vendredi 4 octobre 2013

P comme... Parrot's Beak

Le "Bec de Perroquet" est une partie du Cambodge, terminus de la piste Hô Chi Minh, qui s'avance sur la carte à l'intérieur du Sud-Viêtnam, au-dessus du delta du Mékong, au sud de la province de Tay Ninh et à l'ouest de celle de Hau Nghia, à une quarantaine de kilomètres de Saïgon. La route n°1 conduit d'ailleurs de Saïgon à Phnom Penh. Les communistes maintiennent des installations sur place qui leur permettent de s'infiltrer dans les zones tactiques des IIIème et IVème corps.

Les Sud-Viêtnamiens ont fréquemment réalisé des incursions dans le "Bec de Perroquet", mais les Américains sont au départ privés de ce droit. Le président Nixon autorise finalement le bombardement du Cambodge à partir de mars 1969, dans le cadre de l'opération Menu, par les B-52, mais les frappes sont maintenues secrètes. Début 1970, les communistes ont été rejetés au-delà de la frontière, au Cambodge. Les bases 367 et 706 des communistes restent installées dans le "Bec de Perroquet". C'est l'objectif de la troisième phase de l'invasion du Cambodge déclenchée le 1er mai 1970 par l'armée sud-viêtnamienne. La 9th Infantry Division américaine fournit l'appui d'artillerie et logistique seulement. L'ARVN progresse rapidement et découvre quantité de stocks d'armes et de munitions, tout en engageant des unités nord-viêtnamiennes et des Khmers Rouges jusqu'au nord et au sud de Phnom Penh.

L'invasion du Cambodge est le premier vrai test de la "viêtnamisation" et l'administration Nixon veut y voir un grand succès. En réalité, l'ARVN a dû aussi protéger les Viêtnamiens du Cambodge qui fuient les massacres commis par le régime du général Lon Nol contre cette minorité : elle a même dû soutenir des unités cambodgiennes mises en difficultés par des Nord-Viêtnamiens en plein repli. Lon Nol ne peut empêcher les communistes de réinvestir rapidement le "Bec de Perroquet". Malgré de nouveaux raids de B-52, cette base arrière sert de tremplin pour l'offensive de Pâques 1972 dans le secteur. Entre 1977 et 1979, c'est à partir de là que les Khmers Rouges lancent de nombreux raids contre le Viêtnam, et la zone sera dévastée par des opérations de représailles de l'armée viêtnamienne.


Pour en savoir plus :


John D. ROOTS, "Parrot's Beak", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.879.

jeudi 3 octobre 2013

O comme... Olds (Robin)

Pilote de l'USAF et commandant de la 8th Tactical Fighter Wing en 1966-1967. Né en 1922 à Honolulu, Olds est le fils d'un général de l'USAAF. Sorti de West Point en 1943, Robin Olds devient une légende de la chasse américaine avec 17 appareils abattus à son palmarès, pendant la Seconde Guerre mondiale et au Viêtnam. Volant d'abord sur P-38, il effectue plus d'une centaine de missions de combat, descend 13 appareils et en abat 11,5 de plus au sol. Au Viêtnam, sur F-4 Phantom II, il détruit avec des missiles air-air 2 MiG-17 et 2 MiG-21 au-dessus du Nord-Viêtnam.

Il prend la tête de la 8th TFW sur la base thaïlandaise d'Ubon, de septembre 1966 à décembre 1967. Il conçoit l'opération Bolo qui permet à l'USAF d'abattre 7 MiG-21 le 2 janvier 1967. Les Nord-Viêtnamiens reconnaissent la perte de 5 avions et le futur as du Nord, Nguyen Van Coc, aurait été abattu pendant ce combat. Olds n'a jamais été quant à lui descendu ou blessé. Promu général en juin 1968, il dirige les cadets de l'académie de l'USAF avant de prendre sa retraite en 1973. Il s'est souvent opposé à sa hiérarchie car il était partisan de l'aviation tactique et de l'entraînement des pilotes, et non de la puissance stratégique via les armes nucléaires. Il est mort en 2007 dans le Colorado.


Pour en savoir plus :

James H. WILLBANKS, "Olds, Robin", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.862-863.

Pierre BROCHEUX, Hô Chi Minh. Du révolutionnaire à l'icône, Biographie Payot, Paris, Payot, 2003, 338 p.

 
 
 
 
Pierre Brocheux, enseignant et historien à la retraite désormais, a livré en 2003 cette biographie d'Hô Chi Minh, qui a même été traduite en 2007 par la Cambridge University Press. Difficile d'écrire une biographie d'Hô Chi Minh, relégué depuis la fin du communisme dans la galerie des tyrans rouges, avec Mao ou Staline. Pourtant le personnage reste encensé et pas seulement au Viêtnam, mais aussi en Thaïlande, par exemple. Il avait pourtant refusé que son corps soit embaumé, comme il l'a été. On manque encore d'accès au archives, soviétiques ou viêtnamiennes notamment, pour répondre à toutes les questions.

Nguyen Sinh Cung, devenu Nguyen Tat Tanh à l'âge de dix ans, est né en 1890 dans une famille paysanne de la province de Nghe An, alors que s'achève la colonisation française du Viêtnam. Son père est un paysan qui a accédé au mandarinat, qui fait de la prison pour avoir défendu des convictions. Le jeune fils, livré à lui-même par la mort précoce de sa mère, gagne bientôt Saïgon : après la culture chinoise, il se frotte à l'européanéité. Il gagne Marseille et Le Havre en servant sur les navires qui font la liaison avec la métropole. Après un passage à Londres, il s'installe à Paris en 1917. Anticolonialiste, lié aux milieux viêtnamiens en France qui rejettent la domination du colonisateur, il se radicalise progressivement, autour de 1920, après avoir été déçu de la position de la SFIO sur la question coloniale. Il rallie le nouveau Parti Communiste au Congrès de Tours, où il est intervenu, parce que celui-ci a mis à l'ordre du jour la libération des peuples coloniaux. Il publie, il écrit dans les journaux, il fait de la propagande, et tient déjà beaucoup à la notion d'égalité. Echappant à la surveillance de la police, il gagne l'URSS en 1923.

Il reste un an en URSS où il veut rencontrer Lénine, par lequel il s'est initié au communisme (il n'a jamais réussi à finir Le Capital de Marx...). Mais celui-ci meurt peu de temps après son arrivé. Nguyen Ai Quoc est considéré sur place comme un spécialiste de la question coloniale. Il allie étroitement nationalisme et révolution et insiste sur l'importance des paysans. Il est en fait peu sensible à la rhétorique communiste de la lutte des classes. En 1924, il gagne Canton et rejoint le Kuomintang de Sun Yat Sen, dans une Chine en guerre civile depuis 1911. Devenu Ly Thuy, il jette les bases de la révolution en Indochine en organisant les prémices d'un parti mais en initiant aussi ses compatriotes à une culture politique à la fois asiatique et européenne. L'écrasement des communistes par Tchang Kaï Shek en 1927 est pour lui une leçon. Il faut associer révolution nationale et sociale, s'appuyer sur les paysans, conserver une certaine autonomie. Revenu en Europe, puis renvoyé en Asie, il parcourt le Siam et la Malaisie et imprime déjà sa façon de faire dans ces voyages. Il doit ensuite fonder le Parti Communiste Indochinois, en 1930, alors même que les révolutionnaires et nationalistes sont très divisés. La révolte de Yen Bai et le soulèvement organisé ensuite par les communistes sont violemment réprimés.

Arrêté en 1931, Nguyen Ai Coc est finalement relâché et gagne Moscou en 1934. Il constate que l'URSS a bien avancé la reconstruction par rapport à son premier jour, mais la chape de plomb de Staline s'est aussi abattue sur la population. Critiqué pour allier un peu trop en avance l'alliance entre stratégie nationale et sociale, il demeure en URSS, marginalisé, jusqu'en 1938 et la fin des purges. Il gagne le Guanxi, dans le sud de la Chine, à la frontière avec le Viêtnam, où il rejoint les communistes chinois. Après la défaite de la France et les pressions de plus en plus fortes du Japon sur l'Indochine, Nguyen Ai Quoc juge le moment propice et regagne le Tonkin en janvier 1941. Installé à Pac Bo, près de la frontière avec la Chine, il y vit  avec ses camarades communistes dans des conditions spartiates. C'est là qu'il fonde le Viêtminh, parti qui va mener la lutte de libération armée du Viêtnam. Retournant en Chine en 1942, il est arrêté et emprisonné par les nationalistes chinois, mais il va savoir se les concilier pour contrer les Viêtnamiens soutenus par ces derniers. Quand il revient au Tonkin, le Viêtminh et ses premiers groupes armés se sont gagnés une bonne partie de la population du nord-Tonkin, malgré des revers en 1944. Raccompagnant un pilote américain abattu au-dessus de la zone contrôlée par le Viêtminh, Hô rencontre à Kunming le général Chennault et obtient de lui une photo dédicacée dont il saura se servir pour montrer le soutien américain. Le coup de force japonais du 9 mars 1945 établir "l"American Connection", puisque les Américains ont besoin de renseignements. Une équipe est parachutée en juillet et sauve peut-être Hô  du paludisme avec ses médicaments. Il est rapidement au courant de la capitulation japonaise et prend les devants, à Hanoï, pour proclamer l'indépendance, profitant du vide du pouvoir qui s'est installé.

Hô joue la carte de l'indépendance et de l'unité nationale. Jusqu'en décembre 1946, il signe décret sur décret, se rallie la jeunesse et la bourgeoisie "capacitaire", fait une place aux minorités montagnards sur lesquelles s'est appuyé, au départ le Viêtminh, combat les opposants qui ne veulent pas se rallier par les armes, si besoin. Il accepte l'occupation chinoise réglée à Postdam, fait des concessions mais montre aussi de la fermeté quand c'est nécessaire. Les Français, eux, ont repris pied dans le sud en octobre 1945. Leclerc comprend vite que la reconquête du nord ne sera pas facile. Hô signe un accord avec les Français en mars 1946. Mais les Français tente de restaurer leur souveraineté et ne veulent pas accorder l'indépendance. Venu en France pour négocier, Hô constate que les deux positions sont irréconciliables. Les combats d'Haïphong, en novembre 1946, jettent progressivement les deux camps vers la guerre. Le 19 décembre, les communistes attaquent les Français à Hanoï. La guerre a commencé. Le Viêtminh peut compter, à partir de 1949, sur la Chine devenue communiste. Hô incarne à la fois le chef de guerre et le chef d'Etat. Avec le tournant chinois, la dimension sociale prend de plus en plus le pas sur la dimension nationale. Hô rencontre Mao, puis Staline, qui le presse de mettre en oeuvre la réforme agraire. Il est patent que le Viêtminh est dès lors fortement influencé par le communisme chinois et la présence des conseillers de ce pays.

Après Dien Bien Phu, les accords de Genève coupent le Viêtnam en deux, au niveau du 17ème parallèle. Les Chinois préfèrent probablement une présence française affaiblie à la présence américaine trop près de leur territoire, et le Viêtminh est épuisé. La réforme agraire, finalement lancée en 1956, entraîne de nombreux abus et conduit à faire plusieurs dizaines de milliers de victimes (les chiffres sont disputés). Sur le plan culturel, le Nord-Viêtnam, qui s'assimile de plus en plus à un régime staline, suit l'orientation chinoise. Hô a longtemps cru que les élections prévues par les accords de Genève permettraient une réunification en sa faveur. Mais le régime de Diêm s'enracine, refuse les élections, alors qu'une faction des communistes au pouvoir au nord, menée par Le Duan, prépare activement le renouveau de la guerre au sud. En 1959-1960, avec la création de la piste Hô Chi Minh et du Front National de Libération, le Nord s'engage sur la voie de la confrontation avec les Etats-Unis. A ce moment-là, alors que Le Duan devient premier secrétaire du parti, Hô n'assume plus, pour Pierre Brocheux, qu'une fonction symbolique et diplomatique. Il essaie en particulier de jouer les conciliateurs alors que la Chine et l'URSS se déchirent après 1956. Résultat : le Nord-Viêtnam est soutenu par les deux puissances pendant le conflit. Mort en septembre 1969, avant la fin de la guerre du Viêtnam, Hô a ensuite été l'objet d'un culte de la personnalité qui visait à la fois à fédérer les Viêtnamiens et à l'isoler.

Hô Chi Minh, d'abord partisan de l'indépendance, se rallie au marxisme-léninisme parce que celui-ci semble lui fournir les outils pour le faire. Mais avec son éducation confucéenne et son contact précoce avec l'Europe, il est loin d'un dogmatisme affiché. "Pour faire le socialisme, il faut des socialistes", se plaisait-il à répéter. Ce qui ne l'a pas empêcher d'accepter le modèle soviétique socialiste.

Une biographie solide d'un personnage important du XXème siècle, peut-être malheureusement un peu trop légère sur la fin, pour la période post-guerre d'Indochine. Néanmoins la bibliographie fournie peut servir à creuser et l'on trouvera aussi en début d'ouvrage un tableau synoptique pour suivre les pérégrinations de Hô Chi Minh.

mercredi 2 octobre 2013

N comme... napalm

L'une des principales armes incendiaires de l'armée américaine pendant la guerre du Viêtnam, qui attira aussi les protestations de l'opinion en étant désignée comme une "arme de terreur". Le napalm est une essence gélifiée au moyen de deux produits en particulier, les naphténate et palmitate d'aluminium, bien que les composants aient changé avec le temps. Le professeur Louis Fieser, de l'université d'Harvard, a dirigé le programme qui a mis au point cette essence gélifiée pendant la Seconde Guerre mondiale, le 1er novembre 1943. Le napalm brûle plus longtemps que l'essence ordinaire et se disperse mieux, ce qui augmente la probabilité de toucher les cibles visées. L'armée américaine commence à employer le napalm à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec des bombes aériennes ou dans les lance-flammes. Sur les bombes, il faut un déclencheur qui prend généralement la forme d'un explosif type TNT entouré de phosphore blanc.

Le napalm-B, utilisé pendant la guerre du Viêtnam, n'a pas la même composition. Il comprend 50% de polystyrène, 25% de benzène et 25% d'essence : c'est un gel plus épais, développé sur la base de l'Air Force d'Eglin, en Floride, par la compagnie chimique Dow. Le napalm-B brûle jusqu'à 850 degrés Celsius et se consume pendant 15 minutes, deux à trois fois le temps du premier mélange. En outre il se disperse sur une surface deux fois plus grande. Le napalm-B colle à pratiquement tout et il est impossible de s'en défaire, raison pour laquelle l'US Air Force l'adopte comme sa principale arme incendiaire en 1966. Pendant la guerre du Viêtnam, 10% des munitions larguées par les appareils tactiques, soit 400 000 tonnes, sont composés de bidons de napalm. Les combattants ou les civils visés par une attaque au napalm meurent non seulement carbonisés mais aussi asphyxiés au monoxyde de carbone, car le napalm brûle en explosant tout l'oxygène de l'air. Seuls ceux étant sur les bords du périmètre de l'explosion peuvent espérer survivre, avec de sévères brûlures puisque le napalm fait fondre la peau.

8 juin 1972, district de Tran Bang, dans la province de Tay Ninh, au nord-ouest de Saïgon. Les Nord-Viêtnamiens, en pleine offensive de Pâques pour faire tomber le Sud-Viêtnam, se sont emparés de Tran Bang. L'aviation sud-viêtnamienne intervient et bombarde la place pour déloger les Nord-Viêtnamiens. Un appareil confond malheureusement un groupe de soldats sud-viêtnamiens et de civils avec l'ennemi et largue des bidons de napalm sur eux. Le photographe Nick Ut, de l'AP, prend le cliché de Kim Phuc, une des enfants brûlées par l'explosion. La photo obtient le prix Pullitzer 1972. Les images, elles, ont été tournées par Alan Downes, un Britannique d'ITN, et par un Sud-Viêtnamien travaillant pour NBC.


 

Le mouvement anti-guerre s'empare du napalm dans le cadre de la contestation et vise en particulier la compagnie Dow, qui finit par perdre la production du liquide en 1969. Mais l'armée américaine continue à le produire et à s'en servir jusqu'à la fin de la guerre.


Pour en savoir plus :


Mitchell K. HALL, "Napalm", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.788-790.

The Big Picture : First Cavalry Division (Airmobile) in Vietnam

Un documentaire officiel du Département de la Défense américain sur la 1st Cavalry au Viêtnam. Comme toujours, un type de sources à prendre avec du recul. La guerre aéromobile et les capacités de la 1st Cavalry sont bien montrées, mais le film n'évoque pas les échecs subis ou les difficultés auxquelles se heurtent la division -guerre d'attrition qui ne réussit pas, désastre de la LZ Albany minoré, lourdes pertes subies par la division pendant son engagement, pas de mention du "bataillon perdu" pendant le Têt. D'ailleurs le propos se concentre surtout sur les années 1965-1966 là encore vues par le prisme de la vision de l'armée américaine, qui n'a manifestement pas tiré toutes les leçons de sa défaite.


M comme... Masher (opération)

La première grande opération search and destroy de la guerre du Viêtnam. L'opération Masher -vite rebaptisée White Wing- s'étale sur 42 jours dans les montagnes recouvertes de forêts et les vallées découpées du nord de la province de Binh Dinh, dans la zone tactique du IIème corps. Elle implique 20 000 hommes de la 1st Cavalry Division, de la 22nd Infantry Division de l'ARVN et de la brigade aéroportée, et du 1st Regiment de la Republic of Korea Army Capitol Division. Commencée le 22 janvier 1966, elle est renommée "White Wing" le 4 février à la demande du président Johnson, qui craint l'effet du mot "Masher" (broyeur) sur l'opinion américaine.

C'est la première opération où l'armée américaine fait franchir les limites de zones tactiques de corps. La 3rd Marine Division, au nord, mène parallèlement l'opération Double Eagle et entre dans la province de Binh Dinh pour soutenir la 1st Cavalry. L'ARVN mène également deux autres opérations en parallèle. L'opération Masher commence avec la dépose de quatre bataillons de la 3rd Brigade de la 1st Cavalry à une dizaine de kilomètres au nord de Bong Son, face aux 8 000 hommes de la 3ème division "Drapeau Jaune", composée du 2ème régiment viêtcong et des 12ème et 22ème régiments nord-viêtnamiens. Le contact est établi rapidement et des combats acharnés ont lieu les 28-29 janvier à Phung Du et An Thoi. Avec un soutien aérien massif, la 1st Cavalry repousse l'adversaire dans la zone de responsabilité tactique de l'Airborne Brigade de l'ARVN. La 1st Cavalry revendique 600 morts ennemis contre 75 tués et 240 blessés.

Source : http://www.laguerreduvietnam.com/medias/images/masher-white-wing.jpg


Avec le renfort de la 2nd Brigade, la 3rd Brigade de la 1st Cavalry pousse, à partir du 6 février, dans la vallée d'An Lao pour faire la jonction avec les Marines venus du nord. La 1st Brigade opère au sud de Bong Son sur la route n°1, tandis que la 2nd Brigade repousse un bataillon communiste des montagnes Cay Giep vers la 22nd Infantry Division de l'ARVN. Mais la plupart des unités communistes ont fui au préalable, ayant été sévèrement malmenées lors des combats sur la côte. L'opération se termine le 6 mars, une fois que la 1st Cavalry a terminé son cercle d'opérations aéromobiles autour de Bong Son. En six semaines de combat, la division revendique 1 350 morts ennemis. Les B-52 et les appareils tactiques ont largué 750 tonnes de bombes et près de 150 tonnes de napalm tandis que l'artillerie a tiré 141 000 obus. Les Américains se vantent d'avoir replacé une bonne partie de la population sous le contrôle du gouvernement sud-viêtnamien : en réalité, l'usage massif de l'appui-feu a provoqué 140 000 réfugiés et comme l'effort n'est pas couplé avec un programme de pacification, la zone n'est pas davantage sécurisée. Les communistes y reviennent d'ailleurs rapidement et la 1st Cavalry doit lancer plus tard dans l'année 1966 l'opération Irving/Thayer.


Pour en savoir plus :


Clayton D. LAURIE, "Masher/White Wing, Operation", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.708-709.

mardi 1 octobre 2013

L'offensive du Têt : recension d'Adrien Fontanellaz (Militum historia)

Adrien Fontanellaz, blogueur suisse, animateur de Militum historia et camarade sur L'autre côté de la colline,  reçu et lu L'offensive du Têt. Lui aussi en fait la recension sur son propre blog, merci à lui !

L'offensive du Têt : la recension de Nicolas Bernard

Nicolas Bernard : retenez bien ce nom, car il s'agit de l'auteur d'une somme désormais incontournable, en français, sur la guerre germano-soviétique (cf couverture ci-contre) sortie le mois dernier, et dont j'avais fait la recension. Nicolas a lu mon propre livre, L'offensive du Têt, et m'a envoyé cette recension, dont je le remercie, même si je ne suis pas très sûr ce mériter tous ces éloges (!).


L’année 1968 est destinée à faire partie de ces épisodes charnières qui bouleversent les civilisations : contestations étudiantes à l’Ouest, lesquelles marquent le passage à l’âge adulte de la génération du « Baby Boom », tensions sociales et raciales aux Etats-Unis, ébranlement du bloc soviétique à Prague, apogée de la « Révolution culturelle » en Chine. Bien sûr, l’année consacrera aussi le triomphe d’un De Gaulle, d’un Nixon, d’un Brejnev, d’un Mao. Mais le mal est fait. Plus rien ne sera comme avant.

En un sens, l’offensive du Têt, ce séisme spectaculaire de la Guerre du Vietnam qui ouvrira l’année, aura contribué à faire exploser la crise. Elle achève de rendre impopulaire aux Etats-Unis un conflit qui prenait de plus en plus figure de bourbier, voire – chez les plus radicaux – de « croisade impérialiste » contre les « damnés de la terre ». Lutter contre le communisme, soit : mais fallait-il soutenir un régime dont les policiers abattent d’une balle en pleine tête des prisonniers devant les caméras de télévision ? Vaincre l’ennemi « rouge », d’accord : or qu’était-ce donc que cette guerre où l’armée américaine se vantait, non pas d’énergiques offensives à la Patton, mais de tuer telle dizaine de Vietcongs par jour (le Body Count) ? Le sursaut communiste du Têt, tout à coup, cristallise le mécontentement américain, car il prouve que l’« aventure vietnamienne » des Etats-Unis est devenue ingagnable…

L’événement, qui a suscité d’abondantes controverses historiographiques outre-Atlantique, reste toutefois méconnu en France. S’il existe d’excellentes études hexagonales du conflit (l’on songe notamment aux synthèses de Jacques Portes et Philippe Franchini), cette bataille – ou plutôt cette succession d’opérations – est restée curieusement négligée. L’ouvrage de Stéphane Mantoux, agrégé d’Histoire et auteur bien connu de revues d’histoire militaire, a pour objet de combler cette lacune. A ce titre, l’étude, sur un peu plus de 200 pages, constitue une excellente combinaison de re-contextualisation, de récit militaire « punchy » et d’analyse historiographique.

Le premier chapitre retrace avec clarté les prémisses et les premières années de la Guerre du Vietnam, de la décolonisation sur fond de Guerre Froide à partition du pays, de la montée de la guérilla communiste – soutenue par le Nord-Vietnam – à la très progressive intervention américaine. Peu à peu, en effet, les Etats-Unis tentent de marier l’eau et le feu : sur le terrain, ils ne se limitent plus à envoyer des « conseillers militaires », mais mobilisent le contingent, le tout au service d’une stratégie qui consiste, non à éliminer le Nord-Vietnam, mais à tuer autant de « Vietcongs » que possible ; dans les airs, ils entament des bombardements stratégiques de grande ampleur sur le Nord-Vietnam, sans pour autant franchir le pas de la « destruction totale ». Bref, de puissants moyens au service d’une « guerre limitée », à savoir user, décourager le régime communiste de Hanoi : à vouloir éviter l’escalade, le gouvernement américain peine à se dégager d’un paradoxe stratégique qui rencontre l’incompréhension grandissante de l’opinion.

Sitôt planté le décor, Stéphane Mantoux nous emmène – autre point fort de l’ouvrage – « de l’autre côté de la colline », c'est-à-dire dans le camp communiste. Bien entendu, et l’auteur ne s’en cache pas, l’inaccessibilité des sources vietnamiennes rend l’entreprise ardue. De nombreux indices n’en permettent pas moins, mis bout à bout, de retracer les passionnants prolégomènes de l’offensive du Têt. En l’occurrence, le Nord-Vietnam et le Vietcong, cessent d’apparaître comme un bloc monolithique et fanatisé, mais comme un agrégat de structures et de factions où les rivalités personnelles jouent probablement leur rôle. Se dessine notamment une opposition marquée entre le Secrétaire-Général du Parti communiste nord-vietnamien, Le Duan, qui revendique une stratégie plus agressive, et le célèbre général Giap, partisan de la ligne « Le Nord d’abord », laquelle préconise de mettre l’accent sur le développement du Nord-Vietnam pour laisser le Sud-Vietnam se libérer par lui-même. Du reste, Hanoi doit tenir compte de la scission du bloc communiste entre l’U.R.S.S., pour qui la guerre entrave sa politique de « détente » avec l’Occident, et la Chine de Mao, qui voit d’un très bon œil l’intervention américaine prendre des allures de fiasco – toute détestation des Vietnamiens mise à part.

Le choix de l’offensive est finalement entériné en 1967. Le plan est audacieux : les grandes villes et les bases américaines seront prises d’assaut par le Vietcong, assisté de formations nord-vietnamiennes discrètement acheminées au sud. Ces chocs simultanés pulvériseront l’armée sud-vietnamienne, provoqueront le soulèvement de la population, et ne manqueront pas d’affaiblir durablement les Américains, au point de les pousser à évacuer le pays. Stéphane Mantoux nous détaille les entreprises habiles d’intoxication que déploient alors les Nord-Vietnamiens. Plusieurs offensives sont même conduites dans les régions frontalières éloignées afin d’y attirer le maximum d’unités américaines et sud-vietnamiennes – notamment dans le secteur de Khe Sanh…

Les forces en présence ont leurs forces et leurs faiblesses. L’armée américaine bénéficie d’un armement de pointe, d’une infrastructure admirable – quoique non exempte de carences. Mais elle manque de réserves, car elle doit également consacrer des moyens non négligeables à la défense d’autres secteurs de la planète, en cela y compris le sol américain lui-même, où elle se trouve impliquée dans des opérations ponctuelles de maintien de l’ordre. Par ailleurs, les soldats américains envoyés au Vietnam n’y effectuent qu’un service annuel, le fameux Tour of Duty, qui érode leur combativité dans les derniers mois d’activité et nuit à la constitution d’une classe de « vieux briscards ». L’allié sud-vietnamien n’est guère mieux loti : l’armée a été paramétrée pour des opérations de guerre conventionnelle, qui n’est pas de mise face au Vietcong, et elle peine à trouver ses marques dans une société où l’Etat lui-même incapable de mener à bien un processus démocratique.

En face, les combattants nord-vietnamiens – qui, contrairement à une idée reçue, ne sont pas nécessairement entraînés à se battre dans la jungle – et vietcongs sont essentiellement armés à partir de stocks et surplus chinois et soviétiques, allant jusqu’à hériter d’armes datant de la Deuxième Guerre Mondiale. Ces deux forces militaires collaborent étroitement – même si, faute d’archives disponibles, on peut encore se demander à quel point – sachant que le Vietcong est solidement implanté dans le Sud-Vietnam. Toujours est-il que l’agresseur saura bénéficier de l’effet de surprise, les Américains étant incapables de surmonter leurs préjugés pour interpréter correctement les « bruits » qui se multipliaient au fur et à mesure que l’on se rapprochait du « Jour J ».

On ne reviendra pas ici sur le déroulement des opérations militaires, au sujet desquelles Stéphane Mantoux nous livre un récit haletant, des quartiers de Saïgon à Hué, pour finir par Khe Sanh, où les Américains redoutaient un nouveau « Dien Bien Phu ». Fait à signaler, l’auteur évite de recourir à un jargon militaire et sait aller à l’essentiel, sans négliger le recours au témoignage. Cinq cartes judicieusement choisies complètement utilement l’exposé. L’on apprend également que l’offensive du Têt a été relancée au mois de mai (le « mini-Têt »), causant de lourdes pertes à l’assaillant mais achevant de dissiper l’illusion de sécurité qui prévalait à Saïgon.

L’Offensive du Têt, rappelle Stéphane Mantoux, demeure un lourd échec militaire. Les communistes n’ont pas réussi à écraser l’armée sud-vietnamienne, laquelle – avec l’aide des forces de police – a tenu bon. La population ne s’est pas révoltée. L’armée américaine s’est montrée réactive. A l’inverse, les assaillants ont dispersé leurs frappes, ou n’ont su les exploiter – ce que rendait difficile, il est vrai, la nécessité d’accumuler les troupes de choc dans les secteurs clés… sans attirer l’attention. Les pertes communistes sont lourdes : sur 80.000 hommes, 37.000 ont été tués, 5.000 capturés ! Le Vietcong est décimé, et laisse désormais la place au Nord-Vietnam pour conduire la « guerre de libération ».

Pour autant, sur le plan politique, le succès est patent. L’Offensive du Têt donne aux Américains l’impression d’avoir affaire à un ennemi aussi insaisissable que bien organisé. Elle dément les prétentions optimistes du Pentagone et de la Maison-Blanche, qui jusqu’alors – et politique oblige – proclamaient imprudemment que l’ennemi était pratiquement à genoux. Le Pentagone se prend soudainement à exagérer la gravité de la situation, pour soutirer au Président Johnson des effectifs supplémentaires aux fins de renflouer la réserve stratégique ! Le fossé se creuse entre Johnson et l’armée, entre Johnson et le peuple, et Johnson lui-même renonce à se présenter aux élections présidentielles qui se tiennent cette année.

Dans un dernier chapitre, Stéphane Mantoux se penche sur les différentes problématiques historiographiques soulevées par l’Offensive du Têt – ce qui l’amène à traiter de la mémoire de l’événement, telle que véhiculée par les historiens et la classe politique américaine. Les communistes vietnamiens ont-ils procédé à des exécutions massives de Sud-Vietnamiens dans les zones conquises ? La bataille de Khe Sanh était-elle une diversion ? Quel a été le rôle de la presse américaine dans la couverture des événements, son impact sur la société ? Les Américains ont-ils mené une stratégie adéquate ? Notons que l’auteur ne se limite pas à tenter de résoudre ces questionnements, mais les réinsère dans leur contexte mémoriel, dominé depuis longtemps par la mauvaise conscience et les polémiques sur le bien-fondé de l’engagement américain au Vietnam.

Au final, l’ouvrage constitue une heureuse mise à jour de nos connaissances sur cet événement capital de la Guerre du Vietnam en particulier – et de l’année 68 en général. Stéphane Mantoux – comme d’habitude, pour les habitués de son blog – a produit une synthèse au style limpide, à la structure sans faille, conciliant concision et érudition, volonté de dépasser les idées reçues et sens de la nuance. Et ce n’est là que son premier livre…

L comme... Landing Zone

La zone d'atterrissage pour les hélicoptères, pendant la guerre du Viêtnam. D'ordinaire, dans le jargon militaire américain, le terme désignait auparavant une zone prévue pour un débarquement amphibie. Mais pendant la guerre, il devient exclusivement associé aux hélicoptères. Les Landing Zones sont à la fois temporaires et permanentes et deviennent souvent les champs de bataille de la guerre du Viêtnam.

Déjà utilisés pendant la guerre de Corée, notamment par les Marines, les hélicoptères sont employés au Viêtnam pour acheminer les hommes sur le terrain ou les rapatrier. Comme le terrain du Sud-Viêtnam est souvent recouvert de jungle ou de forêt, les Américains larguent des bidons d'essence ou de napalm suspendus à des filets sur des hélicoptères, pour nettoyer une zone délimitée pour l'atterrissage. Des bombes sont également spécialement conçues pour ce faire, la plus célèbre étant sans doute la monstrueuse BLU-82 Daisy Cutter ("Faucheuse de marguerites").

Les Landing Zones permettent aux Américains d'insérer rapidement des troupes dans des endroits isolés ou difficiles d'accès. Parfois elles servent aussi d'appât pour les forces ennemies. Le plus souvent, les Landing Zones sont contestées par les communistes et deviennent le lieu de violents combats. Une LZ sous le feu devient une "hot LZ". L'une des LZ les plus connues est la LZ "X-Ray", dans la vallée de Ia Drang, où a lieu un combat particulièrement dur pendant la campagne de Ia Drang, en novembre 1965.

Le 17 novembre 1965, le 2/7th Cavalry, qui a pris part à la bataille de Ia Drang les jours précédents, quitte la LZ X-Ray pour rejoindre la LZ Albany, à 4 km au nord-nord-est. En chemin, le bataillon américain est pris en embuscade par le 8ème bataillon du 66ème régiment nord-viêtnamien. Le bataillon américain est décimé : il compte 155 tués et 124 blessés avant d'être dégagé. Sur la carte, on voit très bien le schéma classique de l'embuscade en L, côté nord-viêtnamien. Source :
Randal Scott BEEMAN, "Landing Zone", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.619-621.


Les LZ sont souvent défendues par des mitrailleuses. Les forces américaines, au sol, marquent leur position avec des grenades fumigènes, souvent de couleur, et les hélicoptères approchent en restant à ras du sol, sans forcément atterrir. Les troupes sautent et s'éloignent des machines tandis que d'autres soldats y ramènent les blessés ou prennent le ravitaillement. Pour les équipages d'hélicoptères, c'est l'une des missions les plus risquées car ils sont fréquemment sous le feu de l'ennemi, et les pertes sont à l'avenant.


Pour en savoir plus:


Randal Scott BEEMAN, "Landing Zone", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.619-621.

Troisième interview : La voie de l'épée (Michel Goya)

A son tour, Michel Goya, qui tient le blog La voie de l'épée et qui a lu L'offensive du Têt, a bien voulu me poser quelques questions sur le livre. Merci à lui.


L'offensive du Têt est relativement mal connue du grand public français. Quelles en sont les grandes étapes et les originalités ?

Effectivement, l'offensive du Têt reste mal connue du grand public français, à l'image de la guerre du Viêtnam, d'ailleurs. Il faut dire que l'historiographie est dominée par les Américains et que peu de chercheurs français s'y intéressent -sauf en lien avec la guerre d'Indochine, généralement.

Les grandes étapes sont le reflet du plan communiste. Il y a d'abord la phase de diversion, prévue pour attirer les troupes américains hors des zones côtières et peuplées, de façon à dégarnir les villes pour la phase principale de l'offensive. Elle commence à l'automne 1967 avec des attaques sur des points proches des frontières du Sud-Viêtnam. Le camp des Marines à Con Thien, au sud de la zone démilitarisée, subit ainsi un siège en règle et un pilonnage d'artillerie en septembre 1967, les premières escarmouches ou assauts ayant commencé en avril-mai. En octobre, les communistes attaquent par surprise la ville de Loc Ninh, au nord de Saïgon, près de la frontière cambodgienne et, contrairement à leur habitude, s'y maintiennent. En novembre, cette « bataille des frontières » culmine autour de Dak To, sur les Hauts-Plateaux, où la 173ème brigade aéroportée bute dans plusieurs régiments nord-viêtnamiens retranchés sur des hauteurs, notamment la colline 875, où les combats sont particulièrement violents. Enfin, durant la majeure partie de l'année 1967, les Nord-Viêtnamiens investissent les environs du camp de Khe Sanh, au nord-ouest du Sud-Viêtnam, au sud de la zone démilitarisée et à la frontière du Laos, pour en faire le siège. L'objectif de la phase de diversion n'est pas véritablement rempli : les troupes américaines dépêchées en renfort sont fréquemment redéployées vers les zones côtières ou près des villes d'où elles étaient venues. En revanche, cette diversion a contribué à fixer l'attention des Américains, et en premier lieu de leur commandant, Westmoreland, sur les frontières, et les pertes ont parfois été lourdes, comme celles des « Sky Soldiers » à Dak To.