des éminences à l'ouest de la vallée, qui forment une chaîne, Ap Bia se dresse seule, à plus de 1 000 mètres d'altitude, découpée par des ravins, recouverte par une canopée double ou triple de jungle. Elle est composée de plusieurs collines, la 937 au nord, la 916 au sud-ouest. L'opération Apache Snow vise à maintenir la pression sur la vallée d'A Shau, à la fois lieu de repos et terminus pour les infiltrations nord-viêtnamiennes sur la piste Hô Chi Minh. L'opération implique la 3rd Brigade de la 101st Airborne Division, le 9th Marines, et le 3rd Infantry Regiment de la 1st Infantry Division de l'ARVN.


Source : Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.



Le deuxième jour, la compagnie B du 3rd Battalion, 187th Infantry (les Rakassans), subissent des tirs de mitrailleuses et de RPG sur la colline 937. Il s'agit des 7ème et 8ème bataillons du 29ème régiment nord-viêtnamien, enterrés dans des bunkers sur la colline. Après une série d'assaut sur la colline, les Rakassans sont renforcés par deux autres bataillons de deux régiments de la 101st Airborne et par un bataillon du 3rd Infantry Regiment de l'ARVN. Le 18 mai, un assaut monté avec deux bataillons manquent d'emporter le sommet mais des pluies torrentielles contraignent les Américains à la retraite. Le 20 mai, après dix tentatives infructueuses, un dernier  effort chasse les Nord-Viêtnamiens de la montagne vers leurs sanctuaires au Laos.

L'objectif étant de tuer les soldats ennemis et de provoquer une rupture dans le flux à l'intérieur de la vallée, les Américains et les Sud-Viêtnamiens se retirent une fois le régiment nord-viêtnamien délogé. Comme de coutume ou presque, les Nord-Viêtnamiens réinvestissent bientôt les lieux. Les pertes sont de 56 Américains et 5 Sud-Viêtnamiens tués officiellement, mais Samuel Zaffiri, dans son ouvrage sur la bataille, donne 70 morts américains et 372 blessés, contre un total estimé de 640 morts ennemis. Les médias américains s'emparent de la bataille, vue comme le symbole d'un gaspillage de vies américaines pour des objectifs qui ne sont même pas conservés. Le débat prend une ampleur telle que le commandement américain, en plein retrait et alors qu'est enclenchée la viêtnamisation, doit limiter les opérations de combat.


Pour en savoir plus :



Arthur T. FRAME, "Hamburger Hill, (Battle of)", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.447-448.

mercredi 28 août 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (2)

Retour sur la question des cartes dans le livre. Aujourd'hui, je vous propose une deuxième carte retouchée qui ne figure pas, malheureusement, parmi celles de l'ouvrage : elle détaille le secteur de la zone tactique du Ier corps, la partie nord du Sud-Viêtnam, juste au sud de la zone démilitarisée. Ces 5 provinces sont un enjeu clé du conflit de par leur proximité avec le Nord-Viêtnam, par la frontière avec le Laos où passe la fameuse piste Hô Chi Minh et où l'on trouve plusieurs grandes villes importantes du pays, Hué, Da Nang et Quang Tri en particulier.

On distingue aussi sur cette carte combien le Sud-Viêtnam, pays en développement au moment de la guerre du Viêtnam, manque d'infrastructures de transport, en particulier routières. La route n°1, qui longe la côte jusqu'au sud, et la route n°9, qui n'est qu'un chemin aménagé et qui conduit jusqu'au Laos, sont d'une importance cruciale pour les déplacements américains ou sud-viêtnamiens. Autre élément à noter : la vallée d'A Shau, au sud-ouest de Hué, qui devient un sanctuaire logistique nord-viêtnamien adossé au Laos dès 1966. Les Américains ne réussiront jamais à nettoyer cette vallée et plusieurs opérations "search and destroy" s'y casseront les dents, comme l'opération Delaware de la 1st Cavalry Division, en avril 1968, juste après l'opération Pegasus pour dégager Khe Sanh, qui se heurtera à une sérieuse opposition. C'est également dans cette vallée qu'a lieu, en mai 1969, la fameuse bataille de la montagne Dong Ap Bia (colline 937 pour les Américains), baptisée "Hamburger Hill".

lundi 26 août 2013

La Chine et la guerre du Viêtnam (1964-1969)

La guerre du Viêtnam est un conflit de la guerre froide. A ce titre, elle est marquée par l'intervention des Etats-Unis, qui s'engagent massivement au Sud-Viêtnam en 1965, mais aussi par celle de la Chine et de l'URSS. Les historiens ont longtemps pensé que la Chine avait joué un rôle important dans le conflit, sans forcément pouvoir soutenir leurs hypothèses par les sources adéquates. Les documents parus depuis 1989 permettent d'en savoir un peu plus sur le rôle exact de la Chine pendant la guerre du Viêtnam.

Pékin avait été l'un des soutiens et l'un des principaux bénéficiaires des accords de Genève, en août 1954, qui mettaient fin à la guerre d'Indochine et consacraient la partition du Viêtnam. La Chine cherche alors à se tourner vers ses problèmes intérieurs après la fin de la guerre de Corée et à éviter que les Etats-Unis ne prennent pied en Indochine, afin d'éviter un conflit possible avec eux. Les dirigeants chinois n'encouragent pas les Nord-Viêtnamiens à relancer la guérilla au sud et ne soutiennent pas leur effort jusqu'en 1962. Au contraire, ils les incitent à accepter la partition du Viêtnam et à renforcer leur mainmise sur le Nord-Viêtnam. En décembre 1955, le groupe des conseillers militaires chinois, présents depuis juillet 1950, est même retiré du pays, le retrait étant effectif en mars 1956. A l'été 1958, quand Hanoï demande conseil à Pékin à propos de la "révolution au Sud", les Chinois restent sur la même ligne. Lorsque Zhou Enlai rencontre Hô Chi Minh et Pham Van Dong (le Premier Ministre nord-viêtnamien) à Hanoï, en mai 1960, il leur conseille d'adopter une posture flexible en combinant les luttes politique et militaire. Le redémarrage de la guérilla au Sud en 1959-1960 est donc bien réalisé à l'initiative des Nord-Viêtnamiens, sans l'appui des Chinois.