mardi 24 septembre 2013

A comme... Afro-américains dans la guerre du Viêtnam

L'armée américaine, jusqu'en 1948, reste une armée marquée par la ségrégation. Blancs et Noirs combattent dans des unités séparées, les Noirs étant relégués, surtout, dans des fonctions non combattantes. Héritage de la guerre de Sécession et de la période de la Reconstruction. Le décret du président Truman est appliqué par la Navy et l'Air Force en 1950, mais pour l'US Army, il faut attendre la fin de la guerre de Corée pour que la ségrégation soit complètement abolie. La guerre du Viêtnam est donc le premier conflit où l'armée américaine entre sans la ségrégation raciale, et les Noirs sont encouragés à faire partie de l'institution militaire.

En 1962, le président Kennedy ressuscite un dispositif visant à trouver des solutions pour que les Noirs qualifiés entrent dans l'armée en plus grand nombre. En 1964, les Noirs représentent 13% de la population américaine mais moins de 9% des hommes de ses forces armées. L'intégration est mauvaise, les promotions improbables, les possibilités dans la Garde Nationale étroites, et les Noirs sont toujours victimes de discrimination sur les bases militaires et aux alentours.

La participation plus importante des Noirs au sein de l'armée américaine va entraîner, à l'heure de la lutte pour les droits civiques, des accusations d'incorporation raciste, au motif que les Noirs seraient utilisés au Viêtnam comme "chair à canon". Martin Luther King affirme ainsi que les Noirs représentent une bonne proportion des premiers appelés et qu'ils ont eu plus de chance de se faire tuer au combat. En réalité, la conscription touche aussi bien les Blancs pauvres, ouvriers et mal éduqués, chômeurs, que les Noirs de même condition, les classes moyennes et supérieures étant largement exemptées par des passe-droits.

Le projet 100 000, incorporé dans celui de "Grande Société" de Johnson, en 1966, cherche à rééquilibrer les chances au niveau du service militaire pour les jeunes issus des zones urbaines défavorisées. Mais c'est un échec : sur 350 000 conscrits de ce type incorporés jusqu'à la fin de la guerre, 41% sont des Afro-Américains et 40% sont affectés à des missions de combat. Les pertes sont deux fois plus élevées dans cette catégorie, qui reçoit finalement peu de formation militaire ou d'opportunités pour se réintégrer dans la vie civile. Les Noirs sont davantage représentés dans les troupes de première ligne, avec beaucoup de volontaires. Entre 1961 et 1966, s'ils ne représentent que 13% de la population et moins de 10% des effectifs de l'armée, ils constituent 20% des pertes au combat sur cette période. En 1965, les Afro-Américains forment le quart des morts au combat de l'US Army. En 1968, alors qu'ils constituent 12% de l'effectif de l'US Army et des Marines, la moitié est en première ligne dans les unités de combat. Un effort est consenti après 1966 pour réduire cette proportion : à la fin de la guerre, les Noirs sont à 12% des pertes, à peu près l'équivalent de leur pourcentage dans l'armée. Ils n'ont probablement pas servi de "chair à canon", mais il n'en demeure pas moins qu'ils ont été fréquemment exposés en première ligne et qu'ils ont supporté une bonne partie du gros des combats.

Par ailleurs l'armée américaine doit aussi compter avec les répercussions de la lutte pour les droits civiques. Les émeutes de Harlem en 1964, celles de Watts à Los Angeles en 1965, celle de Détroit en 1967 sont durement ressenties par les Afro-américains. L'assassinat de Martin Luther King en avril 1968 met le feu aux poudres et déclenche des affrontements raciaux au sein de l'armée. Après cette courte période, les incidents se déplacent plutôt dans les zones arrière ou aux Etats-Unis. A la base de Cam Ranh Bay, des Blancs racistes arborent les déguisements du Klux Klux Klan, brûlent des croix et hissent le drapeau confédéré. Une mutinerie de soldats condamnés parfois pour crimes au dépôt de Long Binh dure trois semaines et entraîne la mort d'un soldat. Aux Etats-Unis, la base des Marines à Camp Lejeune, en Caroline du Nord, et celle de l'Army à Fort Benning, en Géorgie, sont connues pour être des lieux de tension raciale exacerbée.

Les Afro-américains ont cependant décroché 20 Medals of Honor pendant le conflit ; certains sont passés au grade de général. Ils se sont plus fréquemment réengagés que les Blancs. En 1976, ils représentent 15% de l'armée américaine, mais si le nombre d'officiers noirs a doublé, il ne constitue alors que... 4% du total.


Pour en savoir plus :


David COFFEY, "African Americans in the U.S. Military", in Spencer C. TUCKER (éd.), THE ENCYCLOPEDIA OF THE VIETNAM WAR. A Political, Social, and Military History, Second Edition, ABC-Clio, 2011, p.8-9.

La piste Hô Chi Minh

Une course contre la montre. C'est ainsi que John Prados voit l'histoire de la piste Hô Chi Minh, entre les Nord-Viêtnamiens qui la bâtissent pour ravitailler l'insurrection au Sud-Viêtnam, et les Américains qui cherchent à la détruire.

Le 19 mai 1959, le colonel Bo Vam, ingénieur du département de l'agriculture de l'armée nord-viêtnamienne spécialisé dans les questions logistiques, reçoit l'ordre de former le bataillon 301. Celui-ci comprend plusieurs centaines d'hommes armés de vieilles armes françaises de la guerre d'Indochine, qui sont envoyés à Vinh Linh, juste au nord de la zone démilitarisée, pour commencer à explorer les zones de passage possibles au Sud. Utilisant des paysans montagnards des collines à l'ouest de Vinh Binh, Bo Vam réalise un premier test en juin 1959. En août, un premier lot d'armes atteint les zones côtières de la guérilla au nord du Sud-Viêtnam, dans la province de Quang Ngai.

L'activité ne passe pas inaperçue des Sud-Viêtnamiens et des Américains. Le chemin emprunte en effet une portion du Sud-Viêtnam, autour de Khe Sanh, à la rencontre de la zone démilitarisée, du Nord-Viêtnam et du Laos. Un bataillon renforcé de l'ARVN stationne à Khe Sanh et patrouille le secteur. Malgré les précautions des Nord-Viêtnamiens, les Sud-Viêtnamiens comprennent vite qu'un flot commence à se déverser dans leur pays. L'administration Kennedy, à partir de 1961, très axée sur la contre-insurrection, va chercher à bloquer les infiltrations par terre et par mer.

Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/80/Ho_Chi_Minh_Trail_network_map.jpg


Les Nord-Viêtnamiens, qui créent le Groupe 559 (mois et année du premier groupe formé pour ce faire) pour s'installer au Laos et développer la piste, doivent faire face, par mer, à une force de jonques viêtnamiennes armées par les Américains. Au sol, ceux-ci vont commencer à créer les fameux camps de montagnards (Civil Irregular Defense Groups) avec les Special Forces qui sont notamment chargés de surveiller l'activité de la piste et de l'empêcher, si possible. Mais les Nord-Viêtnamiens renforcent le système, développent son réseau, affectent un régiment entier de sapeurs (le 70ème en fait le 301ème bataillon gonflé). Walt Rostow, conseiller à la sécurité nationale de Kennedy, propose dès ce moment-là d'occuper la partie du Laos correspondant au passage de la piste pour la couper. Les Marines déployés au Laos en 1962 lors des accords de paix doivent d'ailleurs collecter des renseignements pour ce faire. Mais l'état-major de l'armée américaine refuse ce plan car il estime qu'il faudrait plus de 100 000 hommes pour bloquer effectivement la piste, et Kennedy ne veut alors pas envoyer de troupes au sol au Sud-Viêtnam. Dès la fin 1961, le 3ème groupe de transport motorisé de l'armée nord-viêtnamienne, avec ses camions, livre de l'approvisonnement jusqu'à Tchepone, au Laos, qui devient bientôt un centre important de la piste.

Hanoï, face au programme des hameaux stratégiques mis en place par le Sud, porte à 4 000 le nombre d'hommes travaillant à la piste en 1964. Cette année-là, plus de 12 000 combattants empruntent la piste. Côté américain, le 5th Special Forces Group mène les premières incursions contre le réseau en juin 1964, en attendant que le Studies and Observation Group (SOG) du MACV, qui prend en charge toutes les opérations non conventionnelles, soit prêt à opérer. Les commandos sud-viêtnamiens parachutés en premier sont décimés. En août 1964, la première unité constituée de l'armée nord-viêtnamienne, le 808ème bataillon, passe par la piste, suivi à l'automne et à l'hiver par les 95ème et 101ème régiments. Les appareils de l'US Navy frappent pour la première fois la passe de Mu Gia, un des points d'entrée de la piste, le 28 février 1965.

A la fin de l'année, ce sont 10 à 12 000 combattants qui en assurent le développement et l'entretien, dont de nombreuses femmes. Le Groupe 665 coordonne le mouvement des unités au Sud et s'occupe des soldats grièvement blessés à rapatrier au Nord. Il y a une demi-douzaine de bataillons de camions, deux bataillons de bicylettes et un bataillon naval. Un groupe de transport développe la piste vers le Cambodge, un autre vers le Sud-Viêtnam. En juin 1966, les Nord-Viêtnamiens débouchent déjà dans la vallée de A Shau et arrivent au Cambodge. Le réseau est de plus en plus complexe avec des stations, des unités antiaériennes, etc.

Avec l'intervention directe des Américains, les frappes contre la piste se renforcent. L'opération Steel Tiger implique des appareils laotiens qui bombardent le réseau. A partir de Khe Sanh, l'Air Force mène les missions Tiger Hound de même nature. Au sol, le SOG se développe considérablement avec le programme CIDG, le projet Delta et les commandos sud-viêtnamiens. Dès la fin 1965, le colonel Blackburn, qui mène le SOG, conduit les premières missions Shining Brass pour détruire les installations de la piste ou les repérer pour des frappes aériennes. A la fin de 1966, le SOG compte déjà plus de 3 500 hommes, insérés par hélicoptère, ce qui reste problématique, ou parfois parachutés à plus longue distance. Singlaub, qui remplace Blackburn, favorise le parachutage, améliore les communications et ajoute l'emploi du gaz non létal pour sécuriser les zones d'insertion. Les Nord-Viêtnamiens ont l'avantage sur ce point car ils dominent le terrain, il leur est facile de repérer les infiltrations et par ailleurs ils cherchent à prendre les bases qui peuvent servir de point d'acheminement de ces équipes spéciales : l'assaut contre le camp des Special Forces dans la vallée d'A Shau, dès février 1966, mais aussi le siège de Khe Sanh. En 1966, ce sont 17 régiments réguliers nord-viêtnamiens qui descendent au Sud via la piste Hô Chi Minh, sans compter les unités spécialisées. Autant dire que l'effort américain est un échec.

Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cd/HoCMT.png


Les Américains, qui se refusent à envahir le Laos neutre et qui ne peuvent obtenir l'accord de la Thaïlande, vont alors bâtir une ligne fortifiée de postes allant de Khe Sanh à la côte, au Sud-Viêtnam, pour tenter de barrer l'infiltration. En vain, là encore. La ligne McNamara, bâtie en 1967, est mise en échec par l'ampleur de l'offensive du Têt, qui montre qu'elle n'a pu empêcher les passages. Westmoreland a envisagé plusieurs plans pour envahir le Laos et couper la piste, de même, d'ailleurs, que l'état-major sud-viêtnamien. Celui-ci aura l'occasion de le faire avec la malheureuse opération Lam Son 719, en février 1971, où l'incursion au Laos, engageant parmi les meilleures unités de l'ARVN, se termine en fiasco. La piste reste en l'état, se développe, et alimente l'offensive de Pâques 1972. Après le retrait américain, entre 1974 et avril 1975, ce sont plus de 800 000 tonnes d'apprivisionnement qui y transitent pour préparer l'offensive finale contre le Sud.

La piste était-elle véritablement une nécessité pour Hanoï ? A l'époque de la guérilla, probablement pas. Mais la décision d'intervenir au Sud et l'engagement de formations régulières en 1965 la rendent incontournable. Le transport maritime via la côte ou le transit par le Cambodge restent moins importants, car offrant moins de possibilités.


Pour en savoir plus :


John PRADOS, "The Road South. The Ho Chi Minh Trail", in Andrew WIEST (ed.), Rolling Thunder in a Gentle Land. Vietnam War Revisited, Osprey, 2006, p.74-96.

dimanche 15 septembre 2013

Le Vietnamese Marine Corps (1956-1968)

A leur départ, en 1954, les Français laissent en Indochine l'armée viêtnamienne qu'ils avaient commencé à former, notamment les forces fluviales et les commandos qui ont opéré avec eux. Ces unités avaient notamment contribué aux fameuses Dinassaut (Divisions Navales d'Assaut). Les commandos sont regroupés en deux bataillons à Nha Trang, une fois la partition du Viêtnam effectuée. Le 1er octobre 1954, ils sont désignés pour être l'infanterie de marine de la Vietnamese Navy. Le corps devient le Vietnamese Marine Corps le 1er avril 1956, avec un Marine Group fort de deux bataillons. En 1961, les Marines sud-viêtnamiens font partie de la réserve générale de l'ARVN. De plus en plus employés, l'effectif des Marines est porté à une brigade de 5 000 hommes en 1962. Le rôle politique du Vietnamese Marine Corps (VNMC) s'accroît au fur et à mesure de la participation aux coups d'Etats de 1960, 1963 et 1964.

La formation et l'entraînement des Marines ne sont pas tributaires de l'armée de terre. Les officiers et les hommes sont notamment formés aux côtés de leurs homologues américains à Quantico, en Virginie. Sur les 565 000 hommes de l'armée sud-viêtnamienne en 1965, seuls 6 500 font partie des Marines. Le total est porté à 15 000 en 1973. En 1965, la Marine Brigade comprend un QG de corps, 2 QG de Task Force (A et B), 5 bataillons d'infanterie, 1 bataillon d'artillerie, des unités du génie, de transport terrestre, de police médicale, sanitaire et de reconnaissance. Le QG est à Saïgon avec d'autres installations Song Than, Thu Duc et Vung Tau. La brigade est commandée par un colonel qui chapeaute aussi le corps des Marines. A ce moment-là ceux-ci sont séparés de la marine et sont à la disposition du haut-commandement de l'armée. Une équipe de 28 conseillers américains des Marines encadrent le corps et des conseillers sont présents au niveau du bataillon.

En 1966, les Marines créent un autre bataillon et forment d'autres unités pour améliorer la combinaison des armes intrinsèque. L'effectif passe à une division de deux brigades en 1968. En 1970, il y aura trois brigades, 9 bataillons d'infanterie et 3 d'artillerie. En 1975, au moment de l'offensive finale du Nord, une quatrième brigade sera créée avec 3 bataillons d'infanterie supplémentaires. Avant l'intervention directe des Américains en 1965, les Marines opèrent par bataillon dans les zones tactiques des IIIème et IVème corps, autour de Saïgon et dans le delta du Mékong. Ce n'est qu'à partir de 1965 qu'ils sont déplacés dans les zones tactiques du Ier et du IIème corps, où les combats gagnent en intensité. Les Marines opèrent désormais avec plusieurs bataillons en coordination. Ils combattent par exemple dans la province côtière de Binh Dinh en avril 1965. Entre 1966 et 1968, les Marines sont surtout dans la zone tactique du Ier corps, aux côtés de leurs camarades américains. Ils sont en première ligne pendant 75% du temps, ce qui confirme leur statut de troupes d'élite : d'ailleurs ils jouent un grand rôle dans l'offensive du Têt à Saïgon ou Hué.


Pour en savoir plus :


Charles D. MELSON et Paul HANNON, Vietnam Marines 1965-73, Elite 43, Osprey, 1992.

vendredi 13 septembre 2013

Eric HAMMEL, Marines in Hue City. A Portrait of Urban Combat, Tet, 1968, Zenith Press, 2007, 168 p.

On ne présente plus Eric Hammel, journaliste de formation, devenu écrivain d'histoire militaire, et qui produit des récits des grandes campagnes américaines de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée ou de la guerre du Viêtnam, essentiellement. J'avais d'ailleurs fiché ici-même son ouvrage consacré à la reconquête de Hué vue par les Marines.

En 2007, Eric Hammel publie chez Zenith Press ce volume en forme d'album illustré sur les combats de Hué. Pour ainsi dire, c'est purement et simplement, comme il le dit lui-même dans la préface, le complément iconographique de Fire in the Streets.

Les 6 cartes de localisation sont placées en tête d'ouvrage. Le plan du livre est classique. Dans un premier chapitre, Eric Hammel revient sur l'expérience des Marines en termes de combat urbain -à partir de la Seconde Guerre mondiale toutefois, car il n'évoque pas les expériences précédentes. Il semble sous-estimer la dureté des combats à Séoul, en 1950, où il y eut de vrais combats de rues : c'est d'ailleurs l'expérience la plus récente avant Hué, probablement, et qui n'est pas transmise pendant longtemps -syndrôme classique du retour d'expérience sur le combat urbain. Le deuxième chapitre explique le plan nord-viêtnamien et la tâche dévolue aux régiments qui assaillent la ville. Dans le troisième chapitre, il dépeint l'assaut initial sur Hué. Des photographies aérienne avec les bâtiments ou points importants surlignés ou encadrés en jaune permettent de se repérer facilement. La double page de photographies viêtcong ou nord-viêtnamiennes (p.36-37), en revanche, est assez pauvre : les photos ne sont même pas légendées, et le commentaire est a minima.

Comme dans Fire in the Streets, Hammel s'attache surtout, en fait, à décrire la reconquête de la partie sud -moderne- de Hué par les Marines à partir du 31 janvier. Le premier jour est marqué par une grave sous-estimation de la menace ennemie. Une fois celle-ci prise véritablement au sérieux, les Marines vont d'abord consolider leurs têtes de pont au sud de Hué les 1er-2 février avant de passer au nettoyage des 6 pâtés de maisons importants entre les 3 et 6 février 1968. C'est le temps qu'il faut au 2/5 et au 1/1 Marines pour briser les reins du 4ème régiment nord-viêtnamien dans le secteur. Hammel propose un récit au jour le jour des combats, mais les photographies aériennes sont déjà moins nombreuses pour suivre correctement la progression américaine. Il passe ensuite à la description du nettoyage au sud, entre le 7 février et le 8 mars. Le 804ème bataillon nord-viêtnamien, en effet, n'a pas été engagé ou presque dans les premiers combats et continue à se battre même après la destruction du 4ème régiment. C'est pourquoi les accrochages continuent alors que le combat s'est déplacé dans la partie nord de Hué, dans et autour de la Citadelle.

Ce n'est donc qu'aux deux-tiers du livre qu'Hammel en vient aux affrontements dans le vieux Hué, autour de la Citadelle, qui sont au départ assumé complètement par l'armée sud-viêtnamienne, l'ARVN. Du 31 janvier au 9 février, les Sud-Viêtnamiens conservent également des têtes de pont (notamment le QG de la 1st Infantry Division) et acheminent des renforts (unités de cette division et bataillon aéroportés, dans un premier temps) pour repousser les Nord-Viêtnamiens. Entre les 10 et 12 février, ce sont finalement un bataillon de Marines américains (1/5th Marines) et plusieurs batailles de Marines sud-viêtnamiens réunis dans un Battle Group qui gagnent le nord de Hué. Jusqu'au 20 février, les Marines américains, qui ont déjà dû réapprendre le combat urbain dans la partie sud de la ville, se heurtent à un ennemi déterminé et bien retranché. La bataille est terrible. Enfin, le 24 février, ce sont les Sud-Viêtnamiens qui investissent le Palais Impérial et jettent à bas le drapeau viêtcong hissé le 31 janvier sur le mât de la Citadelle. La bataille est terminée le 2 mars 1968, mais les combats continuent encore autour de la ville pendant plusieurs semaines. Hué est réduite en ruines et ne sera pas entièrement reconstruire lors de la chute du Sud-Viêtnam en 1975. En outre, les communistes laissent derrière probablement plus de 2 000 personnes exécutées au début de leur mainmise sur la ville et juste avant leur défaite.

Au final, le propos laisse un peu la même impression que Fire in the Streets. Si Hammel décrit avec précision, à grand renfort de témoignages, la bataille menée par les Marines américains dans la ville de Hué (au nord et au sud), il peine à s'élever au-dessus de la simple description, sauf au regard du combat urbain, où il y a des lignes intéressantes. Surtout, à l'image de bon nombre d'auteurs américains mais désormais à rebours de l'historiographie récente de la guerre du Viêtnam, Eric Hammel ne cherche pas vraiment à s'intéresser à l'armée sud-viêtnamienne qui assume pourtant au moins la moitié des combats, au même titre que les Marines. En témoignent les photos où l'on voit rarement les hommes de l'ARVN, sauf pour les moments symboliques comme la descente du drapeau viêtcong le 24 février et la levée des couleurs du Sud-Viêtnam. Ne parlons pas de l'adversaire communiste qui ne bénéficie, lui, quasiment d'aucune attention. Un travail iconographiquement intéressant mais singulièrement limité, donc, en termes d'approche.

mardi 10 septembre 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (4)

On poursuit dans les cartes malheureusement absentes du livre avec la quatrième, qui montre l'attaque initiale des Nord-Viêtnamiens et du Viêtcong sur la ville de Hué, le 31 janvier 1968.



Le livre ne comporte que la carte montrant la reconquête de la ville au 15 février (p.154), au moment où la rive sud a déjà été nettoyée par les Américains, et alors que la bataille fait rage autour de la citadelle.

Sur cette carte, on distingue la rivière des Parfums (Song Huong) qui coupe en deux parties la ville de Hué. Au sud, la ville moderne, avec des bâtiments importants comme la cathédrale, l'université, la prison et le centre administratif provincial. Au nord l'imposante citadelle, où se tient le palais impérial, et des quartiers résidentiels. Le complexe des conseiller du MACV se situe dans la partie sud, tandis que le QG de la 1st Infantry Division de l'ARVN, qui cantonne à Hué, est au nord-est de la citadelle.

Au matin du 31 janvier, comme on peut le voir sur la carte, plusieurs régiments nord-viêtnamiens renforcés d'un bataillon de sapeurs viêtcong investissent Hué. Le 4ème régiment s'attaque à la partie sud, qui est complètement submergée à l'exception du complexe des conseillers américains, qui résiste. Les Nord-Viêtnamiens établissent aussi des barrages vers le sud pour prévenir l'arrivée des renforts. Le 6ème régiment nord-viêtnamien attaque au nord, sur la vieille ville, s'empare de la citadelle et du palais impérial, où est hissé sur le mât le drapeau rouge, bleu et à l'étoile jaune du Front National de Libération. Mais les Nord-Viêtnamiens ne peuvent venir à bout de la compagnie Hac Bao, les Panthères Noires, force de réaction rapide de la 1st Infantry Division, qui protège les abords de l'aérodrome de Tay Loc. Ni du QG de la 1st Infantry Division. Ces points de résistance vont devenir les bases de la contre-offensive américaine et sud-viêtnamienne : c'est donc là que réside l'échec principal des assaillants.

En dehors de la carte, le 5ème régiment nord-viêtnamien couvre les approches nord et ouest de Hué et forme l'anneau extérieur de la défense. C'est dans ce régiment que le bataillon de la 1st Cavalry Division parti de la base PK 17 (à 17 km au nord de Hué) pour désserrer l'étau vient buter, manquant d'être anéanti.

lundi 9 septembre 2013

Les blindés de l'ARVN (1955-1963)

La branche blindée de l'armée sud-viêtnamienne, pendant la guerre du Viêtnam est issue d'une création des Français, en 1950. Une petite unité d'automitrailleuses est formée et une section d'entraînement sur les blindés est instaurée à l'école militaire de Dalat, avec une compagnie de reconnaissance sur automitrailleuses M-8, servie par des officiers français et des soldats viêtnamiens. En 1952, l'école des blindés est installée à Thu Duc, près de Saïgon, pour entraîner les futurs officiers. L'entraînement se déroule sur les vieilles Panhard. Un entraînement complémentaire est délivré à l'école des blindés de Saumur. Le 3ème régiment blindé viêtnamien est opérationnel en 1953. Il dispose d'une compagnie d'état-major et de trois compagnies de reconnaissance avec des M-8, des halftracks M3, des scout-cars M3 et des transports de troupe M8 Howitzer. 4 squadrons indépendants de reconnaissance blindée sont également constitués, avec des automitrailleuses M-8 et des scout-cars M3. Les blindés viêtnamiens sont surtout employés pour assurer la sécurité des routes et en appui de la lutte anti-guérilla.

1952, Thu Duc : des tankistes viêtnamiens à l'entraînement sur automitrailleuse Panhard.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/Panhard_armored_car_in_Vietnam.jpg


Fin 1955, après la partition du Viêtnam, la composante blindée de la nouvelle ARVN est accrue : un régiment blindé est formé dans chacune des quatre régions militaires. Un commandement de l'arme blindée voit le jour le 1 avril 1955. L'équipement laissé par les Français comprend notamment les M-8 et environ 75 chars M-24 Chaffee. Avec l'arrivée des premiers conseillers américains début 1956, les unités blindées sont réorganisées selon le modèle des Armored Cavalry Regiments, avec deux squadrons de reconnaissance sur M-8, half-tracks et scout-cars et un sur M-24. La désignation française des unités est conservée : celle-ci correspond plus à la puissance de feu qu'à l'effectif, contrairement au modèle américain. Un régiment relève donc plus du bataillon ou du squadron.

De 1957 à 1962, les unités blindées de l'ARVN sont dispersées pour assurer la protection des routes et ne jouent pas un rôle important. Seuls les équipages de M-24 sont entraînés pour repousser une invasion conventionnelle du Nord-Viêtnam par la zone démilitarisée. Fin 1961, la situation commence à se dégrader au Sud-Viêtnam et les Etats-Unis augmentent leur aide matérielle. L'arrivée de M-113 permet de former deux compagnies mécanisées. 32 véhicules arrivent en avril 1962 et sont octroyées au 7th et 21th Infantry Divisions. Chaque compagnie comprend trois sections de fusiliers avec 3 M-113 par section ; une compagnie de soutien avec 4 M-113, 3 mortiers de 60 mm et 3 bazookas de 3,5 pouces ; et une section de commandement avec 2 M-113. Chaque M-113 est armé d'une mitrailleuse cal.50 et pas moins de 18 BAR sont distribués à chaque compagnie.

Un M-113 de l'ARVN fait feu pendant un exercice avec sa mitrailleuse cal.50. Celle-ci n'a pas encore de bouclier de protection. On distingue une mitrailleuse cal.30 derrière la cal.50.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cf/M113.jpg


Les premiers engagements au feu montrent un manque d'expérience, mais la situation ne tarde pas à s'améliorer. Entre juin et septembre 1962, les deux compagnies tuent plus de 500 adversaires et en capturent près de 200 au prix de 4 tués et 9 blessés. En septembre, dans la plaine des Joncs, la compagnie de la 7th Infantry Division ne fait pas démonter ses fantassins embarqués mais les fait tirer depuis les véhicules, une tactique qui sera reprise par les Américains. Pour renforcer les deux compagnies, des véhicules de reconnaissance M-114 sont livrés ainsi que d'autres M-113. Tous les véhicules blindés sont finalement soumis à l'autorité de la branche de l'ARVN et les deux compagnies sont renommées 4th et 5th Mechanized Rifle Squadrons du 2nd ACR, dans la zone tactique du IVème Corps, c'est à dire le delta du Mékong.


Des M-24 Chaffee et des M-113 à Saïgon pendant le coup d'Etat contre Diêm, le 1er novembre 1963.-Source : http://farm9.static.flickr.com/8005/7104347623_34f1343dd9.jpg


Les ACR sont réorganisés fin 1962 : on leur ajoute un squadron de reconnaisance blindée et deux autres d'infanterie mécanisée. Les M-113 arrivent progressivement et les squadrons deviennent opérationnels au fur et à mesure de la formation à l'école des blindés. En mai 1963, la nouvelle organisation est en place : seul le 2nd ACR n'a pas son squadron de M-24 mais un escadron de M-113 supplémentaire. Le M-114, qui ne donne pas satisfaction, est finalement délaissé au profit du M-113 en novembre 1964. Les half-tracks et scout-cars sont relégués en deuxième ligne. Les M-113 reçoivent un bouclier de protection pour leur mitrailleuse de cal.50, d'abord fabriqué de manière artisanale, puis adopté de manière standard. Des mitrailleuses cal.30 supplémentaires sont embarquées ; parfois l'une remplace celle de cal.50. Pourtant, l'ARVN reste handicapée par des problèmes structurels. Lors de la bataille d'Ap Bac, en janvier 1963, deux compagnies renforcées du Viêtcong tiennent contre des forces sud-viêtnamiennes très supérieures en nombre, appuyées par l'aviation, les hélicoptères et les M-113. Ceux-ci n'opèrent pas de manière agressive et plusieurs sont détruits par une résistance bien organisée. 14 mitrailleurs sont tués, d'où l'installation de boucliers de protection. En outre, les unités blindés prennent part aux aléas politiques qui secouent le Sud-Viêtnam. Le 1er novembre 1963, le 1st ACR et les blindés de l'école de Thu Duc sont du coup d'Etat qui renverse Diêm. Les chars deviennent des armes politiques de poids, une situation qui se maintient jusqu'au tournant des années 70.


Pour en savoir plus : 


Albert GRANDOLINI, Armor at the Vietnam War (2) Asian forces, Armor at War 7017, Concord Publications, 1998.

samedi 7 septembre 2013

Bernard C. NALTY, Air Power and the Fight for Khe Sanh, University Press of the Pacific, 2005 (1ère éd. 1986), 134 p.

Cet ouvrage fait partie de l'histoire officielle de l'armée américaine à propos de l'utilisation de la puissance aérienne pendant le siège de Khe Sanh. Le général Westmoreland, le commandant en chef américain au Viêtnam, pressent en effet que le Nord-Viêtnam va tenter un second Dien Bien Phu autour de la base. En conséquence, il prévoit d'écraser les troupes adverses autour de la base sous un déluge de bombes, d'autant plus que Khe Sanh se trouve dans une région isolée, peu peuplée. Au final, la puissance aérienne américaine déverse 100 000 tonnes de bombes sur les assiégeants tout en étant capable de ravitailler Khe Sanh pendant toutle siège, ainsi que ses avant-postes.

Le premier chapitre du livre présente les lieux de la bataille et ses enjeux. L'auteur insiste en particulier sur les mauvaises conditions climatiques du début de l'année qui noient la piste de Khe Sanh dans un brouillard persistant. Les 834th et 315th Air Divisions fournissent les appareils de transport C-7, C-123 et C-130 et la 3rd Air Division les B-52. Westmoreland est persuadé que les Nord-Viêtnamiens vont chercher à emporter la décision à Khe Sanh. Son plan aérien s'inspire de l'expérience du siège de Con Thien, en septembre 1967 (opération Neutralize). Le président Johnson attache lui aussi de plus en plus d'importance à la base à partir de décembre 1967.

Le deuxième chapitre revient sur le précédent de Dien Bien Phu et fait la comparaison avec Khe Sanh. Dans le premier cas, les Français ont engagé en moyenne 200 appareils par jour. Les Américains, eux, disposent alors en Asie du Sud-Est de 2 000 avions et de plus de 3 000 hélicoptères !

Dès le début de la bataille, les 20-21 janvier, l'aviation américaine intervient massivement pour soutenir les Marines. La destruction du principal dépôt de munitions dès le début du pilonnage nord-viêtnamien oblige à des ballets d'appareils de transport pour reconstituer le stock. Après le déclenchement de l'offensive du Têt, Westmoreland reste convaincu que le sort de la guerre continue de se jouer autour de la base. Le mois de février sera le plus dur : l'aviation ne peut empêcher la chute du camp des Special Forces à Lang Vei. Le 11 février, un KC-130F chargé de kérosène, touché par la DCA, s'écrase sur la piste. Les C-7 et C-123 assurent alors l'essentiel du ravitaillement ; le 23 février, Khe Sanh reçoit 1 300 obus, le plus haut total pendant le siège. La presse américaine s'enflamme et s'interroger sur la capacité de l'armée à tenir effectivement le camp.

Ce sont en tout plus de 240 appareils de transport qui sont engagés dans le pont aérien. Les C-7 et C-123 atterrissent et décollent sous le feu : un système est mis en place pour décharger au plus vite les avions de façon à minimiser les risques. Plusieurs appareils sont néanmoins détruits. Les C-130, eux, procèdent à des parachutages, guidés ensuite par radar. Pour améliorer le ravitaillement et limiter la casse et la dispersion, on met également au point des systèmes de largage et d'extraction à basse altitude, le C-130 frôlant ou touchant la piste pour lâcher par parachute ou non sa cargaison sur le tarmac. Un petit détachement de l'Air Force, aidé par une Marine Party Shore Company, assure, non sans dangers, la réception des cargaisons. Les avant-postes, sur les collines environnant Khe Sanh, ne peuvent être ravitaillés en revanche que par les hélicoptères. Pour les protéger d'une DCA puissante, les Américains mettent en place le système Super Gaggles, dans la dernière semaine de février : des A-4 attaquent les positions de DCA et les noient sous les fumigènes, puis les CH-46 se posent couvert par des hélicoptères gunships.

En ce qui concerne l'appui aérien rapproché, la coopération interservices au sein de l'armée américaine n'est pas toujours facile, mais fonctionne. Les A-6 Intruders, grâce à leur capacité tout temps et de nuit, sont particulièrement appréciés. La Navy fournit d'ailleurs un plus gros effort au-dessus de Khe Sanh qu'elle ne l'avait fait à Con Thien. Les appareils escortent les transports du ravitaillement. Les contrôleurs aériens de l'Air Force utilisent plusieurs radars  différents pour guider les appareils.

Westmoreland aura pourtant les plus grandes peines du monde à désigner un responsable pour l'effort aérien. Les Marines ne veulent pas être subordonnés à l'Air Force et le font savoir. Le général Momyer, qui dirige la 7th Air Force, doit assumer ce rôle d'après l'accord du 22 janvier, mais celui-ci ne devient vraiment effectif qu'en mars. Le système ne prouvera son efficacité qu'après la bataille de Khe Sanh.

Les B-52 ont joué un rôle de poids pendant le siège. Ils interviennent dès janvier 1968 ; après le déclenchement de la bataille, une cellule de 3 B-52 survole le camp toutes les 90 minutes. Plus tard, ce seront 6 B-52 qui se relaieront toutes les trois heures. A la fin février, les B-52 peuvent opérer à moins de 1 km des troupes amies, l'ancienne limite de 3 km ayant été mise à profit par l'adversaire. Les résultats des frappes sont difficiles à évaluer. Les B-52 de la 3rd Air Division ont largué au moins 60 000 tonnes de bombes (!) et les prisonniers nord-viêtnamiens confirment leur importance psychologique.

La collecte des renseignements, par utilisation de senseurs sismiques et accoustiques dispersés préalablement autour de Khe Sanh, est l'oeuvre d'un centre électronique de regroupement. Celui-ci permet d'effectuer des missions Mini ou Micro-Arc Light avec l'aviation et l'artillerie pour saturer une zone suspecte de bombes ou d'obus. Les Américains utilisent aussi des mines Gravel qui produisent des sons capables de blesser un homme ou de faire éclater les pneus des véhicules, mais les risques de tirs fratricides conduisent à abandonner cette arme.

Khe Sanh est finalement dégagée par l'opération Pegasus, montée par la 1st Cavalry, les Marines et l'ARVN, qui débouche le 8 avril 1968. Les combats durent encore une semaine autour de Khe Sanh pour reprendre le terrain perdu. Un C-130 s'écrase le 13 avril. La base est finalement abandonnée en juin 1968. Aux 100 000 tonnes de bombes larguées pendant la bataille s'ajoute de 150 000 à 200 000 obus tirés par l'artillerie. Les Marines ont perdu près de 200 tués et 1 600 blessés pendant le siège. Ils estiment avoir tué au moins 10 000 soldats nord-viêtnamiens, ce qui représenterait pas loin d'un tiers des morts estimés du Têt. Nalty souligne pourtant combien les déclarations optimistes des responsables américains ont été fracassés par l'offensive et le siège de Khe Sanh.

Une bonne base, donc, pour qui s'intéresse à ce thème très précis, à complet par d'autres lectures très savantes. L'analyse du conflit et du siège lui-même, en revanche, est un peu datée et laisse parfois à désirer.



vendredi 6 septembre 2013

Vidéo : La section Anderson (1967)

Le 3 février 1967, l'ORTF, dans Cinq colonnes à la une, diffuse La section Anderson. Le reportage a été tourné par Pierre Schoendoerffer, qui a couvert le siège de Dien Bien Phu en 1954 et a été fait prisonniers par le Viêtminh. Schoendoerffer écrit ensuite un roman, La 317ème section, sur ce même sujet, qui est adapté à l'écran en 1965.

L'année suivante, Schoendoerffer repart donc dans ce qui est devenu le Sud-Viêtnam pour suivre une section d'infanterie, la 1st Platoon de la B Company du 12th Cavalry, unité qui appartient à la légendaire 1st Cavalry Division. Cette division est la première de l'armée américaine à être entièrement aéromobile grâce à ses hélicoptères organiques. Arrivée sur place en août 1965, la division conduit la fameuse campagne de Ia Drang, en novembre, où elle affronte plusieurs régiments nord-viêtnamiens, dont elle vient à bout (temporairement), non sans mal d'ailleurs.

En 1966, la division mène une opération de poursuite dans les hauteurs surplombant la plaine côtière de la zone tactique du IIème corps, les Hauts-Plateaux. Le constat est mitigé : si l'emprise du Viêtcong dans une de ses places fortes a été affaiblie, la division a dû fréquemment envoyer des unités plus à l'ouest et ses firebases ont été régulièrement attaquées par surprise. Par ailleurs les pertes sont élevées, aussi bien en hommes qu'en matériel.

C'est justement en septembre-octobre 1966 que Schoendoerffer rejoint la section Anderson, qui a la particularité d'être commandée par un jeune lieutenant noir qui lui donne son nom. Les images, prises sur le vif, montrent les difficultés liés au climat et à travailler dans un contexte de guerre. Elles dévoilent également une guerre beaucoup moins enchanteresse et romantique que ne le laissent croire certains films. Le reportage est d'ailleurs repris par la chaîne américaine CBS en juillet 1967 et reçoit, le 10 avril 1968, l'Oscar du meilleur film documentaire. Vingt ans plus tard, en 1988, Schoendoerffer partira à la rencontre des survivants de la section Anderson. L'INA va prochainement rééditer ce reportage accompagné de sa suite, Réminiscences, qui lui montre les séquelles de la guerre.


mercredi 4 septembre 2013

L'enfer du devoir (Tour of Duty) : une analyse sur la représentation de la guerre du Viêtnam à la télévision

L'enfer du devoir (Tour of Duty) reste à ce jour la seule série télévisée américaine entièrement consacrée à la guerre du Viêtnam. Diffusée à partir de septembre 1987, quelques mois après la sortie du film Platoon d'Oliver Stone, elle a comme ce dernier reçu bien des éloges : on lui accorde de retranscrire fidèlement la réalité du conflit et de "soigner", en quelque sorte, les blessures mal refermées des vétérans. Comme Platoon, la série se déroule en 1967 (pour la première saison), au moment de l'engagement américain maximum au Sud-Viêtnam, juste avant l'offensive du Têt, qui va ôter ses dernières illusions à la population américaine et conduire au retrait des Etats-Unis.

La série se prête particulièrement bien à l'analyse : elle aborde bien des aspects du conflit, mais on peut aussi l'analyser sous l'angle de la représentation de la guerre en images, ou des débats à propos de l'intervention américaine au Viêtnam, des droits des minorités ou de la représentation des minorités dans les médias. Les producteurs de la série à CBS ont d'ailleurs reçu le soutien de nombreux vétérans du Viêtnam. La floraison, à l'époque, de films ou de séries ayant trait à la guerre du Viêtnam a conduit à une revalorisation du combattant et parfois, même, à une héroïsation. La rhétorique guerrière et nationaliste de l'ère Reagan n'est pas pour rien dans ce revirement.

mardi 3 septembre 2013

Mon livre, mon livre, rends-moi mes cartes ! (3)

Je vous propose ce matin une troisième carte parmi celles ne figurant malheureusement pas dans mon ouvrage. Celle-ci est à mon avis un manque important car il s'agit d'une carte sommaire des environs de la base de Khe Sanh.



Je consacre en effet un chapitre entier au siège, sans parler des préliminaires : il est donc regrettable que le lecteur ne puisse pas repérer les éléments principaux du terrain, souvent cités, pour s'y retrouver. On distingue donc sur la carte la route n°9, qui longe le chapelet de positions fortifiées américaines au sud de la zone démilitarisée : c'est la fameuse "ligne McNamara", censée empêcher les infiltrations de Nord-Viêtnamiens au sud. Khe Sanh est à l'extrêmité ouest du dispositif : on distingue d'ailleurs la frontière avec le Laos près de Lang Vei.

La base de Khe Sanh est située sur un plateau au nord du village lui-même. La rivière Rao Quan constitue la seule source en eau potable et coule à travers une vallée environnée de hauteurs, au nord et au nord-ouest de la base, que les Marines vont s'efforcer de conserver. Les collines 881 Nord et Sud et 861 ont fait l'objet de la fameuse "bataille des collines", en avril-mai 1967.

Les Special Forces qui tenaient initialement Khe Sanh ont déménagé à Lang Vei, où un camp de CIDG (Civil Irregular Defense Group) a été bâti à proximité du village du même nom. Le camp est pris par les Nord-Viêtnamiens dans la nuit du 6 au 7 février 1968 grâce à l'utilisation de chars légers amphibie PT-76 soviétiques, la première utilisation de chars par Hanoï durant le conflit.